Hyperculte - Hyperculte

On est légèrement (très) en retard concernant celui-ci mais il faut dire qu’il ne se laisse pas apprivoiser facilement. D’ailleurs, pour être tout à fait franc, il n’est pas encore domestiqué et ça tombe bien, ce n’est surtout pas ce qu’on lui demande.

1. Les Crabes
2. Résigné
3. Choléra
4. Le Tyran
5. S.O.S.I
6. Penser Ensemble
7. Bataille
8. Caillou
9. Le Feu

date de sortie : 29-04-2016 Label : Les Disques Bongo Joe/Red Wig Records & Tapes

Au départ, on identifie quelques grandes lignes : deux voix monocordes déclamant des textes en français, partagés entre images poétiques et slogans, un violoncelle, une batterie, un usage étrange de la répétition et beaucoup de sécheresse. Au départ, on se dit que le disque a trop peu de choses pour lui. Au départ, on pense qu’on va l’abandonner là et que l’on n’y reviendra jamais, ses plaines étant un peu trop mornes, son relief, un peu trop plat et pelé. Au départ, on se dit aussi qu’on a déjà un peu trop entendu ça sans vraiment savoir ni où ni quand. Au départ, aussi, on trouve la pochette hideuse. On n’aime pas trop non plus le nom que le groupe s’est choisi en croyant y déceler une pointe d’arrogance.

Au départ, on se plante complètement.

Les voix, d’abord. Elles sont loin d’être monocordes et s’emberlificotent parfaitement l’une à l’autre, tout comme les instruments. Certes, elles adoptent parfois une scansion monotone mais c’est toujours à dessein : souligner un propos résigné, rendre saillants des arrangements ébouriffants. Le reste du temps, c’est plutôt vivant et les mots, les phrases se ruban-adhésivent fortement au cortex. Ensuite, c’est effectivement assez sec mais c’est pourtant luxuriant tant l’ensemble fourmille d’idées. Les morceaux, de prime abord, peuvent paraître conventionnels mais ils sont très loin de l’être et sont souvent dynamités par un usage créatif de la répétition qui les fait dévier vers une sorte de transe aussi inattendue qu’étrange. Autrement dit, les plaines sont loin d’être mornes et le relief est sacrément bigarré, ce qui rend le disque très singulier. Le nom enfin - on reviendra plus tard sur la pochette - est sacrément bien trouvé : Hyperculte. Ça rime avec uppercut. Attention, pas le coup dévastateur que l’on voit venir de loin et que l’on peine à esquiver. La musique, ici, balance une frêle pichenette qui, pourtant, remue en profondeur et l’inscrit durablement dans le crâne. Hyperculte aussi pour la dévotion désormais excessive que l’on voue à cet album.

Mais sans doute faudrait-il faire les présentations : Hyperculte est un duo de Genève qui réunit la contrebasse (et les effets qui enrichissent l’ossature) de Vincent Bertholet et la batterie de Simone Aubert qui manipule également une guitare quand le besoin s’en fait sentir. Les deux, en plus, chantent. Pas vraiment des inconnus. On a déjà croisé le premier au sein de l’Orchestre Tout Puissant Marcel Duchamp et la seconde chez Massicot. Pourtant, ces quelques informations n’éclairent absolument rien, la musique du duo étant à des années-lumière des deux groupes précités. Des boucles, une batterie frénétique et un violoncelle qui ne l’est pas moins. Un mélange indéfini que le duo définit lui-même comme « minimalist transpop prekraut postdisco ». Bien vu. La musique d’Hyperculte ressemble effectivement à ça. C’est tout à la fois tribal et dansant. Frivole et profond. Pop et expérimental. Inoffensif et féroce. C’est aussi très réfléchi mais dans le même temps, totalement spontané. Du coup, on rajouterais volontiers le vocable « punk » à la définition donnée plus haut. D’autant plus que les textes contiennent leur lot de slogans scandés. Oui, car à l’instar des arrangements, eux aussi sont une franche réussite. Ils s’incorporent parfaitement à la musique tout en ayant leur vie propre, rien de redondant et parfois même quelques fausses pistes.


« Commence par crier/Libère tes peurs/Pleure si tu peux/Brise du réel/Ancre-toi dans tes rêves/La vie sauvage/Danse » assènent-ils d’emblée sur Les Crabes pour mieux annoncer la couleur. Une suite d’injonctions que le disque donne envie de suivre car, effectivement, à bien y regarder, il permet tout ça. « Je ne veux pas me résigner/Un vieux monde à démonter/Tant de choses à faire tomber » plus loin ou encore « J’ai envie d’y foutre le feu » sur le fabuleux Le Feu en disent long sur les intentions insurrectionnelles du duo qui cherche à faire bouger les lignes dans la forme et le fond. Les deux se complètent parfaitement, la tension des mots rejoignant celle de la musique. Bref, cet éponyme fait danser de travers, rêver et réfléchir aussi en nous renvoyant directement à l’intérieur de nous-même puis à l’extérieur quand les motifs deviennent répétitifs puis insidieusement hypnotiques, que les multiples effets recouvrent les morceaux de poussières oniriques et psychédéliques qui emmènent loin et haut. Curieux objet parfaitement résumé par sa pochette, une photographie du duo prise au crépuscule sur les rives du lac de Joux en Suisse où chacun arbore un amalgame de peaux de bêtes prélevées sur des déguisements traditionnels suisses. Au départ, on trouvait ça hideux mais au final, on s’est laissé prendre par la brume environnante en même temps qu’elle envahissait la photographie.

Abhorrer puis adorer.

Vecteur d’émotions - même contradictoires - on n’écoute pas seulement ce disque, on le vit.

Chroniques - 27.06.2016 par leoluce
 



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