Comité d’écoute IRM - session #1 : The Bad Plus, Creepoid, Fenster, Motorpsycho & Pan Sonic

Ça n’est pas parce qu’on n’en avait pas encore parlé qu’on n’a rien à en dire : chaque semaine, les rédacteurs d’IRM confrontent leurs points de vue sur 5 albums de l’actualité récente. Mieux que la NSA, le "Comité d’écoute IRM" vous renseigne !




The Bad Plus - The Rite Of Spring (Sony Masterworks)



- Le Crapaud : Couronnement d’une démarche essentielle pour le trio de Minneapolis adepte de la reprise décalée avec cette réinterprétation grandiose du Sacre du Printemps, transfiguré par la grammaire du jazz contemporain. Un travail d’appropriation sublime et époustouflant, qui va jusqu’à mêler l’original à l’auto-citation dans un final typiquement badplusien.

- Rabbit : On ne rend pas hommage à l’un des précurseurs de la musique moderne en caressant l’auditeur dans le sens du poil. The Bad Plus l’ont compris et s’approprient les fulgurances harmoniques et rythmiques de l’œuvre phare de Stravinsky à coups de boutoir avant-jazz sur cette adaptation de leur performance live, mettant en évidence l’influence qu’a pu avoir le chaos organisé du Russe sur John Zorn, parmi d’autres.

- leoluce : Power trio ayant le goût de l’ouverture, The Bad Plus confronte cette fois-ci son jazz aventureux au foisonnant Sacre du Printemps. Le résultat est à la hauteur de ce à quoi l’on pouvait s’attendre : une réadaptation autant qu’un échange car si l’œuvre de Stravinsky est un terrain de jeu idéal pour The Bad Plus, ces derniers en soulignent l’indiscutable modernité.

- nono : Après une tentative d’écoute avortée qui s’est soldée par un « tu sais que ce que tu nous as mis c’est totalement inécoutable !? » de la part de ma compagne, j’ai refait une tentative en solitaire. Sans être aussi catégorique que ma moitié, il faut tout de même avouer qu’il me faudrait quelques heures de plus pour appréhender une galette aussi complexe et alambiquée.





Creepoid - Creepoid (No Idea Records)



- Rabbit : Belle alternance de voix (masculin/féminin), d’atmosphères (ballades nonchalantes et brumeuses/pics d’intensité plus toxiques) et d’influences (noise-rock, grunge, slowcore, shoegaze, psyché) pour ce quatuor de Philadelphie adepte des amplis saturés. Du revival 90s juste un peu nerd comme j’aime.

- Le Crapaud : Comme si un vieux Radiohead sortait de nulle part aujourd’hui, avec la participation exceptionnelle de Nirvana (Golden String) et de Sonic Youth (Gout, et non pas Goo...). Drôle d’effet ! Un album modeste soutenu par des guitares inspirées, et une production efficace.

- nono : Creepoid nous offre ici une jolie galette aux influences grungy 90s parfaitement assumées et assimilées. Un savant mélange de guitares fuzzy et de mélodies décapantes.
À l’heure d’un retour en demi-teinte des Pixies et de The Afghan Wighs, on ne va pas bouder notre plaisir.

- leoluce : C’est vrai, c’est bien construit, ça sonne joliment, ça ramène directement un paquet d’années en arrière, ça peut montrer quelques petits crocs à certains moments et un gros cœur sensible à d’autres mais ça ne marque pas plus que ça. Déjà entendus mille fois ailleurs, ces morceaux passe-partout ne me font ni chaud ni froid et je m’emmerde. Dommage.

- Riton : Mignon comme tout ce disque de rock 90s ! Le goût, l’odeur et le gros son des productions grungy shoegaze d’époque, mais pas la bonne année. En prime un joli chant mixte pouvant rappeler, en plus du reste, ce que les Norvégiens de The Megaphonic Thrift nous offraient il y a deux ans.





Fenster - The Pink Caves (Morr Music)



- Rabbit : Le duo germano-ricain perd un peu des charmes bricolos de son premier opus sur cette suite aux sonorités résolument modernes mais n’en demeure pas moins le meilleur héritier des Young Marble Giants, rénovateur d’une pop lo-fi à tiroirs dont la neurasthénie classieuse fait certainement pâlir de jalousie les surcôtés XX.

- nono : Jolie pop lo-fi à laquelle je suis totalement hermétique et qui a autant d’intérêt pour moi que le bourdonnement du réfrigérateur. Désolé.

- leoluce : Mélancolique et même presque triste à certains moments, The Pink Caves est indéniablement bien foutu : un côté bricolé qui permet de contrebalancer quelques claviers envahissants, des morceaux élégants et sensibles plutôt alambiqués mais aussi, hélas, une voix susurrée du bout des lèvres, stéréotypée et précieuse, franchement pénible, qui gâche beaucoup de choses.

- Riton : Du rose en souterrain, un bonbon de pop timide et cafardeuse plus léché, travaillé qu’auparavant, et plus touchant que jamais. Morr Music a bien raison de s’accrocher à eux... pourvu que ça dure !



Motorpsycho - Behind The Sun (Rune Grammofon)



- nono : Depuis plus de 20 ans les caméléons de Motorpsycho nous offrent avec régularité des pépites restées trop souvent confidentielles ( Blissard, Trust Us, Let Them Eat Cake, ...). Cette année les Norvégiens frappent à nouveau très fort avec un monument de space rock totalement halluciné.

- Rabbit : Passés maîtres dans l’alternance de crescendos heavy et d’accalmies plus acoustiques, les rockeurs cultes de l’écurie Rune Grammofon flirtent à nouveau avec l’emphase sans jamais déjouer leur élégance sans âge sur cette nouvelle épopée psyché, pleine de riffs anachroniques et néanmoins irrésistible.

- Le Crapaud : Avec son rock 70’s ultra référencé (tout y passe : heavy blues, folk psyché, prog-rock, hardrock...), Motorpsycho se joue des codes pour mieux leur rendre hommage. Grâce à des riffs bien troussés, on se laisse prendre au jeu du revival, même lorsque l’exercice frise le kitch, comme dans Kvæstor (Incl. Where Greyhounds Dare).

- leoluce : Motorpsycho continue patiemment à creuser son sillon, celui de l’emprunt tout azimut (ici et là, hier et avant-hier) pour finir par ne ressembler qu’à lui-même. Extrêmement opiacée, sa musique d’un autre temps nous mène par le bout du nez et on devient très vite captif de son psychédélisme racé. Jubilatoire. Comme toujours.




Pan Sonic - Oksastus (Kvitnu)



- leoluce : On a tout d’abord cru que Pan Sonic était de retour mais non, il ne s’agit en fait que d’un live enregistré à Kiev en 2009. Chaotiques, retors et tout le temps malaisés, les monstres sonores érigés par le défunt duo n’en demeurent pas moins sidérants. Bien plus qu’un live, Oksastus montre quelle formidable machine de guerre était Pan Sonic et nous fait du coup encore plus regretter son absence.

- Rabbit : On était en droit de douter de la pertinence de sortir un tel live 5 ans après la fin du duo électro-indus finlandais. C’était sans compter sur les qualités d’immersion de ce set vicié offert au festival du label ukrainien Kvitnu, captation au son impressionnant dont la technoise minimale et glacée lorgne parfois sur un drone viscéral et saturé d’éclats de verre.

- Riton : Objet posthume pour les fans ou nouveau coup de maître ? Un peu des deux mais aussi et surtout, 4 ans après Gravitoni, une raison de plus de regretter ces laborantins de l’électro froide et tapageuse. J’aurais aimé être à Kiev ce jour-là !


Articles - 04.05.2014 par Le Crapaud, leoluce, nono, RabbitInYourHeadlights, Riton
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dimanche 18 août 2019


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