Le streaming du jour #913 : Juana Molina - ’Wed 21’
Conjuguant toujours aussi naturellement folk hypnotique, transe analogique et incantations obsédantes entre deux passages plus cotonneux dont les rêves étranges évoquent l’esprit de son fascinant Son (cf. Las Edades ou l’intro de Ay, No se Ofendan), la magicienne de Buenos Aires reprend les choses après 5 ans d’absence exactement là où le baroque Un Día les avait laissées avec ce nouvel opus dévoilé en avant-première par NPR.
Ceux qu’un tel hiatus avait pu bercer de l’espoir d’une nouvelle révolution dans la musique de l’Argentine - telle que du temps de Segundo (2000) avec l’émergence de ces rythmiques tribales et autres mantras loopés jusqu’au vertige garants d’une approche de la folk tout aussi moderne et libertaire avant l’heure que celle des premiers Animal Collective - en seront donc pour leur frais. Mais qu’importe, car là où les ricains masqués sont depuis tombés dans le panneau d’un tout-électronique tape-à-l’œil et dénué de spontanéité, l’ancienne actrice télé sait certainement trop bien que le diktat des attentes du public mène rarement à bon port.
Juana Molina a donc pris son temps pour nous livrer ce sixième album, plus de temps que jamais auparavant et si l’intention n’en ressort pas transformée, l’ambition et l’exécution s’en ressentent à tous les niveaux dès le single Eras qui ouvre ce Wed 21 sur un hymne chamanique martial et décadent aux refrains paradoxalement lumineux :
Tantôt païens et angoissés (Wed 21), ludiques et enflammés (Final Feliz) ou plus méditatifs et lancinants (Las Edades) voire un peu tout ça à la fois, les entrelacs mouvants de boucles oniriques et de rythmiques vaudou qui façonnent les comptines somatiques et hautement subconscientes de la Sud-Américaine apparaissent ainsi plus contrastés qu’à l’accoutumée, tout en regorgeant de distorsions psyché (Bicho Auto), de bourdonnements entêtants (Lo Decidi Yo, Sin Guía No) de trompe-l’œil saisissants (La Rata) et de tiroirs baroques à explorer (El Oso de la Guarda).
Autant dire que les Parisiens devraient être plus que ravis de retrouver la dame le 16 novembre au Petit Bain dans le cadre du festival How To Love pour une date unique en France, en compagnie d’un autre échappé de la folk hors-format, Stranded Horse.

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