10 000 Russos - Distress Distress

10 000 Russos vient du Portugal et sur Distress Distress, deuxième album paru chez Fuzz Club Records, le trio développe sa vision singulière du psychédélisme. À base de kraut et d’indus. Imparable.

1. Germinal
2. Tutilitarian
3. Europa Kaput
4. ISM
5. Radio 1
6. Distress

date de sortie : 07-04-2017 Label : Fuzz Club Records

Cycliques et motorik, les morceaux de Distress Distress sont salement hypnotiques et happent immédiatement. La plupart se déploient au-delà des six minutes et développent une espèce de groove industriel et froid assez difficile à décrire. Tout à la fois patraque et conquérant. Sombre et renfrogné. Ajoutez à cela un chant noyé dans la masse, adoptant une scansion invariablement lente et balançant ses mots sur un ton invariablement détaché. Les bong bong caoutchouteux et inquiets de la basse s’agrafent aux poum tchak très secs de la batterie et contribuent à la mise en place d’une rythmique répétitive et circulaire. La guitare et les bruits divers qui l’accompagnent (nappes, stridences, grouillements) ne volent jamais très haut mais s’en vont très loin, déployant leur mycélium psychédélique dans toutes les directions, pourvu qu’elles restent à l’ombre. La musique de 10 000 Russos est ainsi labyrinthique et modifie l’espace (qu’elle rend immédiatement sphérique) et le temps (qu’elle finit par effacer). Partout, le brouillard et le flou prédominent. L’électro-kraut aux accents psycho-industriels des Portugais dessine des spectres bizarroïdes bien plus que des morceaux et quand le disque s’achève, on en retient surtout l’ambiance générale. Pourtant, pour peu qu’on le détaille, on voit très vite comment tout ce que Distress Distress donne à entendre se montre infiniment bien construit et les spectres évoqués plus haut révèlent, in fine, une vraie densité. Ciselés et au cordeau, les morceaux dévoilent une architecture retorse. Germinal, déflagration inaugurale et accidentée mêlant réverbération et amoncellement, serpente avec facilité entre sommets dronesques en plaines grondantes. L’assise paraît disloquée quand tout ce qui se traîne au-dessus semble au contraire complètement imbriqué. C’est aussi très répétitif et en permanence mouvant. Bref, très difficile à circonscrire. Idem du côté de Tutilitarian ou encore du formidable Europa Kaput, aux contours incertains et qui, pourtant, enferment complètement. Voilà pour la face A qui se montre bien plombée.


Toutefois, 10 000 Russos est aussi capable d’aérer sa mixture et la face B semble un brin plus légère tout en conservant intact le pouvoir grandement immersif de Distress Distress. ISM expérimente ainsi l’entrechat suspendu dans les airs et Radio 1, en reprenant les armes des premiers titres - la répétition, le drone, le groove motorik, l’amoncellement - ménage une enclave franchement inquiète mais aussi très ténue. Grand morceau hypnotique où tout n’est que suggéré, jusqu’au chant éthéré qui semble vouloir murmurer son psaume étrange au creux de l’oreille, c’est un écorché débarrassé de quelques strates de bruit qui montre bien que, même à poil, le trio maîtrise son sujet. Distress, ultime déflagration grondante, empruntant sa ligne de basse fatale au Godman de Singapore Sling, vient clore parfaitement un album propice à l’errance et l’abandon. Pedro Pestana (guitare), André Couto (basse) et João Pimenta (batterie, chant) viennent de commettre un drôle de truc qui envoie l’abstraction sèche de Public Image Limited se frotter aux pérégrinations soniques de Spacemen 3 sous l’égide de Faust. Dans le même temps, 10 000 Russos s’affranchit de tout ça et sonne, le plus souvent, comme lui-même. On trouve ainsi dans Distress Distress une multitude d’emprunts à l’électro ou au drone-ambient qui habillent sa musique d’accents très contemporains et préfigurent, quelque part, ce que pourrait être le psychédélisme de demain. Tout cela était déjà présent sur l’éponyme de 2015 mais sur celui-ci, le trio a semble-t-il haussé le niveau et a soigné le moindre détail. Et si de prime abord, on a l’impression qu’il a arrondit les angles et lissé sa rugosité, on comprend vite qu’il n’en est rien. Aussi à l’aise dans la lourdeur que la légèreté, l’attaque frontale que l’approche larvée, 10 000 Russos suit une démarche finalement très nuancée qui aboutit à des morceaux bien plus variés qu’il n’y paraît. Alors bien sûr, la musique, insaisissable et métronomique, s’avère un brin difficile à cerner tout en étant, dans le même élan, parfaitement évidente mais elle n’en reste pas moins complètement jubilatoire.

N’attendez rien de carnassier, n’attendez pas non plus la moindre sauvagerie et encore moins d’accolades. Comme le montre sa pochette minimaliste et sans fioriture, 10 000 Russos fait simplement son truc dans son coin et continue à explorer un pré carré aux dimensions modestes en apparence mais à la profondeur maousse eu égard au nombre assez ahurissant de strates qu’elle renferme. Une façon tarabiscotée de dire qu’il y a dans Distress Distress de quoi explorer longtemps.

Brillant.





Chroniques - 23.04.2017 par leoluce
 


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