Comité d’écoute IRM - session #2 : Plebeian Grandstand, The Skull Defekts, The Snobs, thisquietarmy/Syndrome & Timber Timbre

Ça n’est pas parce qu’on n’en avait pas encore parlé qu’on n’a rien à en dire : chaque semaine, les rédacteurs d’IRM confrontent leurs points de vue sur 5 albums de l’actualité récente. Mieux que la NSA, le "Comité d’écoute IRM" vous renseigne !






Plebeian Grandstand - Lowgazers (Throatruiner)



nono : Une sortie chez Throatruiner Records et une production par Amaury Sauvé devrait suffire à vous convaincre de la qualité de ce nouvel album des Toulousains. Par contre, mieux vaut vous prévenir : le hardcore épileptique de Plebeian Grandstand est à peu près aussi agréable qu’une otite aigüe !

Rabbit : Le black metal belliqueux du quatuor nous prend à la gorge tout en ménageant quelques accalmies non moins lugubres et lourdes de menace. Une réussite digne des meilleurs classiques nordiques du genres.

Le Crapaud : Avec sa ration suffisante de blasts, de riffs lourds et d’arpèges dissonants, ce Lowgazers est puissant mais sans grande originalité. On y revient tout de même avec plaisir (et malgré sa pochette qui rappelle la mauvaise expérience de Crosses) grâce à l’excellent boulot d’Amaury Sauvé (au son aussi chez Stuntman, The Rodeo Idiot Engine, Nine Eleven...), décidément incontournable, qui sait appuyer là où ça fait mal.

Elnorton : Une sortie que seules les personnes déjà un tant soit peu rodées aux codes du black metal pourront apprécier. Cela n’étant pas mon cas, je n’ai pas été au bout du premier morceau.

Riton : Pan ! La messe est dite ! Une belle rafale de riffs à la sauce blackened hardcore plus tard et les Plebeian Grandstand ont assombri leur ville rose et détruit tout ce qui possédait des tympans autour. Faut dire que la fournée 2014 de chez Throatruiner est pour l’instant bien brutale.



The Skull Defekts - Dances In Dreams Of The Known Unknown (Thrill Jockey)



Rabbit : Le groupe le plus méchant du catalogue Thrill Jockey n’égale pas les crescendos hallucinés de Peer Amid sur ce nouvel opus, mais même en recherche d’une efficacité plus immédiate, le noise(art)rock des Suédois demeure joliment crépusculaire et habité.

nono : Les Scandinaves tracent leur chemin à grands coups de machette. Avec ce nouvel opus ils nous imposent une fois de plus leur vision aride et épileptique de ce que doit être le rock à grand renfort de guitares convulsives et de pilons rythmiques.

Elnorton : Sans rien révolutionner, ce rock empli de rage permet de passer un agréable moment et malgré quelques creux, les morceaux les plus aboutis (It Started With The Light, Awaking Dreams) revêtent un caractère addictif certain.



Riton : S’il peine à retrouver la force de Peer Amid, le quintet suédois nous sert tout de même une belle galette de noise rock hypnotique et bien pensé, dont les morceaux restent si facilement en tête qu’ils en deviendraient presque agaçants.

Le Crapaud : Un noise rock obstiné et industriel, à la voix fantomatique et aux guitares acérées. L’album qu’auraient dû sortir les Liars s’ils n’avaient pas été happés par une vague hipster.





The Snobs - Ekho’s Wheeling In Thespiae (Autoproduction)



Elnorton : Cela fait déjà plus de dix ans que Mad Rabbit et Duck Feeling, les frères composant le duo The Snobs, partagent gratuitement leur musique. Les expérimentations quasi-larseniques à la Sonic Youth de l’excellent Beatniks In The USSR, sans doute leur sommet discographique, sont désormais oubliées. Ekho’s Wheeling In Thespiae, leur dixième opus, mêle des influences issues du jazz (celle de Miles Davis est ici revendiquée et assez évidente sur le premier titre), du krautrock voire même du mouvement psychédélique. Les compositions à tiroir font étonnamment partie des plus accessibles du répertoire du duo sans jamais renier leur évidente dimension cérébrale.

Riton : Comme quoi on peut être snob et intéressant, savant et partageur... et déverser tous azimuts des influences aussi diverses et pointues que puisées dans le jazz, le noise rock et le kraut. Bravo les frangins !

Le Crapaud : un curieux mélange d’électro un brin noisy, de jazz mené par un saxophone fou, et de funk robotique berlinoise. Un langage original dont on peine à tirer le sens et dont on ne sait s’il veut nous faire danser ou nous coller à notre siège.

Rabbit : Dans la continuité de l’excellent Rhythms Of Concrete (2011), le nouvel album offert au téléchargement par ce duo dada toujours trop méconnu télescope une sorte de groove reptilien futuro-déglingué, des embardées free jazz et un bruitisme électro régressif au gré de ses trois progressions à danser sur la tête, où ludisme drogué et psychotisme alambiqué font plutôt bon ménage.





thisquietarmy & Syndrome - The Lonely Mountain (ConSouling Sounds)



nono : Sur le papier difficile de faire plus alléchant qu’une collaboration entre thisquietarmy aka Eric Quach (Parallel Lines, Mains de Givre) et Syndrome aka Mathieu Vandekerckhove (Amenra, Kingdom).
Le duo ne trompe pas sur la marchandise, conformément au magnifique artwork, The Lonely Mountain a les pieds ancrés au sol et la tête dans la brume. Sous des faux airs d’inaltérabilité toute tellurique, les drones naturalistes de l’album se déroulent avec la lenteur et l’implacabilité d’un glacier. Comme tous les pics inaccessibles, faussement inoffensif, The Lonely Mountain est un piège destiné à vous égarer et vous geler sur place.

Elnorton : Le drone ambient éthéré du duo n’a rien de déplaisant. Malgré quelques passages prometteurs (A River That Never Ends ), à trop prendre son temps, il a néanmoins fini par me perdre.

Riton : Ravi de voir Eric Quach continuer son tour du monde des collaborations pour s’arrêter en Belgique, et décliner le champ lexical de la désolation en compagnie de Syndrome. Les morceaux parlent bien d’eux-mêmes, l’écoute est sans surprise mais pas sans plaisir.

Rabbit : Associé au Belge Syndrome, le Montréalais Eric Quach livre l’un de ses disques les plus immersifs et oppressants, chef-d’œuvre de drone aride et lourd de tension contenue au-dessus duquel plane un orage de bruit blanc qui ne déversera jamais vraiment son courroux d’apocalypse en marche.

Le Crapaud : Un monolithe granitique traverse l’Antarctique et irradie tout ce qu’il frôle. Derrière lui, il laisse un monde froid, mort, fané, momifié. Une pluie de cendre épaisse accompagne son périple et recouvre ton corps nu bientôt enseveli. Lorsque tu parviens à t’en défaire, il ne reste plus assez d’air autour pour que quelque chose vive. Certains applaudissent à la fin.



Timber Timbre - Hot Dreams (Arts & Crafts)



Elnorton : En écoutant Hot Dreams, il est difficile de ne pas penser aux Tindersticks ou à Lambchop. Pour autant, considérer la formation canadienne comme un ersatz de ses aînés constituerait une relative injustice. On se laisse rapidement happer par les mélodies envoûtantes et le "timbre" hypnotisant de Taylor Kirk. Surprise ultime, la répétition des écoutes ne procure aucun sentiment de lassitude. Au contraire, le plaisir n’en est que décuplé dès lors que l’on apprivoise petit à petit les contrées dans lesquelles nous guide le trio.

Rabbit : On se sentirait presque gêné d’aimer un disque amalgamant une telle quantité d’influences... Lambchop et les Tindersticks donc (hein ? Curtains !?), mais également Lee Hazlewood, Johnny Cash, Callahan, Burt Bacharach pour le final d’Hot Dreams sévèrement pompé sur Something Big, Roy Orbison pour le côté crooner parfois un peu trop romantique ou encore Morricone pour pas mal d’arrangements (la batterie martiale de Beat The Drum Slowly ; la guitare fantomatique de Bring Me Simple Men qu’on pourrait croire produit par Portishead ; le tout aussi crépusculaire et baroque Resurrection Drive Part II).
Mais force est d’admettre que le groupe sait écrire de très bonnes chansons et maîtrise assez son sujet pour ne pas tomber dans l’hommage sans âme.



Riton : Après écoute je me dis qu’il est dommage de ne m’être jamais vraiment intéressé à ce groupe. Copiée-collée, certes, l’americana ’’pour les nuls" de Timber Timbre passe comme une lettre à la poste. Belle et bien digérée, elle aura au moins le mérite de donner envie de réviser son Lambchop !

nono : Difficile de savoir si c’est du courage ou de l’insouciance, sur Hot dreams, Timber Timbre pille allègrement ses précurseurs sans jamais vraiment réussir à convaincre. Si vous estimez avoir fait le tour des discographies conséquentes des Tindersticks, Lambchop, Roy Orbison, etc... alors pourquoi pas.

Le Crapaud : Bon, ok, les références, voire les citations, ok, mais la musique ? Une folk sombre, lyrique, des blues lents et tendus, des chansons bien écrites qui ne sont pas sans personnalité... Mais il semble que Timber Timbre soit victime de son bon goût !



indie rock mag - IRM des musiques actuelles


jeudi 15 novembre 2018


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