Ghostpoet - Shedding Skin

Le troisième album d’Obaro Ejimiwe n’est pas celui d’une rupture discographique. Il n’empêche, l’évolution musicale est évidente. S’il s’éloigne des racines hip-hop qui avaient charmé son auditoire sur Peanut Butter Blues & Melancholy Jam et Some Say I So I Say Light, Shedding Skin reste un disque profondément urbain.

1. Off Peak Dreams Voir la vidéo Ghostpoet - Off Peak Dreams
2. X Marks The Spot
3. Be Right Back, Moving House
4. Shedding Skin
5. Yes, I Helped You Pack
6. That Ring Down The Drain Kind Of Feeling
7. Sorry My Love, It’s You Not Me
8. Better Not Butter
9. The Pleasure In Pleather
10. Nothing In The Way

date de sortie : 03-03-2015 Label : PIAS

Cette évolution sensible n’est pourtant pas évidente au premier abord. Et pour cause, le Britannique entame cet opus pied au plancher avec un Off Peak Dreams qui s’inscrit dans la droite lignée des titres qui, tels Survive It, Cash And Carry Me Home ou encore Meltdown, survolent une mêlée pourtant brillante.

La sensible mue apparaît dès X Marks The Spot, le morceau suivant. La nonchalance légendaire de Ghostpoet se fait moins prononcée. Sans que l’imparable flow d’Obaro Ejimiwe n’en soit altéré, le propos se fait plus sérieux.

C’est que Shedding Skin est un disque profondément tourné vers l’extérieur là où Some Say I So I Say Light se voulait plus introspectif, l’album faisant alors suite à une rupture délicate. « Ma vie n’en est qu’une parmi des millions d’autres. Et c’est exactement l’état d’esprit de ce disque » indique d’ailleurs le Britannique.


Suivant cette logique d’une ouverture au monde extérieur, Ghostpoet invite de nombreux artistes, de Melanie De Biasio à Paul Smith (Maxïmo Park), en passant par Lucy Rose ou Nadine Shah, prêtant leur voix. Obaro Ejimiwe s’est également appliqué à mettre en pratique les conseils de compagnons de route aussi prestigieux que Brian Eno, croisé au Mali dans le cadre du projet African Express, qui aurait conseillé à son cadet d’enregistrer ses disques rapidement avant de passer à autre chose.

Une forme d’urgence émerge en effet de Shedding Skin, mais il ne s’agit pas de ce type d’urgence qui hésite avec le cafouillage ou l’empressement. On parle ici de l’urgence que les sages s’imposent pour se recycler et éviter de se répéter.

Les instrus hip-hop d’autrefois se font ici plus discrètes. L’électricité s’impose comme la force dominante, atteignant son paroxysme au cœur de l’album, sur un Yes, I Helped You Pack dénonçant, sur un versant lorgnant sur le trip-hop industriel, les violences conjugales.

Si l’on imagine sa situation confortable aujourd’hui, l’émancipation de Ghostpoet n’a rien à voir avec celle de ceux qui oublient d’où ils viennent. La défense des tristes destinées tient toujours à cœur l’artiste. Shedding Skin évoque la fatalité de la situation d’un sans-abri sur un morceau à l’efficacité rare. Minimaliste durant une minute trente, une partie du voile s’efface alors, laissant place à une montée progressive jouissive où l’artiste répète à l’envie à son interlocuteur que, quoi qu’il pense, ce dernier ne le connaît absolument pas.

Si l’on aura pu craindre, sur la première partie du disque, et principalement sur Be Right Back, Moving House, un léger ronronnement, le deuxième acte se veut plus enlevé et plus percutant, à l’instar d’un enchaînement Better Not Butter/The Pleasure In Pleather abouti.

Le Britannique n’a rien perdu de son attrait pour les mots. La manière dont il les emploie sur le Nothing In The Way final n’est pas sans procurer des frissons. Sur ce titre, une rythmique binaire au piano soutient l’inimitable flow de Ghostpoet avant que de délicieux arrangements de cordes ne s’invitent. Déjà l’un des morceaux qui fera date cette année.

Sur Shedding Skin, Obaro Ejimiwe parvient à se réinventer sans se renier. Agrémentant son hip-hop d’électricité sans en dénaturer le caractère urbain, invitant de multiples artistes tout en gardant la mainmise sur l’ensemble, Ghostpoet est loin d’avoir choisi le pilotage automatique sur cet opus dont la paire de titres plus timides ne constitue qu’une conséquence logique de l’évolution d’un homme plus concerné par le monde dans lequel il évolue. Pour autant, ce disque ressemble à son auteur et lui permet de poursuivre l’enrichissement d’une discographie jusqu’à présent parfaite en tous points.

Chroniques - 06.02.2015 par Elnorton
 


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