Live Report : Tiny Feet (La Chapelle du Conservatoire, Rennes, 9 Décembre 2017)

Si la réputation des Transmusicales, festival rennais se targuant d’avoir accueilli Nirvana ou Björk avant leur apogée, semble désormais solide, Les Bars en Trans’, manifestation se déroulant le même week-end, présentent un intérêt équivalent.

Ainsi, en plus de L’Effondras, Le Réveil Des Tropiques, Born Idiot ou Le Villejuif Underground, Tiny Feet constituait l’une des principales attractions de cette affiche. La Bretonne se produisait à La Chapelle du Conservatoire, là où Tropic of Cancer avait donné un concert mémorable en début d’année dans le cadre de l’édition hivernale de La Route du Rock.

Sur scène, Emilie Quinquis se tient tout à droite, et alterne entre deux guitares et un micro avec lequel elle joue, faisant varier les intonations, les effets et le volume en s’éloignant de ce capteur sonore. Mais Tiny Feet a bien changé. A l’image de la présentation qu’elle propose au public ("on est Tiny Feet"), il ne s’agit plus d’un "one-woman band" comme elle aimait le présenter.

Les boucles infinies bâties à l’aide de pédales hypnotiques semblent bien loin, et le trip-hop de l’excellent Silent publié en 2014 n’est plus qu’un lointain souvenir. As An End To Death, récemment chroniqué dans nos colonnes, est un disque plus clair, sur lequel les cordes et les harmonies sont davantage perceptibles.

Il n’est donc pas étonnant de voir Emilie Quinquis entourée sur la scène. Un batteur officie à l’extrême gauche de celle-ci, tandis qu’au centre, deux musiciens se font face aux claviers. L’un d’entre eux, Yann Tiersen en l’occurrence, lâchera de temps à autre cet instrument pour se consacrer au violon.


La configuration est posée, mais elle ne dit rien de l’intensité qui se dégage de la performance. La voix de l’artiste se rapproche plus que jamais de celle de Beth Gibbons, dans la roue de laquelle elle s’inscrit assez clairement.

Cette mue artistique ressemble d’ailleurs à celle de la Bristolienne lorsqu’elle s’était associée à Rustin Man pour accoucher de l’intemporel Out of Season, plus doux et harmonique que les sombres convulsions de Portishead mais qui conservait néanmoins un caractère opaque.

Il en va de même avec As An End To Death. Certes, les arrangements synthétiques et les parties de cordes frottées - qu’il s’agisse du violon de Yann Tiersen ou de la guitare dont Emilie Quinquis joue parfois avec un archet - donnent davantage d’épaisseur et de lumière à l’ensemble, mais il reste néanmoins hanté. Hypnotique, même.

Les versions live accentuent ce sentiment, ce second disque étant clairement mis à l’honneur. Mogeriou Mor en est l’un des exemples les plus marquants, la grâce de la guitare acoustique ouvrant le morceau étant particulièrement renversante, et la progression de ce titre l’amenant vers une explosion finale jouissive où les cordes à la fois candides et transgressives se marient dans une fusion évoquant aussi bien Yann Tiersen - forcément - que Sigur Rós.


Les autres grands moments du disque que sont At The End - le sample de la voix d’Anjela Duval irradiant la salle -, Bombay Beach ou Boyfriend sont mis à l’honneur. Sur ce dernier titre, l’artiste en profite pour remercier King Creosote, co-auteur du morceau.

Là où Beth Gibbons s’était appuyée sur Paul Webb, bassiste de Talk Talk, pour une sortie de route contrôlée et particulièrement aboutie, Tiny Feet a pu compter sur deux artistes, l’Écossais sus-nommé et Yann Tiersen, pour faire évoluer son univers musical. Et cette prestation live aussi captivante que glaciale et désarmante ne fait que décupler la majesté qui se dégage de As An End To Death, un disque sur lequel on revient avec davantage de plaisir encore lorsque la complexité des sentiments qu’il génère vient à être digérée...


Articles - 10.12.2017 par Elnorton
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