Tape m’en cinq #9

Parce que notre hexagone abrite bien trop de talents méconnus, il m’est apparu urgent de me lancer, pour la première fois, sur un Tape m’en cinq qui sent bon le fromage et le vin...

1. Beat For Sale

Pour notre trois centième épisode du ’streaming du jour’, nous avions déjà eu l’occasion d’évoquer l’entreprenant label Chez.Kito.Kat. Et si l’on ne parlera jamais assez de la structure messine, afin d’éviter que cela ne tourne à une propagande surfaite, il a fallu trancher parmi les nombreux talents hébergés par le label. On aurait ainsi pu mettre en valeur l’ambient façon Plaid de l’excellent EP de mr bios ou la pop raffinée de Kaliayev, mais la musicalité évidente du premier EP de Beat for Sale (photo) s’est imposée d’elle-même.

Samuel Ricciuti, Christophe Biache et Salima Bouaraour, c’est-à-dire les trois fondateurs du label, forment ainsi, avec Sébastien Boess (le fameux Kaliayev qu’on évoquait plus haut) un quatuor à la pop électronique imparable. Imaginez une voix à la Katie White des Ting Tings utilisée au profit d’ambiances tantôt lugubres ou planantes, le tout bonifié par quelques beats bien placés. Réductrice, cette description ne saura rendre justice à l’efficacité de ces cinq morceaux, parmi lesquels l’entêtant On The Road, sommet placé au beau milieu de l’EP. Qu’il s’agisse de Beat For Sale ou du label Chez.Kito.Kat d’une manière plus globale, on suivra attentivement les futures sorties...

2. Mermonte

A six en studio, la troupe menée par Ghislain Fracapane se retrouve même à dix sur scène. Pop orchestrale tirant sur le post-rock, les compositions du groupe sont à la fois complexes et immédiates. Mention spéciale à David Le Merle, petit bijou labyrinthique où, malgré l’absence de sifflements (les instruments se substituant à ceux du merle), on entrevoit le spectre d’un Andrew Bird, époque The Mysterious Production of Eggs.

Si les six musiciens assument clairement leur influence pop en déclamant, sur leur Bandcamp : "We’re a pop band from Rennes", il faut véritablement attendre Oups, troisième et dernier morceau de leur premier EP, pour naviguer clairement dans des eaux plus proches de The Radio Dept. que des influences citées précédemment. On aura pris soin de garder le meilleur pour la fin en évoquant Monte. Portant bien son nom, la progression du morceau est parfaite, le conduisant jusqu’à des boucles impeccables sur lesquelles sont susurrés quelques mystérieux vers...

3. Tiny Feet

Seule à la baguette, la Rennaise Tiny Feet revendique l’étiquette trip-hop qu’on aurait de toute façon tôt fait de lui attribuer. La faute peut-être à un organe rappelant celui de Beth Gibbons. C’est notamment flagrant sur On A Tray, minimaliste et poignant à souhait où, parfois presque a capella (la basse étant le seul instrument toléré sur ce morceau), la musicienne parvient, à la façon de Bertrand Cantat sur Des Armes, à dégager une présence et arracher des larmes à un roc sans jamais en faire trop.

Un véritable travail d’équilibriste pour celle qui en live s’amuse parfois, à la manière de Jónsi, à utiliser un archet pour manipuler sa 6 cordes. Et si, à l’instar de The Bench, une atmosphère très bristolienne se dégage de ses travaux en studio, c’est bien sur scène que, seule avec son manche (guitare ou basse), son micro et les boucles qu’elle enregistre avant de les laisser hypnotiser son public, Tiny Feet signe ses prestations les plus poignantes.

Pas encore d’album sous ce pseudonyme, mais un EP comportant sept titres (dont une majorité jouée actuellement en live) est déjà à l’actif de celle qui officiait alors sous l’étiquette de 7i7yLoOp.

4. Côme

Duo parisien dont le premier EP éponyme a été produit par François Ernie (Stuck In The Sound), Côme renoue avec l’indie rock à guitares. Premier morceau de la galette, Presto nous rappelle l’époque où avec Steeve Hewitt derrière les fûts sur Without You I’m Noting, Placebo n’avait pas encore ajouté tant de manières à des compositions qui, du coup, gagnaient en efficacité.

Who Wanna Dance ? et I Kill You, de leur côté, s’appuient sur une mélodie évidente, à la manière des Smashing Pumpkins et un chant empli de rage. On s’étonnera de noter la présence de ponts sur lesquels des enregistrements de conversations et un certain faux rythme rendraient presque crédible une comparaison avec Godspeed You ! Black Emperor.

Aux côtés de ces trois morceaux, on fera volontairement l’impasse sur les deux ballades complétant l’EP, bien que The House soit très correcte dans son genre. On préférera clairement la face plus agressive du duo dont on attend avec curiosité la prochaine livraison.

5. The Qiwu Selftet

Qiwu se revendique comme un beatmaker influencé par le jazz, la musique électronique et le hip-hop des années 90. Pas faux lorsque l’on écoute Travelling Arrière, premier opus du Rennais (encore un) qui évoque aussi bien les Norvégiens de Jaga Jazzist (Pueblo) que Dälek (Merci Au Revoir) ou encore RJD2.

Si l’on ne devait finalement retenir qu’un artiste auquel comparer le son du Qiwu Selftet, ce serait probablement Hku, dont le génial Soukha nous avait émerveillés en 2007. Travelling Arrière, avec ses extraits de dialogues, cordes et percussions apaisantes, s’inscrit globalement dans la même veine bien qu’il soit évident que sur un album durant près de soixante quinze minutes, quelques changements de style soient salvateurs...


News - 08.05.2012 par Elnorton
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