Tv On The Radio - Dear Science,

5 ans déjà que la comète TV On The Radio gravite autour de la planète pop en envoyant à intervalles réguliers ses déflagrations soniques faites de décharges brutes et électriques. Deux albums parfaits, Desperate Youth, Blood Thirsty Babes et surtout Return To Cookie Mountain avaient fait supposer à certains que le groupe avait atteint un point de non-retour. Après l’écoute de Dear Science, cela ne reste qu’une supposition.

1. Halfway Home
2. Crying
3. Dancing Choose
4. Stork & Owl
5. Golden Age
6. Family Tree
7. Red Dress
8. Love Dog
9. Shout Me Out
10. DLZ
11. Lover’s Day

date de sortie : 23-09-2008 Label : Interscope Records

Les années 90 auraient-elles débuté avec le Blue Lines de Massive Attack ? En tout cas, les années 2000 ont démarré lorsqu’on s’est pris en pleine face les ovnis I Was A Lover et Wolf Like Me. Il y a deux ans, on a eu la confirmation que TV On The Radio fait maintenant partie des grands rénovateurs pop du troisième millénaire aux côtés de Animal Collective, Panda Bear, des dernières productions de Why ? ou Of Montreal ou encore plus récemment de MGMT. Mais sur Dear Science, le quintette de Brooklyn atteint une nouvelle dimension avec un disque post-moderne et labyrinthique qui préfigure la bande-son du troisième millénaire.

Ambassadeur d’une pop indé aujourd’hui bouillonnante, loin des revivals pourris auxquels on a droit depuis quelques années, foisonnante et totalement assumée, le nouveau disque des new-yorkais était attendu comme le messie. Il est en noir, en blanc et en couleurs, à la fois pop, groovy, funk, free-jazz, expérimental et grand public. Si l’on devait coller une étiquette, les gens aiment les étiquettes, on parlerait de post-pop et ce ne serait peut-être même pas aussi absurde que ça en a l’air. Car seul un terme aussi alambiqué et a priori vide de sens peut englober tous les aspects de la musique proposée par TV On The Radio. Combien sont-ils aujourd’hui à marier aussi bien les genres et les couleurs ? Très peu, preuve du talent rare possédé par TV On The Radio. La déflagration de Return To Cookie Mountain n’est donc pas, comme certains grognons l’ont affirmé, un disque unique qu’il serait impossible de dépasser.

Car en 2008, la musique du quintette est encore plus riche. Les 11 titres de ce Dear Science, s’enchainent avec une telle évidence qu’il est impossible de ne pas sombrer. On se perd dans ce marécage vaste où l’on croise tour à tour Animal Collective, un David Bowie futuriste et même un Tricky échappé de Bristol. Et quand on laisse au rock-critic adepte de name-dropping le soin de faire des comparaisons vaines, on se laisse porter, tous ces noms s’effacent et s’impose un constat : la musique des new-yorkais est plus riche et plus passionnante que jamais.

Le clip de The Golden Age, premier extrait de Dear Science,



Kaléidoscopique, Dear Science, ne possède peut-être pas de grand sommet dévastateur comme l’était Wolf Like Me, mais gagne en profondeur ce qu’il perd en instantanéité. Les 11 comptines rétro-futuristes, tantôt déchainées et enflammées puis intimes et reposées, composent un puzzle qui assemble tout ce que la musique des années 2000 a de meilleur à offrir.

Or, dans ce vaste ensemble qui apparait disparate et hétéroclite, tout est incroyablement enchainé, comme si les titres de Dear Science, nous racontaient une histoire, la grande Histoire, celle de la musique des quarante dernières années, qui est ici déconstruite puis remontée sans mode d’emploi pour former celle des quarante prochaines.

C’est ce qui est le plus frappant dans ce disque, jamais TV On The Radio n’avait assemblé les pièces de son génie avec une telle cohérence, une telle évidence. On retrouve un raffiné et poétique Family Tree coincé entre la furie d’un Golden Age et l’incandescence malade d’un Red Dress dévastateur sans que cela ne paraisse incongru.

Cela est rendu possible par l’incroyable travail de production et d’orchestration d’un David Sitek au sommet de son art, qui a déjà sauvé le disque de Scarlett Johansson, et qui fait intervenir ici une mélodie coulée au piano (Family Tree), et une série de cuivres et de cordes comme sur l’incroyable final de Lover’s Day. Tout est constamment maitrisé, sonne juste et n’est jamais surfait comme souvent dans ce genre de cas (au hasard, Arcade Fire). Le blanc-bec de la bande est bel et bien la tête pensante et la pièce maîtresse de ces grands explorateurs du désordre contemporain.

Les Tv on the Legos, avatar imaginaire parfait d’un groupe qui a su habilement démonter et remonter les structures musicales. Comme on le fait avec la célèbre brique multicolore danoise.


Alors, que reste-il maintenant ? Où peut encore aller l’incroyable fusée TV On The Radio, insolente de talent et d’évidence ? Ce troisième brûlot, jeté en pâture à une critique et à un public qui se prennent d’affection pour des formations surcôtées et sans intérêt (comme Vampire Weekend, Midnight Juggernauts, Black Kids, Foals, Yeasayer et plus récemment Get Well Soon ou même The Do chez nous, pour ne pas les nommer) devrait une nouvelle fois faire du bruit.

Et peut-être que cette fois-ci le signal envoyé par les new-yorkais sera entendu au-delà des ondes indépendantes, grâce à un disque plus accessible et plus pop. Mais ici, pop n’est pas synonyme de facilité et celle de TV On The Radio est toujours aussi aventureuse et fourmillante, laissant à des années-lumière une concurrence qui peine à suivre. En cela, le quintette fait parfois penser à un Radiohead juste après le diptyque Kid A / Amnesiac.

Wolf Like Me, single de l’année 2006



Quelque part, les détracteurs avaient raison. La comète a explosé. Mais c’est seulement pour mieux laisser ses morceaux se répandre lentement dans l’atmosphère et influencer la musique des années 2000. Et c’est pour ça que TV On The Radio est essentiel.

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