Tricky - Knowle West Boy

En cette période, toujours joyeuse, de rentrée, l’ambiance est plutôt morose. Vous n’avez qu’à penser, pour vous consoler un peu que si c’est déjà dur pour vous de prendre le chemin du retour, il y en a un à qui ça doit faire encore plus drôle. Cinq ans qu’Adrian Thaws dit Tricky restait bien tranquille les doigts de pied en éventail sous les palmiers de Sunset Boulevard. Et si vous ne risquez pas de mettre du coeur à l’ouvrage dès les premières semaines, Tricky, lui, a sorti l’artillerie lourde !

1. Puppy Toy
2. Bacative
3. Joseph
4. Veronica
5. C’mon Baby
6. Council Estate
7. Past Mistake
8. Coalition
9. Cross To Bear
10. Slow
11. Baligaga
12. Far Away
13. School Gates

date de sortie : 07-07-2008 Label : Domino

Avant d’être un retour aux sources comme le nom de l’album, Knowle West Boy, clin d’œil au quartier de Bristol où il a grandi, l’indique, c’était un retour tout court. Il faut quand même avouer qu’on se demandait quelle suite pouvait donner Tricky au superbe mais très sous-estimé Vulnerable après 5 ans de silence discographique. 2008, baptisée année du trip-hop sonne le réveil des troupes. Le moment est idéal et le résultat tient en un mot : Phénoménal ! A côté le grand séisme de 1906 à San Francisco c’est Sum 41 à Walibi ! Et si je suis obligé de sortir des comparaisons aussi foireuses c’est que je ne suis toujours pas bien remis du choc.

Plus sérieusement, le disque de Tricky est une divine surprise dont on n’attendait pas tant. Un signe parmi d’autres qu’en cette incroyable année 2008 toutes les fantaisies sont permises. Ce disque du grand retour qui devait sonner comme les Specials ne ressemble pas pour autant à un désespéré regard vers un passé fantasmé. Il n’est pas non plus empli d’une nostalgie excessive envers les icônes du passé. Alors certes, la comparaison avec Tom Waits sur l’ouverture de Puppy Toy est flagrante et les susnommés Specials ne sont jamais loin, tout comme l’encombrante ombre des voisins de Massive Attack. Ces derniers sont immanquablement présent et imposent une nouvelle fois leur trip-hop déstructuré et post-moderniste, bien que l’on reste loin du fabuleux Pre-Millennium Tension de 1996. Mais pour autant, Knowle West Boy sonne comme l’œuvre d’une musicien accompli qui prouve là que, non il ne s’est pas encore transformé en Bisounours-vous-pouvez-rentrer-chez-vous.

La question était aussi de savoir comment le bad boy de Bristol allait s’y prendre pour remplacer durablement le talent et le charme de Martina Topley-Bird partie voler de ses propres ailes sous l’œil bienveillant d’un Danger Mouse, que l’on voit peut-être encore plus que le trip-hop cette année. Là encore la riposte opposée par le songwriter est impeccable. Son nom ? Veronika Coassolo qui interprète la majorité des voix et accompagne son mentor durant la mémorable tournée qui est en cours. Le domaine national de St Cloud, où la joyeuse troupe est passée la semaine dernière à l’occasion de Rock en Seine, s’en souvient encore.

Tricky - Council Estate

Pour le reste, Adrian aurait pu se contenter de faire un petit disque pépère en alignant ce qu’il sait faire pendant trois quarts d’heure sans que personne ou presque n’ait trouvé à redire. Mais le goût du risque (artistique cela va de soi) fait bien trop partie intégrante de la personnalité du chanteur, même si Blowback ou Vulnerable étaient de rares moments durant branchés en pilotage automatique, pour qu’il ne soit pas présent sur ce huitième disque. Il se risque ici à oser une reprise du Slow de Kylie Minogue. Si la démarche artistique peut paraitre douteuse, le résultat, dans une version gonflée à bloc, est du reste plus que satisfaisant, même si, c’en est sûr, ce n’est pas ce que l’Histoire retiendra.

La quarantaine passée, Tricky a encore de l’énergie à revendre et se transforme parfois en pyromane punk des années 2000 comme dans Baby C’mon. Le résultat est aussi impulsif que jouissif et vous soulèverait un éléphant endormi avec un coup dans le nez (Oui je sais la scène est difficile a visualiser...). Il signe aussi ce qui pourrait bien être son meilleur morceau avec un Council Estate d’anthologie, qui sample au passage le Roads de Portishead, clin d’oeil sympa à ses camarades de jeux, bien que l’homme ait récemment affirmé ne pas "fréquenter la même obscurité". Ambiance.

Dans cet album labyrinthique, Tricky arrête parfois d’allumer de grand brasiers explosifs pour revenir à des choses plus intimistes mais non moins passionnantes. Veronika, baptisé du nom de sa nouvelle choriste pour bien tourner la page Topley-Bird et faire comprendre le nouveau départ qu’il veut donner à sa carrière et l’impeccable School Gates qui clôture l’album sont deux petites pépites comme Tricky n’en avait plus sorti depuis longtemps. Authentiques, comme leur auteur a su le rester."I feel the shame of the cheap life" ou "She’s fifteen and pregnant I guess it’s too late" sont des petits riens tels qu’il en existe 100 sur cet album mais qui le rendent unique. Bouleversant.

C’est dans ces quelques moments que l’on saisit pourquoi Tricky intitule cela le disque du retour. Un retour aux sources qui n’a rien de pompeux, prétentieux ou pénible. Il s’effectue avec classe et sobriété. A l’écoute de l’ensemble du résultat, force est de se dire que l’anglais n’a peut-être pas seulement bronzé sur Venice Beach mais aussi beaucoup appris de cette échappée américaine. Signe fort, Tricky signe chez Domino pour ce disque, « un label anglais pour faire un album anglais » dit-il. Bringing it all Back Home disait déjà Dylan en 1965. En 2008, Tricky fait le chemin inverse. Et on ne s’en plaindra pas.

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