Buke & Gase - General Dome

Les deux Aron (dont l’une avec un « e ») de Buke & Gase continuent à explorer la voie qu’ils ont eux-mêmes tracée depuis leurs premiers disques. Sur General Dome on retrouve toujours le même paradigme bien que le son, lui, ait un peu bougé : plus ample, plus dense mais toujours urgent. Une nouvelle fois passionnant, le duo ne cesse d’injecter force expérimentations dans sa formule indie punk rock racée.

1. Houdini Crush
2. Hiccup
3. In The Company Of Fish
4. General Dome
5. Hard Times
6. Sturtle
7. Twisting The Lasso Of Truth
8. You Do Yours First
9. Split Like A Lip, No Blood On The Beard
10. Cyclopean
11. My Best Andre Shot
12. Contortion In Training
13. Metazoa

date de sortie : 22-02-2013 Label : Discorporate Records

Sans doute sommes-nous un peu en retard puisque General Dome a déjà quelques semaines, autant dire une éternité au regard du bon milliard d’albums sortis depuis. Mais il est vrai que les disques de Buke & Gase ont toujours demandé un peu de temps. C’est qu’ils ont beau n’être que deux, leurs morceaux, et par extension leurs disques, toujours bien fournis et denses, montrent une certaine complexité qui affleure derrière la simplicité mélodique et l’immédiateté de façade. D’un autre côté, l’inverse est tout aussi vrai : on sent poindre derrière les structures alambiquées et les multiples expérimentations un réel talent de composition leur permettant de trousser de belles mélodies qui s’agrippent au cortex et poussent à multiplier les écoutes. Un équilibre précaire que le duo arrive à maintenir sans trop de peine, évitant le plus souvent la casse (j’avoue tout de même avoir bien du mal avec l’introduction tout en auto-tune conquérant d’un Cyclopean à qui, entre nous, j’arracherais bien l’œil) et qui confère à ses disques un supplément d’âme les rendant au pire intéressants et au mieux, passionnants. Un équilibre précaire qui fait aimer Buke & Gase sans que l’on sache précisément pourquoi. Enfin, si, quand même, on a bien une vague idée.

Peut-être l’adhésion vient-elle des contraintes qu’Arone Dyer et Aron Sanchez s’imposent et qu’ils portent fièrement jusque dans leur patronyme : Buke pour l’ukulélé baryton à six cordes d’Arone et Gase (anciennement Gass) pour l’instrument hybride tenant autant de la guitare que de la basse d’Aron. Deux instruments inventés pour le seul plaisir d’en jouer et pour faire sonner ces deux-là comme au moins quatre. Des contraintes qui façonnent leur son rappelant de loin un Throwing Muses lyrique et écorché dont les deux voix partagent d’ailleurs quelques points communs avec celle d’Arone Dyer. C’est sans doute aussi de là que vient l’adhésion. C’est que le génotype de Buke & Gase s’inscrit en bonne place dans le patrimoine génétique laissé par une certaine idée de l’indie rock en provenance directe du nouveau continent et des ’90s. Quand on les écoute, impossible de passer outre les réminiscences du groupe de Kristin Hersh mais aussi de toute autre formation de ce côté-ci de ces années-là (pêle-mêle Sleater-Kinney, Bikini Kill et j’en passe). C’est peu dire que Buke & Gase sonne familier. Mais dans le même temps, le fourmillement d’idées dont ils font preuve, leur sens de l’exploration et de l’expérimentation leur permet de se détacher de leurs grands aînés et les fait sonner autrement qu’une simple copie-carbone. General Dome est ainsi un disque de son temps qui regarde droit devant et lâche ses rétroviseurs pour partir crânement à l’aventure. On entend bien l’évolution entre leur très chouette +/- inaugural puis le formidable Riposte et ce qu’ils sont devenus maintenant.


La sécheresse est certes toujours là, l’urgence aussi mais leur dépouillement paradoxal qui injecte une grande dose de complexité dans la simplicité se fait encore plus complexe. Leur musique gagne en amplitude et alpague dès les premières secondes d’un formidable Houdini Crush idéalement placé en début d’album. Tout y est : évidence mélodique, structure hachée menue qui fait avancer le morceau par à-coups, sous-bassement dense en provenance directe du Gase et dentelle de cordes issues du Buke par-dessus. Il ne reste alors plus au duo qu’à dérouler les douze morceaux suivants, avec son lot de franches réussites : de General Dome tout en tension larvée, longue fuite en avant où la voix d’Arone montre toutes ses facettes jusque dans un refrain de comédie musicale qui ne dépareille pourtant pas dans la sécheresse de l’ensemble jusqu’à Twisting The Lasso Of Truth qui n’a de cesse de changer de visage trois minutes durant et qui convoque les circonvolutions ultra-aiguës de... Jimmy Somerville (si si !) en son milieu tout en restant miraculeusement debout, le ridicule maintenu à bonne distance par la grâce d’arrangements fureteurs et urgents. Sans oublier Metazoa qui vient clore le disque au bruit de ses atours synthétiques complètement cheap et qui les abandonne en cours de route pour se vautrer dans une répétition aliénante et moribonde qui ne manque pas d’interloquer pendant quelques secondes le temps que l’on se rende compte que le disque est bel et bien fini. Un beau bordel en somme.


Un disque labyrinthique pourtant bâti sur la répétition d’une même formule mais qui évite brillamment le piège de la monotonie : tous les morceaux sont identiques mais aucun ne se ressemble. Une sacrée gageure quand on y pense. De quoi, en tout cas, donner l’envie de le remettre au début dès qu’il est fini. General Dome est donc ce genre de drôle d’animal et en ce sens, il s’agit bien d’un disque de Buke & Gass. Aucun doute. Et qu’importe qu’ils aient troqué leur « s » contre un « e », leur personnalité et leur musique iconoclastes sont toujours là et s’il y a bien une chose dont on est sûr, c’est qu’ils ne changeront pas : le prochain disque qui sera exactement comme celui-ci sera donc aussi complètement différent. Il pourra même être farci de cette saloperie d’auto-tune qu’il continuera quand même à montrer une telle authenticité et une telle singularité qu’il descendra bien vite du trottoir pour arpenter le dédale inconnu de la mégalopole dans le but d’en découvrir les moindres recoins. Armé d’une myriade de pédales d’effets et de percussions chiches, de cette voix aux contorsions si caractéristiques et de ses arrangements inattendus, le duo continue son grand voyage initiatique à la recherche du son parfait pour ses deux instruments bricolés. Et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’on le suit les yeux fermés. Le voyage n’étant, semble-t-il, pas prêt de s’achever, il y a fort à parier que l’on garde ces derniers fermés encore un certain temps.

Le duo, qui a quitté Brooklyn pour l’Hudson en 2011, dit avoir trouvé dans son nouvel environnement de quoi nourrir sa musique et son imagination. Pour preuve, ces images codées qui ornent la pochette et dont l’alphabet secret est disponible sur leur site (on ne dévoilera pas ici le message qu’elles cachent, il faudra faire l’effort de traduire). Quelle meilleure illustration d’un disque-énigme avec lequel on ne se lasse décidément pas de jouer. À remonter le fil de ses digressions, à déjouer ses chausse-trappes, à se perdre dans ces explorations singulières puis à se retrouver.

Encore une fois, on n’est pas prêt d’en faire le tour.

Chroniques - 02.03.2013 par leoluce
 


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