Le streaming du jour #1383 : Funki Porcini - ’Conservative Apocalypse’

L’ex rénovateur du jazz et de la drum’n’bass chez Ninja Tune continue d’étendre la palette de sa reconversion stratosphérique et texturée : downtempo jazzy cotonneux, impressionnisme ambient majestueux et fantasmagories fugacement chaotiques s’interpénètrent au gré des 14 morceaux emboîtés de ce nouveau chef-d’œuvre d’électronica vaporeuse, dont les fragiles édifices soniques dressent les contours d’un labyrinthe subconscient particulièrement ambitieux.

Inconditionnel de toute l’œuvre de James Braddell depuis ses merveilles ninjatunesques au mitan des 90s (Love, Pussycats & Carwrecks en tête), Le Banquet Cassio avait été mon grand oublié des bilans 2013 d’IRM. Le problème en effet, depuis que le quinqua londonien a quitté le label de Coldcut dans la foulée du génial On en 2010 afin d’explorer un sillon ambient discrètement défriché dès Fast Asleep en 2002 puis humblement creusé dans la quiétude de Plod 7 ans plus tard, c’est que ses sorties ne reçoivent plus l’écho qu’elles méritent. Qui avait entendu parlé du fabuleux One Day, défendu dans ces pages pour sa magnificence ouatée lorgnant sur l’ambient-jazz et les méditations acousmatiques de labels tels qu’Hibernate ou Home Normal néanmoins saupoudrée de saillies mélodiques et rythmiques bienvenues ? Un bijou malheureusement passé inaperçu dans nos contrées, tout comme Le Banquet Cassio donc, relatif retour aux sources de ce groove downtempo cinématographique et jazzy aux rythmiques déréglées qui fit le culte de l’Anglais tout en demeurant volatile et réflexif à souhait.

On ne va pas se faire d’illusions, il en sera certainement de même de ce Conservative Apocalypse et pourtant, à chaque sortie désormais, Funki Porcini impressionne un peu plus par sa maîtrise de l’espace et son sens de la narration désincarnée. Ça commence par des nappes de synthés et pulsations vibrionnantes, vacillantes, vives et fragiles à la fois, un drone irrigué de mélancolie, quelques battements liquéfiés et l’environnement sonore augmenté qui naît de cette percée du voile de la réalité se nourrit déjà de tout ce que nos rêves ont su filtrer du quotidien, lançant sur les rails de notre subconscient le train de l’introspection sur une progression de friture statique étonnamment dramaturgique. Forcément, le voyage prendra d’emblée un tour freudien aux tournoiements dronesques assez ambivalents (Oh Daddy et ses réverbérations insidieuses) avant d’entrer en sommeil paradoxal le temps d’une paire de splendeurs aurales (Bleepsleep 1 et 2).

Plus loin, Attendre Choses sample un monologue du génial Feu Follet de Louis Malle, transformant en mantra hypnotique son constat de vie gâchée par l’apathie et les occasions manquées. Prisme kosmische aux délicats bruissements jazzy, All I Need scintille de mille envies d’émerveillement. Having Driven Past entreprend de rêver d’avenir, construisant sur les friches d’une mémoire réinitialisée à l’image de ses beats naissants. Enfin, Balfron Tower boucle la boucle du bad trip en s’intéressant aux plus sombres recoins de l’inconscient, usant de reflux de synthés sournoisement bas du caisson et de field recordings urbains pour perturber la fausse quiétude d’un drone finalement assez obsédant. Vous l’aurez compris, il y aurait énormément à dire sur cet album mais loin de moi l’idée de vouloir en limiter l’amplitude assez inouïe par un trop-plein de subjectivité :



Je me contenterai donc de vous exhorter à ne pas manquer l’occasion de découvrir les talents d’animateur minimaliste de Braddell (ici la petite anecdote expliquant le pourquoi du comment d’une vocation mise entre parenthèses pour huit ans, second clip à l’appui) via la vidéo du cauchemardé Conservative Apocalypse, pièce maîtresse de l’album dont le crescendo asphyxiant et génialement désordonné en constitue l’une des seules véritables incursions rythmiques - avec Kings Road Tesco Express et sa délicate D’n’B dissoute dans l’air ambiant. Une troublante et truculente traversée des territoires de l’inconscient collectif que phagocyte une culture populaire parfois plus malsaine qu’on ne le croit, hantée par les clichés et préjugés que l’on emmagasine sans même y prêter attention :


Streaming du jour - 31.07.2016 par RabbitInYourHeadlights
... et plus si affinités ...
Funki Porcini sur IRM

indie rock mag - IRM des musiques actuelles


lundi 9 décembre 2019


àýlaýune



surýlesýplatines


nouveauxýmédias



IRMýXýTP


ligneýdeýmire


selectionýirm


friends