Le streaming du jour #1232 : Extra Pekoe & The Barfly Drummers - ’Air Balloons Also Rise’

Délaissant quelque peu - mais pas complètement non plus, cf. le capiteux Pourquoi Noire La Nuit...? pas loin d’un Vieo Abiungo - la dimension cinématographique voire fantasmagorique de ses derniers disques aux manettes de Two Left Ears ou des Barfly Drummers ici présents, crew de batteurs abstractionnistes dont les interventions se fondent d’une manière presque organique dans cet environnement rétro-futuriste et baroque, Mathieu Adamski aka Extra Pekoe laisse libre cours à sa passion pour le hip-hop bancal, l’électro déstructurée, les transes ethniques d’autres constellations (Downtown Dentelle, Napalm Jacques) et les ritournelles d’instruments-jouets (Fuochi d’Artificio Bambino !!!) sur cette série de vignettes kaléidoscopiques aux syncopations savamment arythmiques et sévèrement droguées.

Louvoyant à la croisée d’Antipop Consortium (le ping-pong chaotique) et d’Odd Nosdam (les envolées de harpe oniriques et autres distos virant au bad trip) sur un Cahin Caha Cannibal où s’invite le flow indolent de Mike Ladd, figure tutélaire parmi d’autres et pionnier électro-hip-hop comme un poisson dans l’eau quelques titres plus loin sur un Milky Way Sometimes Go Down The Ladder And Take The Sidewalk au diapason de ses errances hallucinées, le beatmaker parisien associé de près dans ce projet à son compère le percussionniste électro-friendly Gregory Lodé fait du cut-up analogique un art martien sur à peu près tout le reste du disque, sans pour autant se départir de cette logique de l’absurde qui coule chaque miniature dans la suivante comme on enfile les perles de couleurs et de tailles différentes sur un même fil d’Ariane aux circonvolutions délicieusement alambiquées.

A ce titre, on s’est bien marré en lisant dans le dossier de presse les auto-bios sans queue ni tête des musiciens, parmi lesquels deux autres batteurs fous (Cedric Ben’Houz, René Arnault), un beatboxer qui fait de la batterie avec sa bouche un peu comme les batteurs font des beats avec leurs baguettes (Fanch Bourhis), et un contrebassiste qu’on ne reconnaît plus (Pedro Ivo Ferreira). En gros ça donne ici une rêverie sur planches du Canada pour air-pongistes du thérémine et du synth vintage saturé (Tesla Enamorado), là le safari véléda d’un chaman des savanes (Big Beast Braconnage), ailleurs de l’Asie en veux-tu en voilà (du mélancolique et carillonnant Bali Star Caravelle au nerveux Pacotilles, remake de K2000 revu et corrigé à coups de tatanes par un Iko Uwais en short), plus loin une virée de poulets sans têtes toutes sirènes dissonantes dehors (Poulaga Poursuite).

Et puis de l’orgue qu’on actionne pour emplir d’air les montgolfières (Golden Organ2550) ou les petits ballons de caoutchouc qui le recrachent en symphonie de vents mauvais (Zephir Baudruches), du Lalo Schifrin joué en canon sur trois écrans de cinéma superposés (Railway...Phosphor !), et finalement, un peu partout, ces instrus dont Flying Lotus aurait pu accoucher s’il avait continué sur la voie glitch-hop stellaire et enfumée du parfait Los Angeles (Bling Bloom Bitch Languors, le morceau-titre ou encore Small Cuts Muddy MoneyMike Ladd a le "brain... feeder"). En bref, c’est toujours surprenant, jamais redondant et souvent bandant pour qui carbure au groove barré, mais surtout étrangement touchant sous ses airs de grand messe psychédélico-déglinguée. Un régal !


Streaming du jour - 21.11.2014 par RabbitInYourHeadlights
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jeudi 27 juin 2019


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