Le streaming du jour #603 : Pascal Bouaziz/Michel Cloup/Patrice Cartier - ’Ville Nouvelle/Nouvelle Ville EP’

Depuis longtemps annoncée, la collaboration entre Pascal Bouaziz (Mendelson) et Michel Cloup (Diabologum, Experience), avec l’aide de Patrice Cartier, est enfin disponible via bandcamp. Un projet initié par la Maison Salvan, un espace dédié à la création contemporaine à Labège. Le concept est simple, un thème, la ville, deux morceaux, chacun apportant sa musique aux textes de l’autre.

La collaboration entre ces deux piliers du feu label Lithium ne date pas d’hier. Michel Cloup a produit l’album Quelque Part de Mendelson et reprend parfois lors de ses concerts Seule La Musique de Costes avec Pascal Bouaziz.



Sur le premier morceau, Ville Nouvelle, on retrouve le timbre grave de Pascal Bouaziz sur une composition qui se rapproche de la poésie sonore, rappelant son travail sur un texte de l’écrivain Olivia Rosenthal pour le projet Fantaisie Littéraire. Peut-être une piste sur la tournure que prendra le nouvel album de Mendelson qui sortira au printemps 2013, cinq ans après Personne Ne Le Fera Pour Nous.
La guitare de Michel Cloup se fait anti-mélodique, mimétique avec les lieux dépeints par Bouaziz, ces villes nouvelles, périurbaines, où toutes les maisons se ressemblent et se confondent, la France des journées sans fin et pourtant identiques. Une classe oubliée que Bouaziz nous conte à travers les affres de la solitude et les turpitudes des laissés-pour-compte des métropoles. Une peinture sociale que travaille inlassablement Mendelson depuis son premier album, sans cynisme ni complaisance mais avec une véracité qui fait froid dans le dos. Il y a du Pialat dans les phrases du chanteur, le même désir de réel, sans artifices.

Le second morceau, Nouvelle Ville, écrit par Michel Cloup, s’inscrit musicalement dans la continuité du premier, mais s’en éloigne par un propos que se veut moins social, plus onirique, à la découverte d’un monde nouveau et utopique. L’inversement de l’adjectif entre les deux morceaux souligne un effet miroir entre le réel et une ville fantasmée, avec un désir de liberté, d’unité et de réinterprétation d’un monde où le hasard et le danger sont enfin de mise. On a toujours vu chez Cloup ce penchant pour une poésie abstraite et optimiste, que ce soit avec Diabologum ou Experience.
D’ailleurs le le morceau se termine de façon beaucoup moins expérimentale, la batterie de Patrice Cartier se déploie tandis que la guitare devient plus mélodique et incisive. Le voix devient plus insistante et clôt l’expérience de façon plus didactique, « c’est une ville fictive, c’est une nouvelle ville, on peut donner le sens que l’on désire donner à ces deux mots associés ». C’est alors dans l’utopie que l’on retrouve un format plus classique, comme un inversement du réel par rapport au premier morceau qui permet de croire à une altération d’une vérité bien trop sombre.

Les questions qui traversent la carrière des deux hommes semblent donc ici trouver un point de rencontre avec un thème qui leur est cher, la ville. Cette collaboration donne lieu à une œuvre d’une ambition conceptuelle et musicale unique, une hybridation réussie entre poésie et expérimentation qui, on l’espère, ne restera pas sans suite.


Streaming du jour - 10.12.2012 par John Trent
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lundi 6 avril 2020


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