Le streaming du jour #1382 : Ynoji - ’Ronokironikon EP’
Après trois sorties remarquées chez nos amis du label IDM gantois Xtraplex, c’est l’écurie berlinoise Subtrakt dédiée à l’électro leftfield qui hérite de l’un des beatmakers les plus excitants de ces dernières années, le temps d’un EP dont l’animosité mystique et malaisante s’inscrit dans la continuité du fabuleux Kollider de l’an passé, en plus véhément et fuligineux.
D’entrée avec Ronian on pénètre une jungle inhospitalière qui durcit le rythme sur fond de hurlements de primates hostiles, beats post-dubstep hardcore et pulsations synthétiques anxiogènes évoquant quant à eux les clashs futuristes cauchemardés des Melamin & Wicked Sway et autre Balkansky (voire même des derniers Scorn, instigateur des fondations du genre il y a plus de 20 ans) à l’heure de leur passage par l’écurie Ohm Resistance - encore plus évident sur le neurotique Ov2l au tempo toutefois nettement plus frénétique. Au même titre, on ne s’étonnera guère de la présence du Danois Mads Lingren, par ailleurs patron de Subtrakt, au mastering de ces bombinettes indociles tant ses propres sorties sous l’alias Monolog ont su raviver l’intérêt des amateurs d’électronique sans concession pour ce versant technologique, cinématographique et belliqueux d’un dubstep dopé à la drum’n’bass que l’on pensait disparu des radars pour de bon.
Ronokironikon n’est ainsi pas sans partager quelques atomes crochus avec un titre tel que Drop Out sur l’Excursion de Monolog & Balkansky paru l’an dernier chez Subtrakt, mêmes qualités atmosphériques aux airs de dark ambient ésotérique sous l’abstraction des beats, même sensation d’objet mutant qui ne cesse de croître et de se déformer dans le creux de nos tympans. Chez Ynoji toutefois, l’influence tribale qui persiste dans les syncopations étouffantes d’Evron (Cut Hands n’est pas si loin) ou dans les roulements de percus de l’halluciné et vertigineux Ker Marin, couplée aux borborygmes distordus et autres incantations assourdies que les effets de synthés mimiquent sur ce dernier morceau, participe également de cette immersion organique, le Belge faisant fi des effets parfois tape-à-l’œil propres au genre tels que wobble bass pour se concentrer sur l’essentiel : ce puits de lumière noire qui irradie des interstices rythmiques et s’insinue dans nos synapses pour mieux les consumer.
Immense EP.

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