Kai Reznik - dead space between stars

1. Albatros
2. Heart shaped moment
3. Chapter eleven
4. Turning to ghost
5. dead space between stars
6. Scraps of conversation
7. Death shadow spaceship
8. Night pink drops
9. Nyctalope

2018 - Autoproduction

Sortie le : 17 novembre 2018

Kai Reznik

C’est vrai qu’on est une nouvelle fois très en retard sur celui-ci mais peu importe, on va tout de même en parler car 1. c’est un excellent album et 2. il faut absolument que vous l’écoutiez. Dead Space Between Stars reprend les traits principaux de Awkward Motions (2017) et les exacerbe. Toujours plus orientée ’80s, toujours plus mélancolique voire infiniment triste, toujours plus inquiète, la musique de Kai Reznik agit en deux temps.

De prime abord, on n’en retient que les atours les plus facilement identifiables – les sonorités retro-futuristes cheap, les nappes terminator, le beat increvable – que le cerveau agrafe paresseusement au nœud synthwave du réseau interne mais ça ne s’arrête pas là.

Vient ensuite une seconde vague : tout d’abord, le brouillage de la catégorisation puis les diverses émotions que tout cela procure. Synthwave ? C’est faire peu de cas des petits bouts de breakbeat, poussières de boom-bap et autres éléments hip-hop savamment disséminés sous les nappes ouvragées qui font sonner l’ensemble comme autant de productions attendant qu’un flow suffisamment malléable ne vienne les révéler. C’est oublier bien vite également les errances imposantes, les lignes de crêtes disloquées qui frôlent le post-rock et l’indus, les atours bien noirs qui empruntent au dark-ambient, l’exaspération élégante et tracassée qui ramène au post-punk, les traces de contemporain qui remontent parfois à la surface. Et puis l’ombre de Carpenter qui n’est jamais bien loin. La musique de Kai Reznik échappe aux étiquettes et c’est bien ce qui la rend si intéressante.

Parce qu’une fois qu’on a compris qu’il ne servait à rien d’aller chercher à quoi elle renvoie, on peut se concentrer sur l’essentiel, ce qu’elle procure. Et là aussi, c’est plutôt émietté. Bien sûr, ce n’est jamais guilleret et inutile de chercher ce qu’elle peut avoir de positif. Le climat est majoritairement sombre mais il s’élabore par petites touches de nuit qui rapetissent ou s’accumulent, faisant varier la densité de l’ombre projetée à la sortie des enceintes. C’est sombre de plein de manières différentes et l’accablement le dispute à l’envie d’en découdre. Dead Space Between Stars  ? C’est bien ce qu’explore Kai Reznik, ce fameux espace mort qui cache in fine une vraie vie.

Le piétinement sourd d’Alabatros en ouverture plante le décor : ambiance futuriste aux sonorités anciennes, les nappes pixélisées qui s’envolent, la voix lointaine qui susurre en arrière-plan. Plus ou moins ce que réserve la suite et surtout, toujours ce mélange étonnant entre éléments faussement suspects (les sonorités cheap) et choses très accaparantes (les mélodies en clair-obscur). De prime abord, on déteste apprécier l’album mais à la toute fin, on s’en moque complètement parce que la musique s’est insinuée sans crier gare.
Inutile de décrire par le menu tout ce par quoi font passer les morceaux, tous se valent même si tous sont différents : majestueux (l’époustouflant Chapter Eleven, Scraps Of Conversation plus loin ou Night Pink Drops), disloqués dans leur structure (Heart Shaped Moment, Turning To Ghost ou l’éponyme), plus rentre-dedans (Death Shadow Spaceship) ou carrément tristes (Nyctalope qui clôt l’album).

Tous vont jusqu’au bout des idées qui les ont vu naître, accumulent des sons bizarroïdes planqués dans les interstices, poussent les synthés dans leurs retranchements et montrent une belle densité que l’on peut explorer par strates, comme un oignon, pour extirper ce qui se cache sous les nappes imposantes même si la plupart du temps, on laisse aller la musique pour voir où elle veut bien nous porter.

Avec Dead Space Between Stars, Kai Reznik construit un album en tout point réussi qui met son paradigme (l’ancrage dans les ’80s) et ce qu’il a à transmettre (sa sensibilité, ses visions inquiètes) sur un pied d’égalité, ce qui n’est quand même pas une mince affaire. Mais souvent, on jurerait, en écoutant le disque, entendre les synthés pleurer.

Brillant.


( leoluce )


Disques - 19.11.2018 par RabbitInYourHeadlights
 



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mercredi 18 septembre 2019


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