Le streaming du jour #1351 : Bison Bisou - ’Régine’

Paru en octobre 2015, on est bien sûr à la bourre mais ce Régine mérite qu’on s’y attarde. Au menu, de l’incisif et du fracturé, six morceaux typés ’90s mais qui savent aussi délaisser les affres du rétroviseur.

On n’est pas très sûr de savoir à quoi renvoie Bison Bisou. Indie rock ? Math rock ? Punk rock voire post-punk ? Tout ça probablement, voire plus encore. Ce n’est sans doute pas ce qu’il se fait de plus original mais c’est très bien exécuté et souvent partagé entre l’envie d’ouvrir les fenêtres en grand pour inhaler l’air frais à grandes goulées et clore l’espace pour y faire naître la tension. Tiraillés entre élans solaires et dislocation des structures, les morceaux sont tour à tour guillerets et hachés menus, vifs et désintégrés. Une grosse basse caoutchouteuse où les guitares-anguilles (Sébastien Lordez, Christophe Xb et Thomas Ruckebusch) aiment s’enfouir quand elles n’en vrillent pas la surface de leurs ondes incisives, une batterie vive et métamorphe (tenue par Jason Van Gulick dont on réécoute encore souvent l’épatant Entelechy) et par-dessus, la voix extravertie qui porte ses textes dans la langue de Shakespeare en balançant souvent de l’aiguë entre les syllabes sans pour autant renier les graves (Charly Lazer), voilà pour l’essentiel des armes qui ornementent les six titres de Régine.

La pochette est probablement une subtile référence à l’Origine du monde, un peu comme si on l’avait privée de son « O ». On n’est pas non plus très sûr qu’il s’agisse d’une fille et, de fait, cet emballage résume bien ce que l’on entend et tout ce qui fait la singularité du groupe, à savoir son côté tangentiel. On ne sait jamais trop sur quel pied danser et si on est sûr d’avoir déjà entendu tout cela à maintes reprises, une écoute attentive dissout les certitudes. On sent bien que la musique de Bison Bisou n’est pas le résultat d’un froid brainstorming mais plutôt la résultante de ce qui sort de chacun de ses membres lorsqu’il est mis en présence des quatre autres. Dès lors, le côté par trop prémédité qui, de prime abord, fait naître un ersatz de suspicion est bien vite battu en brèche par l’énergie, spontanée elle, que dégagent les morceaux.

En outre, tout cela se montre bien construit. Depuis les fractures d’un Malaise inaugural jusqu’à l’émotion patraque d’un Hair final et pourtant incisif, Régine dessine un relief bigarré où les saignées sombres et minérales (DDD, Naïve et quelques autres) disputent les minutes à des enclaves plus solaires au sein desquelles le groupe ose exposer son petit cœur tendre (Friends). Tout le temps crane et à l’aise, Bison Bisou se place dans le sillage d’un At The Drive In tout en y injectant suffisamment d’éléments qui lui sont propres - une bonne dose d’ironie en particulier me semble-t-il et puis les riffs matheux amalgamés à une basse tirant plutôt vers le post-punk, à l’instar de la voix - pour ne pas sonner comme un vulgaire décalque. Au final, on laisse tomber les étiquettes puisqu’il y a suffisamment de passion là-dedans pour qu’on écoute Régine indépendamment des ses influences supposées, uniquement pour ce qu’il est, à savoir un bel EP rempli de promesses.

Car n’oublions pas qu’il s’agit là de leur premier et que ces six titres représentent de bien chouettes auspices pour la suite.


Streaming du jour - 20.03.2016 par leoluce
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vendredi 24 janvier 2020


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