Les embruns de Marcus Fischer soufflent sur 12k

Les amateurs d’ambient minimale teintée d’acoustique suivent passionnément pour la plupart l’actualité du label new-yorkais 12k, référence en la matière depuis une grosse douzaine d’années déjà.

Fondé par Taylor Deupree (ex Prototype 909, Human Mesh Dance ou Arc, et poète de la microphotographie à ses heures), lui-même moins prolifique qu’à l’accoutumée ces derniers mois mais auteur tout de même en juin du fascinant Shoals - dont l’utilisation atypique du son d’instruments à cordes et à percussion de Java et Bali combiné aux aléas de la performance physique captés par des micros reflètent sa nouvelle passion pour les boucles méditatives en flux tendu brouillant les frontières entre acoustique, électronique et field recordings -, 12k et ses sous-labels (dont un, Happy, consacré aux mutations les plus singulières de la pop japonaise, l’une des passions avouées de Deupree) ont vu passer des pointures de la micro-ambient tels que l’allemand Alva Noto, le hollandais Machinefabriek, l’australien Lawrence English ou encore Ryuichi Sakamoto, venu au genre sur le tard mais avec talent, pour une collaboration avec Christopher Willits dans la lignée de ses travaux avec Alva Noto et Fennesz.

Ce sont d’autres japonais, ceux du quatuor Minamo, qui avaient gracieusement ouvert les hostilités en début d’année avec le captivant Durée, rejoints dans la foulée par deux duos : les norvégiens Pjusk dont le magnifique deuxième opus Sval tout en nappes de drones et claviers éthérés sur pulsations minimales rappellera par ses textures brassant le chaud et le froid la grande époque de leur compatriote Biosphere, puis Murralin Lane, nouveau projet du suédois David Wenngren aka Library Tapes troquant son piano pour des modulations électro-acoustiques plus abstraites et les brumes vocales de sa moitié Ylva Wiklund.

On notera également l’EP Tools du milanais Giuseppe Ielasi dont l’ambient vaguement groovesque à base de rythmes élastiques, dans la continuité de son album Aix de l’an dernier, trouve son origine dans les objets du quotidien (boîte de polystyrène, papier alu ou ustensiles de cuisine notamment) qui servent de noms aux morceaux. Mais la révélation cette année pourrait bien venir en novembre avec le premier album officiel de l’artiste multimédia Marcus Fischer, passé notamment par le collectif Dublab en 2008 et de fait loin d’en être à son galop d’essai, enregistrant depuis plusieurs années sous le nom de map map ou au sein du duo Unrecognizable Now. En commençant à éplucher son blog Dust Breeding, on aura même la chance de tomber sur l’EP Arctic/Antarctic de juin dernier (36 minutes tout de même) et ses étendues glacées aux drones imposants essentiellement basés sur des impros de guitare trafiquées et parsemés de glitchs imitant les craquements naturels de la glace. Tout à fait superbe.

De quoi attendre avec la plus grande impatience ce Monocoastal, dont deux extraits sont d’ores et déjà disponibles à l’écoute via le site du label. Harpe, guitares électrique ou acoustique, mélodica, piano, xylophone et autre ukulélé, parfois trouvés lors des voyages de l’Américain, véritable compositeur nomade, le long de la côte Pacifique ces vingt dernières années se mêlent aux bruits de la nature et aux manipulations analogiques pour nous faire partager les rêveries contemplatives d’un promeneur des bords de mer, tout en arpèges spacieux et en textures mouvantes. Toute l’esthétique et la poésie de 12k, en somme, et d’un musicien qui pourrait bien marquer le label de son empreinte dans les années à venir.


News - 30.10.2010 par RabbitInYourHeadlights