Daniel Brandt - Eternal Something

Croisé l’an passé aux côtés notamment de Hauschka sur le Six Pianos / Keyboard Study # 1 de Steve Reich et Terry Riley à l’occasion d’un Six Pianos où il assurait, comme son nom l’indique, une partie composée par le premier nommé sur ledit instrument, Daniel Brandt est également l’un des membres du trio Brandt Brauer Frick, coupable de quatre longs-formats parus depuis 2010 dans une veine électro-jazz.

1. Chaparral Mesa Voir la vidéo Daniel Brandt - Chaparral Mesa
2. FSG
3. The White of the Eye
4. Turn Over
5. Kale Me Voir la vidéo Daniel Brandt - Kale Me
6. Eternal Something Voir la vidéo Daniel Brandt - Eternal Something
7. Casa Fiesta
8. On the Move

date de sortie : 24-03-2017 Label : Erased Tapes

Mais pour sa première sortie en solo et sous son véritable patronyme, le Britannique avait d’autres envies, qu’il explique lui-même de la manière suivante : « l’idée initiale était de faire un album de cymbales. Je voulais m’entourer de tout type de cymbales. Je me suis enfermé dans la cabane de mon père dans les bois pendant trois jours. C’est à ce moment que j’ai compris qu’il n’était pas possible pour moi de faire un album uniquement avec des cymbales parce que d’autres idées et instruments s’imposaient à moi ».

Il ne reste effectivement plus grand-chose d’une structure exclusivement orientée vers les cymbales sur Eternal Something, bijou de musique électronique instrumentale où l’ampleur du travail rythmique et les (dé)constructions à tiroirs ne nuisent jamais au caractère contemplatif des compositions.

Artiste polyvalent, le Berlinois d’adoption a fait confiance, pour les besoins du clip d’Eternal Something, au réalisateur Bertil Nilsson qui capte de manière absolument fascinante une danse assurée par Fukiko Takase et Mbulelo Ndaben. S’il s’agit probablement, dans sa première partie, de la plus néoclassique des pistes du disque, sa progression est particulièrement aboutie puisque sa mue progressive convoque des rythmiques et sonorités tribales étouffées, autant qu’un jazz rappelant le Esbjorn Svensson Trio et une IDM décomplexée.

Il faut bien avouer que ce dernier versant est celui qui domine sur ce singulier Eternal Something. Il y a quelque chose de très Warpien, mais qui se mêle à d’autres horizons sonores. En ce sens, l’aventure n’est jamais redondante et ne se contente jamais de picorer les miettes laissées par les aînés. Elle les sublime. Casa Fiesta en est l’un des témoins les plus fidèles puisqu’il laisse apparaître des déstructurations synthétiques que n’aurait pas reniées le Richard D. James des années 90, sans pour autant se contenter d’en rester là, et l’apport de Florian Juncker au trombone permet de singulariser l’univers de Daniel Brandt, de la même façon que sur FSG, les vents mènent vers d’autres horizons l’électronica sèche rappelant le Caribou d’il y a dix ans.


Percussions boisées (Kale Me), IDM onirique (Chaparral Mesa et sa digestion des travaux de Christ., ex-Boards of Canada) et vents épousant un flux minéral (On The Move), Eternal Something ne fait jamais dans le surplace, sans pour autant partir dans tous les sens. Il y a même quelque chose des expérimentations du Radiohead dAmnesiac sur le sommet The White Of The Eyes où le piano déstructuré à tendance néoclassique hante des nappes électroniques crépusculaires.

Polyvalent et surprenant, l’artiste qui assure presque toutes les parties de ce disque riche en instruments (Florian Juncker, Manu Delago et Andreas Voss jouent toutefois respectivement trombone, tambour et violoncelle) a rejoint Erased Tapes pour les besoins de cet album, et dévoilait d’ailleurs récemment pour Radio Campus France ce mix issu d’une résidence de plusieurs pensionnaires du label. Il réalisait ainsi une infidélité à The Gym Records, dont il est le co-fondateur. Mais celle-ci se justifie tout à fait en ce sens que, entre Ben Lukas Boysen et Peter Broderick, il y a une véritable cohérence dans l’idée d’accueillir un disque tel que celui-ci.


En somme, sur Eternal Something, Daniel Brandt va bien plus loin que l’« album de cymbales » qu’il se promettait d’écrire. En cours de composition, il s’est simplement laissé surprendre par sa créativité. Cet abandon de soi trouve un écho dans ces vignettes sonores dans lesquelles l’auditeur s’immerge sans réserve. Après tout, n’est-ce pas là le principe élémentaire de l’art le plus abouti, que de perdre le contrôle de son œuvre pour en permettre l’interprétation personnelle de chacun des membres de la plèbe ?


Chroniques - 01.08.2017 par Elnorton
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