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L’Effondras - Les Flavescences - Chroniques | Indie Rock Mag

L’Effondras - Les Flavescences

Comment L’Effondras allait-il pouvoir évoluer après un premier album déjà remarquable ? Réponse avec Les Flavescences. En faisant exactement pareil mais en encore mieux.

1. Les Rayons De Cendre
2. Lux Furiosa
3. Phalène
4. Le Serpentaire

date de sortie : 03-03-2017 Label : Noise Parade Records

L’incandescence, le feu, les flammes vives. Un brasier où l’émotion brute se consume. Jusqu’ici, L’Effondras, c’était de longues montées hypnotiques recroquevillées sur la répétition de motifs amples, empruntant tout autant au blues qu’à n’importe quel truc en post (-rock, -hardcore, -metal un peu aussi). Aujourd’hui, c’est exactement la même chose. Tout au plus reconnaît-on l’adjonction d’une guitare baryton qui apporte un peu plus de densité encore. Les field recordings sont également enserrés plus profondément dans l’équation et apportent un surplus d’étrangeté à une musique déjà en soi fondamentalement mystérieuse. Le trio n’a pas son pareil pour convoquer l’enfoui et touche juste en permanence. C’est organique, ça sollicite des forces telluriques et quand on écoute L’Effondras, des concepts anciens et cachés dansent derrière les yeux. Des vieux trucs de grand-mère, des croyances oubliées, de la « sorcellerie » à la Jeanne Favret-Saada, ce genre de choses auxquelles on ne comprend rien mais qui existent, tout comme on ne comprend pas plus l’emprise que peut avoir la musique du trio sur le corps tout entier. Ce qu’on veut dire par là, c’est qu’on peine à analyser ce qui fait la majesté d’un disque comme Les Flavescences (et de celui d’avant). L’enchevêtrement des guitares ? Très bien mais ce n’est pas nouveau. La batterie féline ? Pas mieux mais ça aussi, on l’a déjà vu ailleurs. Les motifs répétés à l’envi ? Parfait mais ce n’est pas non plus exceptionnellement original. Pourquoi alors reste-t-on électrisé de la première à la dernière note ? Pourquoi Les Flavescences sont-elles à l’origine de si gros remous sous l’épiderme ? Qu’est-ce qui en fait un disque singulier alors qu’il est construit sur des éléments déjà maintes et maintes fois rencontrés ? Il faut s’y résoudre, L’Effondras enferme dans sa musique une grande part d’impalpable que l’on ne peut pas disséquer. L’alchimie particulière qui se dégage du triangle très resserré fait naître des morceaux plus grands que lui, qui le débordent complètement. Il suffit de les voir en concert pour effleurer ce qu’il se joue quand ils jouent. Complètement acquis à leur musique, ils paraissent en transe et cette dernière a tôt fait de se communiquer à l’audience jusqu’à ce qu’à la fin, on ne fasse plus qu’un avec L’Effondras.

On pourrait dès lors s’arrêter là puisqu’on n’a rien à en dire. Ou en tout cas rien de plus que ce que contient le disque. Pourquoi multiplier les mots alors qu’une simple écoute suffit à partir en errance avec lui, à se retrouver piéger dans ses méandres tout autant tumultueux que vertigineux ? Peut-être pour dire que si rien ne change sur Les Flavescences, on reste tout de même captif de L’Effondras comme au premier jour. Le précédent avait pris par surprise et celui-là - alors que l’on sait d’emblée à quoi s’attendre - fait exactement de même. Dès Les Rayons De Cendre, l’intensité happe. Un bloc mélodique furieux où les longues montées en puissance se disputent une mer d’huile, les circonvolutions multiplient les chemins de traverse alors que le morceau file pourtant droit devant. À peine commencé, Les Flavescences est déjà très haut et, alors que l’on se dit qu’il ne pourra que redescendre, déboule Lux Furiosa. La même intensité que celle du morceau précédent mais sur un temps plus long encore. La musique explose en gerbes mordorées, la batterie tabasse tout en gardant son incommensurable finesse, les guitares se montent l’une sur l’autre et, tout doucement, atteignent la voûte étoilée. Déjà deux uppercuts. Mais c’est sans compter sur le reste. Phalène, c’est le versant apaisé de L’Effondras, celui qui permet de bien mesurer tout ce que cette musique peut avoir d’organique. Certes, on pourrait avoir l’impression que l’extrême densité empêche l’air de rentrer mais c’est bien tout le contraire. On y décèle l’espace qui encercle les morceaux, le vent dans les arbres, le cri des oiseaux avec lesquels on s’envole pour Le Serpentaire. Une longue demi-heure qui file pourtant bien vite, exempte de fioritures. Simplement une longue épure. Le même motif sur le même motif, la même mélodie en renfort de la même mélodie et la répétition toujours jusqu’à ce que tout se taise et qu’il ne reste plus qu’un espace laissé vacant. Un espace que la nature se charge vite de combler. Manière d’affirmer sans doute ce que lui doivent le groupe et sa musique.

Élaboré au fin fond des Cévennes, on sent particulièrement bien l’influence de l’environnement sur le disque. C’était déjà le cas sur le précédent mais pourtant, sous leurs dehors gémellaires, on dira que l’alchimie du trio s’est encore affinée et qu’il semble aujourd’hui moins concentré sur lui-même. Plus ouvert. Il joue désormais avec le silence et le rôle de ce dernier est aussi important que le reste. Quoi qu’il en soit, rien à faire : écouter L’Effondras, c’est se sentir comme la petite fille de la pochette. Hypnotisé par le grand brasier qui se tient devant. Jusqu’à danser avec lui.

Définitif.


Chroniques - 03.03.2017 par leoluce
... et plus si affinités ...
L’Effondras sur IRM