Entretiens à Twin Peaks : #4 - Philipp Bückle

Retrouvez chaque semaine dans nos pages les interviews des contributeurs à la future compil’ Twin Peaks d’IRM. Détour par la Rhénanie-du-Nord-Westphalie aujourd’hui avec Philipp Bückle, anciennement connu des amateurs d’ambient et d’électronica sous le pseudo Teamforest.

Associé à son compatriote Nils Quak au sein du duo électro/folktronica Beth Kleist qui a également ressorti des tiroirs un morceau inédit à l’intention de notre projet, on avait également pu croiser l’Allemand au côté de Monolyth & Cobalt (fondateur depuis de l’excellent label ambient Eilean - on en reparlera) ou aux manettes de sa propre structure Tarkovsky Green. Tout cela au service d’une ambient clair-obscure, onrique, intrigante et volontiers... forestière, qui au regard de l’entretien ci-après semble devoir énormément à l’univers de David Lynch et en particulier à Twin Peaks.


L’interview



IRM : Comment résumerais-tu ton rapport à Twin Peaks ? A l’univers de Lynch en général ?

Philipp Bückle : Mon rapport avec Twin Peaks tient à cela : je l’ai regardé quand j’avais 11 ans et ça m’a complètement fait flipper. Je n’ai jamais rien vu d’autre sur écran qui m’ait fait me sentir aussi inconfortable que cette série. Ce qui quelque part est une bonne chose parce que je peux désormais regarder presque n’importe quoi sans être un tant soit peu effrayé. J’aime Twin Peaks mais je dois admettre que je ne l’ai pas regardé souvent depuis. Mais je reviens régulièrement à sa petite soeur, le spin off On The Air, "The Hurry Up Twins" me mettent toujours de bonne humeur quand je suis déprimé.
J’essaie toujours de regarder tout ce que fait Lynch. Mes favoris sont Eraserhead et Inland Empire, ça semble logique que ses premier et dernier longs métrages constituent l’essence de son travail. Se laisser aller et retrouver la flamme à la fin. Le bonhomme aime décidément ses boucles.

Ton personnage préféré dans la série ?

Lucy Moran, ne me demande pas pourquoi.

Une scène qui t’a particulièrement touché... ou fait flipper, donc ?

Je me souviens avoir été particulièrement effrayé quand le reflet du visage de BOB est apparu sur le plancher peu de temps après que les jeunes gens ait chanté une chanson dans le salon. Mon dieu, c’était étrange !
La scène la plus émouvante vient cependant du film Fire Walk With Me. Laura rentre chez elle, surprend BOB/Leland dans sa chambre et réalise tout. Le visage perplexe de BOB quand il est surpris et de toute évidence reconnu est vraiment touchant (et bien sûr assez effrayant). C’est l’essence de toute la série pour moi.

Tu nous a envoyé deux morceaux pour notre future compilation Twin Peaks, l’un d’entre eux enregistré en tant que Beth Kleist avec Nils Quak il y a presque dix ans. Quel aspect de la série vous a inspirés ? Des anecdotes autour de ces deux titres ?

Eh bien, fondamentalement, Nils et moi étions en train d’enregistrer le deuxième album de Beth Kleist à l’époque où je revisionnais la série pour la première fois depuis qu’elle m’avait tant fait peur étant enfant. Je ne me sentais pas très bien au cours de cette période, donc demander toute ma douleur et ma souffrance à travers un titre de chanson était une étape logique. Et puis on y a ajouté quelques sons hantés.

Mon titre en solo fait partie d’un travail de commande enregistré pour une exposition d’art. C’était un travail thématique sur ces petites figurines de nains que les Allemands aiment mettre dans leurs jardins et j’ai adapté la musique aux visuels. Bien sûr, je ne pouvais pas composer 45 minutes de musique sur les petites personnes sans me référer à Twin Peaks à un moment ou à un autre. La version originale est un peu plus longue et comporte des éléments du thème de Laura Palmer. Au moment d’éditer cette compilation, j’ai jugé trop confus d’avoir à la fois le Dance Theme et le Laura’s Theme dans une même piste et j’ai coupé ce dernier. Hier encore, j’écoutais à nouveau la bande originale de Badalamenti et le fait qu’il entremêle lui aussi ces deux thèmes un peu partout m’a laissé perplexe.

Tu as eu vent de quelques-uns des musiciens impliqués dans ce projet. Duquel es-tu le plus curieux d’entendre la contribution ?

En fait, je suis curieux de ce que fera René Margraff. Je sais qu’il est un fan hardcore depuis toujours, donc savoir qu’il enregistre quelque chose en exclusivité me rend impatient d’écouter le résultat.

Un album vers lequel tu reviens quand il te faut ta dose de Garmonbozia ?

Crois-moi ou non, je ne fais plus ça. Je suis papa maintenant, je dois maintenir ma bonne humeur. Récemment, j’ai senti que je recevais toute la mélancolie de l’automne en écoutant The Mechanic Verses de Phonem, mais c’était un garmonbozia très léger.

En 2016, tu as sorti un disque en collaboration avec David Folkmann Drost (Moongazing Hare) - un musicien danois croisé sur ton label Tarkovsky Green, et que nos lecteurs doivent désormais bien connaître - sous le nom The Restless Fields. Quelques mots à son propos ? D’autres projets sur les rails ?

David et moi avions presque oublié les enregistrements improvisés de The Restless Fields lorsque nous avons appris qu’Harry Towell était à la recherche d’une première sortie pour lancer son label Whitelabrecs. Nous l’avons retravaillé et il l’a sorti. Nous avons été étonnés qu’il se vende si rapidement. Donc en ce moment on est au milieu d’un deuxième opus qui sera assez différent. Ce n’est pas improvisé mais réellement écrit, David est tellement génial avec les mots. J’y ai fait des beats pour la première fois depuis des lustres. Je suppose que ce sera assez pop.

En plus de ça je collabore aussi en ce moment avec Karen Vogt d’Heligoland. Nous avons commencé quelques chansons quand elle était avec nous à Dortmund en 2012 et nous espérons les finir bientôt. Celui-là sera définitivement plus pop.

J’ai aussi trois albums sous mon propre nom qui devraient voir le jour dans un avenir proche (du moins je l’espère). Abendlieder et Paintings (qui conclura la trilogie entamée par Sketches et Drawings) sur Awkward Formats, un label dirigé par Matt Leivers de United Bible Studies. Plus un split album avec Michael Potter de The Electric Nature. Pour ces morceaux j’ai collaboré avec John Kiran Fernandes qui a joué de la clarinette. Ce fut un réel plaisir. Je suis impatient que ces trois-là sortent, mais ils sont déjà désespérément retardés !




Philipp Bückle on Bandcamp / Facebook / Site Officiel




Original english version



IRM : How would you describe your relationship with Twin Peaks ? With the work/world of David Lynch in general ?

Philipp Bückle : My relationship to Twin Peaks is pretty much this : I watched it when I was 11 and it scared the shit out of me. I never before or since saw anything on a screen that made me as uncomfortable as this series. Which is good in a way because I can watch almost everything without being scared even remotely. I love Twin Peaks but I haven’t watched it that often I must admit. But I frequently return to its sister spin off series On The Air, "The Hurry Up Twins" always lift my moods when I am down.
I am always trying to watch everything Lynch does. My favourites are Eraserhead and Inland Empire, it seems just logical that his first and last feature films are the essence of his work. Letting go and finding back to it in the end. The man definitely loves his circles.

Your favorite character in the series ?

Lucy Moran, don’t ask me why.

A scene that particularly moved - or scared - you ?

I remember that I was particularly scared when BOB’s face appeared in a stain on the floor shortly after the young folks sang a song in the living room. Hell, that was eerie !
The most moving scene is from the Fire Walk With Me movie though. Laura comes home and surprises BOB/Leland in her room and realizes everything. The puzzled face of BOB when being surprised and obviously recognized is really touching (and of course pretty scary). This is the essence of the whole series for me.

You sent us two tracks for our forthcoming Twin Peaks compilation, one of them recorded as Beth Kleist with Nils Quak almost ten years ago. What aspect of the series inspired you ? Any anecdote about those tracks ?

Well, basically Nils and me were recording our second Beth Kleist album at the time I was rewatching the series for the first time since it scared me as a child. I wasn’t feeling good overall during that period so asking for all my pain and suffering through a song title was a logical step. Plus it got some haunted sounds.

My solo track is part of a commissioned work I created for an art exhibition. It was a thematic work on these little dwarf figurines Germans like to put into their gardens and I delivered the music to the visuals. Of course I couldn’t write 45 minutes of music about little people without touching Twin Peaks in any way. The original version is a bit longer and features elements from Laura Palmer’s Theme. When editing it for this compilation I found it too confusing having both the Dance Theme and the Laura’s Theme in one track and cut it away. Yesterday I listened to Badalamenti’s score again and was quite puzzled that he also continously weaved the themes together all over it.

You heard about some of the musicians involved in this project. Which one are you the most curious to hear the contribution from ?

Actually I am curious what René Margraff will be doing. I know that he is a die hard fan forever, so him recording something exclusively is a thing I am looking forward to.

An album you often listen to when you need all your Garmonbozia ?

Believe me or not : I am not doing this anymore. I am a father now, I have to maintain my good moods. Recently I felt that I get all autumn melancholic to Phonem’s The Mechanic Verses but that is a very light garmonbozia.



In 2016 you released a collaborative record with David Folkmann Drost (Moongazing Hare) - a Danish musician from your label Tarkovsky Green, and that our readers must know pretty well by now - called The Restless Fields. A few words about it ? Some other projects on the way ?

David and me did almost forget about our improvised recordings we did as The Restless Fields when Harry Towell was looking for a first release to start his Whitelabrecs label. We polished it and he put it out. We were astonished that it sold out pretty quick. So right now we are in the middle of a second album which will be pretty different. It’s not improvised but actually written, David is such a genius with words. I am doing some beats for the first time in ages. I guess it will be a pretty poppy thing.

Aside of that I am also collaborating with Karen Vogt from Heligoland at the moment. We started some songs when she was staying with us in Dortmund 2012 and we are hopefully finishing them soon. This will definitely be poppy.

I have also three albums coming out under my own name in the (hopefully) near future. Abendlieder and Paintings (which will conclude the trilogy started with Sketches and Drawings) on Awkward Formats, a label run by Matt Leivers from United Bible Studies. Plus there will be a split album I share with Michael Potter from The Electric Nature. For these tracks I collaborated with John Kiran Fernandes who played clarinet. This was such a pleasure. I can’t wait for all three to come out but they are already hopelessly delayed !




Un grand merci à Philipp Bückle. Son morceau intitulé Message Of The Dream Man, ainsi que celui du duo Beth Kleist (Bob I Want All My Garmonbozia, tout un programme !) paraîtront sur notre compilation Twin Peaks au printemps prochain.


Interviews - 08.12.2016 par RabbitInYourHeadlights
... et plus si affinités ...
Philipp Bückle sur IRM