Tiny Feet - Silent

Cela faisait deux ans et demi que nous suivions les pérégrinations de Tiny Feet avant, courant mai, de relayer sa fructueuse campagne de crowdfunding destinée à financer son premier album.

1. Turn Around
2. Choke My Sorrow
3. The Bench
4. The Crime
5. Tot
6. Memories Voir la vidéo Tiny Feet - Memories
7. Fellow
8. Silence Kills
9. Feather

date de sortie : 27-11-2014 Label : Autoproduction

Celui-ci, baptisé Silent, est désormais accessible et s’étale sur trente-sept minutes d’incursions labyrinthiques durant lesquelles la mue de la Bretonne est évidente. L’épure des premières versions a laissé place à un univers plus torturé encore qu’on n’aurait su l’imaginer.

Seule aux manettes du projet, Emilie Quinquis refuse la facilité aussi bien que le fait de se cantonner à un seul courant. Témoin en est le large éventail des univers de ses collaborateurs, du hip-hop de Thavius Beck auquel elle prêtait sa voix sur un Tears of Fire paru sur The Most Beautiful Ugly au néo-post-rock de Yann Tiersen pour lequel elle a composé et chanté Ar Maen Bihan sur le récent Infinity en passant par le rock indé de Breton ou la folk de King Creosote croisés sur leurs tournées respectives.

Un large spectre d’influences loin du « one woman-band » lorgnant (élégamment) sur le trip-hop de Portishead que l’on imaginait de manière trop restrictive. Le clin d’œil au trio bristolien est évident sur The CrimeTiny Feet s’approprie les gimmicks vocaux de Beth Gibbons jusqu’à sa façon de susurrer des borborygmes en arrière-plan répondant à sa propre voix. La basse hypnotique et la rythmique triplée en fin de boucle évoque de son côté, et assez clairement, les arrangements chers à Geoff Barrow.



En dehors de ce titre, et même si les plus imaginatifs trouveront dans le Feather final une filiation avec certains morceaux issus du 100th Window de Massive Attack, que ce soit dans l’intensité de la nappe sonore instrumentale ou l’utilisation vocale, Tiny Feet prend clairement ses distances avec le trip-hop.

L’auteur de Silent revendique aujourd’hui l’étiquette d’« électro-rock expérimental ». C’est encore assez loin du compte, la réalité de cet opus ne pouvant être aussi condensée. On repère ainsi deux grosses tendances sur ce disque, qui elles-mêmes seraient à nuancer. La première catégorie de titres, principalement placés en début de disque, lorgne vers l’épure et le downtempo à l’image du très étiré Turn Around, The Bench ou le minimaliste Tot.


Qu’ils permettent d’instaurer l’ambiance s’amusant avec un aspect malsain revendiqué ou constituent des transitions nécessaires, ceux-ci ne sont finalement que les faire-valoir (peut-être un peu trop nombreux, et c’est bien l’essentiel reproche que l’on pourrait faire à Silent) aux sommets qui suivent, parmi lesquels on retrouve nombre de titres composés il y a plus de deux ans et totalement retouchés pour l’occasion.

Est-ce là la patte de Yann Tiersen qui a produit le disque, du mixeur Stéphane Bouvier (à l’œuvre sur le Before The Dawn Heals Us de M83) ou de la Bresto-Rennaise ? Qu’importe, le résultat est efficient. De la dark-électro urgente de Choke My Sorrow à un Memories déroutant alternant ambient au piano et rock industriel en rappelant, dans chacune de ces facettes, le génial Trent Reznor, en passant par l’électro elle-aussi industrielle et habitée de Fellow, la surprise est permanente. Tiny Feet nous prend en tout cas à contre-pied (forcément…) en revisitant et torturant certains des morceaux forts de son répertoire.

Le choix est audacieux et témoigne d’un esprit aventureux qui nous est aussitôt confirmé par les velléités prochaines de l’artiste, qui souhaite s’immerger pendant six mois auprès de bretonnants pour influencer son second opus. S’il est aussi inspiré, habité et pétri de détails, en un seul mot aussi riche que Silent, il ne fait aucun doute que nous suivrons avec attention les prochains pas de Tiny Feet.


Chroniques - 27.11.2014 par Elnorton
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