Calva - Siamois

Nouvelle saillie noise locale et iconoclaste balançant une multitude de riffs tronçonneuses contre des cathédrales rythmiques et carrées en provenance d’À Tant Rêver Du Roi. Le tout sur fond de synthés déviants. C’est Siamois, le nouveau Calva et ça fait un bien fou.

1. Negative Peak
2. Françafrique
3. Rock Caillou
4. Small Poor Dog
5. Eprouvette
6. Carton Chat
7. Brazil
8. Bagarre Des Étoiles

date de sortie : 04-04-2016 Label : À Tant Rêver Du Roi

Sur Sacrifice, ils étaient trois, aujourd’hui, ils sont à nouveau deux. Le noyau véritable en quelque sorte, celui que l’on retrouve sur tous les disques depuis le premier E.P. de 2008. C’est peut-être bien pour cela que le disque se nomme Siamois. Logiquement, cela devrait amener un assèchement général des arrangements et un resserrement des compositions. Eh bien, pas du tout. C’est même tout l’inverse. Enfin, n’attendez tout de même pas une jungle luxuriante avec empilement de sons et soli à vingt-cinq doigts, Calva reste ce qu’il est, un truc plutôt sec qui préférera toujours miser sur les nerfs que sur la surabondance de graisse. Un paradigme qui empêche les synthétiseurs de tomber dans le trop-plein et d’être trop bavards par exemple, qui permet aux chœurs d’être juste entêtants sans être crispants ou encore à la guitare et la batterie de ne pas être noyées dans la masse sans pour autant être les seules à mener les débats. Tout est affaire de dosage, tout s’équilibre et tout se nuance, peut-être bien plus sur celui-ci que sur le précédent. C’est que quatre années les séparent et que le duo a laissé le temps au temps, écartant petit à petit tout ce qui pouvait faire dévier Siamois de sa trajectoire alambiquée, ne gardant que le meilleur de ses idées et de sa musique. Du coup, Calva ne se perd jamais en cours de route et ne se dilue pas en digressions inutiles. Pourtant, les morceaux sont toujours aussi chargés en volte-face, chausse-trappes et bifurcations inattendues. Impossible de savoir durant l’entame où nous mènera l’épilogue, quelle teneur aura la seconde qui succédera à celle que l’on est en train d’écouter, le duo préférant toujours prendre le chemin le plus sinueux pour aller du point A au B. Mais l’itinéraire a beau être disloqué, l’ensemble constitue néanmoins un tout très cohérent. En partie du fait de cet attirail synthético-organique tout à la fois foisonnant et pelé qui habille les morceaux de multiples facettes : des éclats noise-rock bien sûr, mais aussi math, pop, kosmiche, punk, synthpunk et de plus en plus post-punk nuancent sa musique. L’amalgame et l’échantillonnage pour moteur, la volonté de ne rien s’interdire et de tout essayer, une voracité certaine dans l’exploration, c’est la patte de Calva.

Et puis le duo a particulièrement soigné ses compositions et leur atmosphère. Rêveur, renfrogné sans être sombre, pas non plus guilleret, Siamois est tout entier dévoué à la tension. Celle que lui procure le jeu toujours précis et dynamique de la batterie, les claviers métamorphes et la guitare élastique, aussi à l’aise dans l’attaque frontale que larvée. Dès Negative Peak, le décors est posé : break en pagaille, claviers illuminés et scansion adhésive, soit à peu près tout ce que l’on entendra par la suite mais jamais de la même façon. Et puis ces chœurs solaires que l’on n’attendait pas qui font gonfler le morceau jusqu’à l’évaporation totale. Une dynamique droit dans le mur/coup de frein brutal qui émaille d’autres morceaux, tout aussi réussis, du rebondissant Rock Caillou au plus tendu Small Poor Dog, du très fugazien Brazil au monstrueux Bagarre Des Étoiles final, cernant bien l’essence même de Calva, rythmique urgente sur parterre synthétique rampant (quand ce n’est pas l’inverse). De la belle ouvrage. Qui peut également se parer d’un groove très sautillant - Françafrique, Éprouvette et quelques autres - sans émousser l’urgence de l’ensemble. D’ailleurs, c’est en voyant Calva en live (aux Pavillons Sauvages à Toulouse en ce qui me concerne) que l’on se rend bien compte que les compositions ont connu une longue maturation qui les fait sonner si bien et leur procure une belle fraîcheur. Pour l’occasion, le duo devient trio (Arno Sainthuille from Piscine tient la seconde guitare) et arrive à retranscrire parfaitement la tension caractéristique du disque, les morceaux gardent leur dynamique et s’enchaînent alors sans temps morts. Tous orientés vers le même point invisible au milieu de la scène, les Calva se scrutent mais réussissent néanmoins à transmettre leur mixture syncopée à l’auditoire qui rejoint alors le cercle. Ça dodeline et ça danse à qui mieux mieux sans laisser grand monde sur le bord du chemin. Bref, Siamois s’envisage aussi bien sur disque qu’en vrai, une preuve supplémentaire qu’il repose sur des morceaux très bien écrits.

Toujours mouvant depuis ses débuts, le groupe n’arrête pas d’approfondir ses traits, rajoutant des strates au fur et à mesure de ses disques, toujours différents du précédent tout en étant exactement le même. De plus en plus personnelle, la mixture concoctée par Arnaud Millan et Stéphane Sapanel devient toujours plus irrésistible, emmêlée, emberlificotée. Ces deux-là n’en perdent pourtant jamais le fil (d’où sans doute la laineuse pochette) et trouvent en Siamois une forme d’épiphanie.

Jusqu’au prochain probablement, évidemment.

Chroniques - 08.05.2016 par leoluce
 


Chroniques // 5 septembre 2012
Calva

Oui, l’année n’est pas encore terminée mais d’ores et déjà, on le sait, elle aura été riche en saillies noise locales et iconoclastes balançant une multitudes de riffs tronçonneuses contre des cathédrales rythmiques et carrées sur fond de synthés déviants. Que s’est-il passé dans nos contrées cette année pour qu’elle accouche de telles poussières de fureur ? (...)




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mercredi 23 septembre 2020


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