ADA aux petits soins pour le Bakesale de Sebadoh

Au regard de la passion pour l’esthétique lo-fi qu’entretient le webzine A découvrir absolument comme bon nombre d’habitués de ses désormais fameuses compilations consacrées à ce que la scène pop française compte de plus créatif, il n’y avait qu’une question de temps avant de voir Gérald De Oliveira et son équipe s’attaquer à Sebadoh et son incontournable Bakesale, 18 ans au compteur et pas la moindre ride.

Un défi relevé avec la même ferveur que pour les récents tributes à Diabologum, PJ Harvey, Dominique A et Grandaddy, dont ce Bakesale revisité prend directement la suite en tant que 5ème hors-série, mais s’il est vrai que l’ambition d’ADA de reprendre à chaque fois l’oeuvre dans son entier (et dans l’ordre), artwork compris (tâche à laquelle s’est attelé cette fois l’excellent Half Bob) s’était parfois confrontée à quelques petits soucis de cohérence, la réussite ce coup-ci est est totale et le bébé de la pochette aura bien du mal à trouver recoin moins reluisant au fil de ces 20 titres (dont 5 bonus) tout sauf révérencieux pour autant.

En témoigne mieux qu’aucune autre la relecture étonnamment lyrique et léchée de Skull par le Suisse Fauve, coup de coeur à la hauteur des 5 années passées à patienter jusqu’à la sortie en novembre dernier du deuxième opus de ce magicien de la pop versant équilibriste et métissée, encore trop méconnu dans nos contrées (et injustement oublié dans ces pages mais on aura sûrement l’occasion de se rattraper pour sa distribution physique chez nous à l’automne prochain). Tout n’est donc pas si écorché que ça sur ce Tribute To Sebadoh - Bakesale, et du spleen dépouillé de Not Too Amused transformé en berceuse cuivrée par Angil à la cold wave cinématique de Together Or Alone version Laudanum en passant par la "power new wave" d’Ichliebelove sur Give Up ou les nébulosités hypnotiques du Mystery Man de Papa Ours, les chemins de traverse constituent une grande part du charme de l’album. Néanmoins, pour rendre à César ce qui appartient à Cyrod, Shape2* et Løzninger, impossible de ne pas s’attarder sur les monuments que nous proposent les trois musiciens en poussant dans ses derniers retranchements de dissonance, de distorsion et de saturation l’influence que le groupe de Lou Barlow et Jason Loewenstein a eu sur leurs univers respectifs, faits de bric, de broc et surtout de noise en liberté.


Ajoutez à ça les pulsations implacables de JC Noos revisitant en ouverture l’explosif License To Confuse qui devait donner son titre un an après la sortie de Bakesale au premier album des oubliés Sharon Stoned (avis en passant aux fans de Lou Barlow qui marque le disque de son empreinte au sens propre comme au figuré), un choix dont on imagine sans mal la difficulté entre deux bien jolies versions de Magnet’s Coil (signées Witold Bolik et Younglionapprentice) et cette poignée de mélodies immortelles (Careful, Shit Soup, Rebound, Temptation Tide...) auxquelles ont su rendre justice à des degrés divers Fencies, Thomas Boudineau, La Soif ou Dotsy Dot, et on se demande ce qui peut encore vous retenir de filer télécharger le tout d’un simple clic. Quant aux participants, ils nous en disent plus sur le pourquoi du comment de leur passion via une série d’interviews ici.


* alias Nicolas Godin, qui prolonge par ailleurs le plaisir des reprises malmenées par là, en marge de son nouvel opus.