Miserable - Uncontrollable

Miserable, c’est tout d’abord une tristesse infinie accompagnée de kilomètres de nappes de guitares dans lesquelles la voix se trouve comme noyée. Et du talent. Beaucoup. "Why do I feel so sad ? Why do I feel it ?"

1. Uncontrollable
2. Oven
3. Stay Cold (feat. Drowse)
4. Violet
5. Stranger
6. Salt Water (feat. Drowse)
7. Endless
8. Best Friend
9. Saudade (feat. Mario Baltodano)

date de sortie : 27-04-2016 Label : The Native Sound

C’est entendu, depuis quelque temps il est de bon ton de parler de shoegaze et certains artistes sont à nouveau autorisés à noyer leurs voix sous des myriades d’effets tourbillonnants, sans risquer moqueries et quolibets.

La différence, c’est que là où dans les années 90, les pionniers du genre lorgnaient vers la pop en y injectant quelques influences ambient à la Eno par ci par là ou en masquant leurs faiblesses sous quarante trois nappes de chorus et de disto, aujourd’hui, le genre (qui a toujours été très vague) s’est ouvert à un plus large horizon, et les adeptes de musique plus lourde et plus sombre s’y sont également mis. C’est le cas de King Woman, groupe californien de doom qui n’hésite pas à remplir l’espace de ses titres torturés d’effets du meilleur goût.

Rien d’étonnant alors à ce que, lorsque leur chanteuse Kristina Esfandiari fait des escapades en solo, on retrouve ces effets. Surtout quand on sait que la dame a sévi début 2010 dans Whirr, un groupe notoirement influencé par cette scène. Mais seulement, voilà. Il est écrit dans les notes de pochette : "Kristina Esfandiari is miserable". Et au vu du contenu de cet album, ce n’est pas juste une indication du line-up du groupe, puisqu’en fait cet album a été conçu à trois (avec en plus l’apport non négligeable du guitariste de Sloths, crédité ici sous le nom de Drowse). C’est un état de fait.

Un rapide coup d’oeil aux paroles nous montre qu’on ne baigne pas vraiment dans la joie ("When he says he doesn’t care I guess he doesn’t stick my head in the oven", "You’re the most spiteful person I could never be so when I hear your name around town it kills me" et autres joyeusetés). Ce disque a été accouché, apparemment, dans la souffrance. Mais sans violence, avec une mélancolie ultime, une tristesse déchirante.

On y entend, outre des paroles dignes des cauchemars les plus sombres et torturés d’une Julien Baker (autre révélation d’une grande tristesse croisée l’an passé, à laquelle les thèmes de cet album font fortement penser), une chanson d’introduction épique aux choeurs étherés (Uncontrollable), ce qui pourrait devenir un nouvel hymne shoegaze (Violet et sa montée finale inouïe aux solos faits de larsens), un titre distordu et difficile que n’auraient pas renié les My Bloody Valentine (Stay Cold), une ballade semi-acoustique digne de Slowdive (Best Friend), et on termine par une plage atmosphérique plus ambient (Saudade). Et beaucoup d’interludes sonores très étranges. Sans jamais s’étaler sur la longueur, car l’album est plutôt court.

Pouvoir lire les paroles est plutôt un plus pour bien capter cet état d’esprit, parce que, noyées dans les effets, elles sont difficilement audibles, mais, c’est là que le bât blesse, celles-ci se trouvent uniquement dans la version physique (en vinyle) de l’album et non seulement les quantités sont très limitées, mais pour nous français, les frais de port s’avèrent plus élevés que le prix du disque (un bel objet d’ailleurs dans sa version rose bonbon...)

Pour terminer et juger du degré de tristesse et de désespoir du projet, laissons la parole à Kristina avec un couplet de Oven : "Je ne peux pas imaginer ce que tu as ressenti quand tu m’as vu avec quelqu’un d’autre, ça a du te faire un mal de chien, car tu m’as dit que tu irais coucher dans le camion."

Ambiance...

On peut écouter l’album dans son intégralité ici :

Chroniques - 08.05.2016 par lloyd_cf
 



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dimanche 18 août 2019


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