The Great Sabatini - Dog Years

Dog Years, nouvel album de The Great Sabatini, aligne dix titres formidables de bout en bout et devrait vous faire passer une agréable et chahuteuse demi-heure.

Top albums - juin 2014

1. The Royal We
2. Guest Of Honor
3. Nursing Home
4. Periwinkle War Hammer
5. Reach
6. Akela
7. Munera
8. Pitchfork Pete
9. Ditch Diggers Unlimited
10. Life During Wartime

date de sortie : 02-06-2014 Label : Solar Flare

Troisième long format pour les Montréalais de The Great Sabatini, désormais membre de l’écurie française Solar Flare Records (Pigs, Sofy Major). Dog Years, enregistré et mixé par Sean Pearson (Cursed, Shallow North Dakota), annoncé par un trailer gigantesque, laissait présager le meilleur au successeur de Matterhorn. Et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il ne trompait pas. Du grand art. Toujours ce noise-rock au cordeau mâtiné de sludge poisseux et de hardcore canal historique. Toujours cette saine colère. Mais cette fois-ci, le groupe privilégie une approche dépouillée, carrément lo-fi, à la limite du DIY, bien plus que sur les efforts précédents. Et cette mise à nu, loin de nuire au propos, en décuple la sauvagerie. Les morceaux débarquent sans crier gare, balancent des bourre-pifs à tire-larigot puis s’en vont comme ils étaient venus, par surprise. En outre, The Great Sabatini aime aussi brouiller les pistes et aborde la musique sous une infinité d’angles. C’est ainsi que derrière le déluge de riffs sanglants on retrouve, tels des flashs, l’influence des Melvins, de Unsane, voire de The Jesus Lizard. Dès lors, à peine un morceau vient-il de finir que le suivant apporte une nouvelle variation, montrant par là même qu’avec quelques accords, il est toujours possible de créer une grande diversité. Autant dire qu’ainsi, à ne jamais se répéter tout en faisant la même chose, Dog Years file à la vitesse de l’éclair. Difficile d’extirper un titre plutôt qu’un autre de la méchante boule à facettes des Montréalais puisque tous se ressemblent et tous sont différents. Il y a bien Akela et sa guitare slide totalement classe qui casse le paradigme brutal de The Great Sabatini, mais pour le reste... Pourtant, il s’avère compliqué de trouver le moindre point commun entre Nursing Home, hardcore/véloce et Reach par exemple, rampant/mélodique. Le même groupe, les mêmes riffs-massue, les mêmes lignes de basse furibardes, le même tabassage et les mêmes intentions mais un résultat à chaque fois inédit. Et c’est bien ce qui accroche l’oreille et contribue à faire de Dog Years une sacrée réussite.



Sous des airs faussement placides, le sludge rural qui colle aux bottes de Dog Years cache une bête de concours gonflée aux stéroïdes. La nonchalance feinte, résultante de l’emploi d’un sévère sens de l’humour second degré, endort votre vigilance et vous vous retrouvez piétiné, les tripes à l’air, gisant après un choc frontal avec 800 kg de viande rouge. Car de prime abord, la production très naturelle, sans fioritures, pousse plutôt à se concentrer sur la construction des morceaux bien plus que sur leur violence mais pour peu que l’on s’y attache, on voit très vite à quel point cette dernière est pourtant bien présente. Exceptée l’interlude Akela dont on a déjà parlé, il est indéniable que tous les autres titres tabassent joliment. De l’impitoyable The Royal We en ouverture au bien nommé et formidable Life During Wartime, The Great Sabatini montre sa science du riff-tronçonneuse et bénéficie en outre d’une rythmique proprement métamorphe s’adaptant à n’importe quelle configuration, ventripotente à certains moments (Pitchfork Pete) ou toute en nerf à d’autres (Guest Of Honor). Enfin, pour ne rien gâter, le groupe peut se targuer d’un sens de la composition que beaucoup doivent lui envier : Nursing Home et son tapis de guitares fuselées, Reach et son évidence mélodique ou encore le mélancolique et imparable Life During Wartime montrent toute la sensibilité de Dog Years, un disque sans doute parfaitement résumé par le monstre gentil de sa très chouette pochette : il montre vraiment une sale gueule mais, face à lui, on ne peut s’empêcher d’être rassuré. Bref, voilà un disque en trompe-l’œil qui multiplie les fausses pistes et permet de révéler toute la subtilité de The Great Sabatini, un groupe qui, sous ses airs bas du front, se révèle sacrément intelligent.

Brillant.


Chroniques - 28.05.2014 par leoluce, nono
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