Rose Mercie - s/t

Minimaliste et de guingois, l’éponyme de Rose Mercie s’inscrit durablement sous la peau. Un premier album passionnant.

1. Floating
2. Les Glycines
3. Moyen-Age
4. Spring and Fall
5. How Can I Talk
6. The End of Love
7. In The Valley
8. Raindrops

date de sortie : 02-03-2018 Label : Monofonus Press, SDZ Records, Jelodanti Records

«  Louann (batterie, guitare, synthé) + Inès (synthé, guitare, batterie) + Charlotte (guitare, synthé, batterie) + Michèle (guitare, batterie) = all singing »... en quelques mots, tout est dit. On trouvera dans ce disque des claviers, des guitares et de la batterie mais pas toujours dans cet ordre. Pas toujours non plus la même personne derrière tel ou tel instrument. Rose Mercie par Rose Mercie donc, premier album sortant en 2018 mais enregistré en 2015 alors que le groupe existe depuis 2013. Beaucoup de morceaux capturés sur dictaphone et des Démos dans l’intervalle mais aujourd’hui, sur cet album, un son enfin beaucoup plus détaillé, permettant de cerner toutes les nuances de leur musique « lacrymo-séminale » saisie en live, alors même qu’elle sortait de leurs doigts, dans une maison de Villejuif durant les quelques jours de l’enregistrement. Les filles ont pris leur temps pour arriver à huit morceaux où les voix occupent tous les interstices. Un peu la substantifique moelle. Mais là où l’on pourrait s’attendre à quelque chose de soupesé et millimétré ne laissant aucune place au doute ou à l’accident, pas du tout. C’est au contraire très instinctif et spontané. C’est bien là tout le paradoxe.

Le temps a été pris, certes, mais pour laisser les choses advenir, pour que d’une ossature floue au départ puisse naître un morceau et puis un autre et encore un autre jusqu’à n’en garder que huit. De prime abord, ils sonnent mal dégrossis, approximatifs et un peu de guingois. Les claviers dévissent parfois, les guitares tissent des notes légèrement tangentes et la batterie sonne primitive, on n’arrive pas toujours non plus à cerner complètement les paroles. Mais ça, c’est au début. Très vite, il devient évident que ce qui caractérise cet éponyme, c’est qu’il est vivant. À son écoute, on a vraiment l’impression d’être tout à côté de Rose Mercie et de les voir là, à la sortie des enceintes, triturer leurs instruments, tailler dans la masse et extirper de leur carré hermétique une substance vive. Elles se connaissent par cœur et, ensemble, osent tout. Il en résulte des morceaux tout à la fois libres et fureteurs dont il est très difficile de se défaire et leur musique agit sur l’encéphale comme un aimant. Alors, c’est vrai que tout est un peu approximatif mais ça n’a aucune espèce d’importance car le tumulte des voix et des instruments, les accidents agrémentant la prise retenue et l’énergie vitale se dégageant de l’ensemble s’agrippent à l’épiderme, s’y agrafent puis le transpercent et finissent par s’insinuer durablement.

En premier lieu, ce qui hypnotise, c’est l’enchevêtrement des voix. Dès Floating, alors même qu’elles paraissent se tenir dans l’arrière-plan, ce sont elles que l’on suit et on ne les quittera plus jusqu’au dernier souffle de Raindrops. Chevillées aux motifs des guitares, accrochées à la batterie ou planquées derrière les nappes ténues des claviers, raisonnant quand rien d’autre ne résonne, parfois complètement en avant et muettes à d’autres moments, elles tracent des arabesques franches et ouvragées. Dans Les Glycines, par exemple, ce sont elles qui dessinent les contours d’un morceau tout à la fois ciselé et primitif qui renvoie autant aux Raincoats qu’aux Slits. Rose Mercie montre également quelques traits plus contemporains les rapprochant d’un Trash Kit ou de feu Electrelane. C’est indubitablement dans ces contrées-là que leur musique se déploie. L’autre grand truc de ce bel éponyme, c’est le côté instinctif susmentionné. Il intervient pour beaucoup dans l’impact important du disque : les morceaux - loin de n’être que des ersatz - semblent avoir subi un travail de d’assemblage/délestage important : tout est à sa place et s’imbrique parfaitement dans l’ensemble et surtout, rien n’est jamais en trop. Si l’on enlève le moindre micro-poil de quoi que ce soit ou, au contraire, si on le rajoute, tout se casse la gueule ou perd de son éclat.

Les intrusions incongrues du synthé rythmant Spring And Fall permettent par exemple de mettre en exergue toute l’élégance des guitares à peine effleurées. Sans eux, le morceau serait sans relief et beaucoup moins intéressant. Même chose du côté du formidable The End Of Love où les claviers apportent un peu de chair à une ossature par ailleurs complètement pelée. Idem encore concernant la batterie dont le poum-tchack minimaliste devient très vite obsédant (Moyen-Âge, How Can I Talk mais on pourrait citer tous les morceaux). Pour arriver à un tel résultat, on imagine sans peine les heures passées à expurger, recoller, épaissir et déstructurer les brouillons, multiplier les versions et les prises pour n’en retenir au final que huit qui marquent avant tout par leur remarquable équilibre. C’est pour ça aussi que le disque touche autant. Il est en permanence dans la justesse. Vif, impétueux, parcouru d’un flux étrange qui enferme complètement, on reste pantois et l’on se demande en permanence comment de tels morceaux ont pu naître d’un parterre à ce point chiche et raclé. Point de vaine circonlocution, de bla-bla inutile ni de chromes rutilants à déplorer, pas un titre en-dessous des sept autres, Rose Mercie ne peut s’envisager que dans sa globalité. Minimaliste au possible, l’album est aussi très foisonnant et on ressent beaucoup à son écoute, coincé dans sa subtile mélancolie et son mouvement permanent.

Il a fallu attendre longtemps pour que sorte ce premier disque mais on sait aussi Rose Mercie en recherche permanente. Le prochain arrivera sans nul doute un peu plus vite. Et l’on sait déjà qu’on l’accueillera lui aussi à bras ouverts.

Brillant.

Chroniques - 25.03.2018 par leoluce
 



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mardi 20 novembre 2018


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