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Robin Foster - Empyrean - Chroniques | Indie Rock Mag

Robin Foster - Empyrean

Dès les premiers souffles présents sur Hercules Climbs The White Mountain, il paraît évident que l’on a un disque de Robin Foster entre les mains. Et pourtant, le Britannique est loin de faire du surplace avec Empyrean.

1. Hercules Climbs The White Mountain
2. Electronic Weapons
3. Everlast
4. Roma
5. Argentina
6. Empyrean
7. Vauban
8. Man On Fire
9. The Hardest Party
10. In Ghent

date de sortie : 03-02-2017 Label : L’Autre Distribution

Il y a (déjà !) quatre ans, à l’occasion de la sortie de PenInsular, Robin Foster se confiait dans nos colonnes. Il répondait alors de manière énigmatique au sujet de cette fameuse « patte » perceptible à l’écoute de ses disques en indiquant que « les composantes principales sont l’âge et l’expérience, on évolue juste en tant que musicien en vieillissant » avant d’ajouter : « j’ai arrêté de me soucier de ce que les autres faisaient ». Confirmation avec ce quatrième long format, sur lequel l’artiste désormais basé à Camaret va plus loin encore dans cette fusion de post-rock et de trip-hop que lui seul maîtrise aussi bien et où jamais la tentation de plaire au plus grand nombre ne prend le pas sur l’authenticité de la démarche artistique.

Là où PenInsular se faisait plus ambient, Empyrean se rapprocherait davantage des deux premiers disques de Robin Foster, sans qu’il ne s’agisse d’une comparaison particulièrement appropriée puisque ce quatrième LP va finalement plus loin. Certes, l’empreinte du musicien apparaît inévitablement ici et là, et l’on retrouvera ces accords traînants et ces lentes digressions électriques ponctuant une base plus mélancolique qui font désormais la réputation de l’artiste. Mais ces gimmicks ne sont nullement de ceux qui constituent une entrave à la créativité. Ils font partie d’un ensemble qui évolue, tout en restant fidèle à sa base initiale.

Sur Empyrean, le Finistérien d’adoption décline une œuvre qui est peut-être plus morcelée qu’à l’accoutumée. Il ne nous dit d’ailleurs pas autre chose lorsqu’il explique à notre webzine que « Empyrean est une bizarrerie à sa manière, j’ai généralement un thème pour l’album entier (Where Do We Go..., PenIsular, We Are Bodies) alors qu’Empyrean est plutôt comme 10 histoires courtes, qui semblent toutes se produire en même temps, elles se connectent plutôt bien ceci dit ».

Cela n’empêche guère l’émergence d’une évidente cohérence d’ensemble et les titres au rythme enlevé sont pondérés par ceux qui se font plus apaisés, tandis que la progression les fait évoluer vers des sphères de plus en plus mélancoliques. Musicalement, la première partie de ce disque lorgne plus que jamais vers le penchant « trip-hop » duquel l’artiste s’est toujours tenu à bonne distance, et revient vers les racines post-rock du Britannique sur la deuxième moitié.



Alors même que Dave Pen, contrairement aux deux opus précédents, n’a pas participé à la réalisation de ce quatrième effort – les deux artistes ont néanmoins fondé le projet We Are Bodies dont le premier disque est sorti en mars 2015 – Robin Foster se rapproche des horizons chers à Archive, notamment sur Everlast où la montée en puissance contribue au sentiment d’hypnose avec ses boucles de basse, sa rythmique martiale et la voix de Ndidi O à la fois appliquée et survoltée. Les nappes mélancoliques traînantes de l’introductif Hercules Climbs The White Mountain au rythme downtempo, ou les synthétiseurs onirico-vaporeux à la Moby d’un Electronic Weapons au tempo presque big beat s’inscrivent également dans un héritage du son de Bristol.

Mais Robin Foster, nous le disions, ne tourne pas en rond et finit par revenir très rapidement à des territoires plus électriques, d’un Roma à longue introduction arythmique, qui évolue vers un post-rock évoquant Mogwai, au sommet Empyrean, typique du son de Robin Foster avec ses lents accords de guitare, ses nappes fourmillant de détails et sa batterie appliquée qui génèrent un sentiment de décontraction qui évolue vers quelque chose de plus tourmenté.

Là réside probablement l’une des grandes forces de l’artiste. Il parvient habilement à alterner et mélanger des émotions diverses et parfois contradictoires pour générer un contenu tout à fait cohérent et même transcendant, à l’image de la force qui se dégage de cet Argentina qui n’est pas sans rappeler l’esprit de Life Is Elsewhere avec sa basse enlevée.


Sans jamais trop en faire, l’émotion gagne l’esprit de l’auditeur. Le trait n’est pas forcé nous le disions et c’est ce qui permet aux titres de faire émerger des sentiments différents selon l’humeur du jour. Des « morceaux-caméléons » en somme, sur le plan émotionnel. Et pour épargner le chaland, Robin Foster intègre même des transitions au caractère néanmoins contondant, tel ce Vauban qui joue à plein la carte de l’électricité.

Le triptyque final accentue ce retour vers des territoires plus connus, les accords de Man On Fire ponctuant une rythmique emballée sur fond de synthétiseurs dans un esprit pas si éloigné de Where Do We Go From Here ?, avant que l’introduction minimaliste de The Hardest Party ne prépare le terrain pour la voix de Pamela Hute qui s’adonne à un trip-hop froid et lumineux comme la glace que les fans avaient déjà pu découvrir sur l’EP paru l’an passé.

Enfin, avec ses samples vocaux étouffés en arrière-plan, In Ghent voit l’Anglais conclure Empyrean de fort belle manière en réalisant la synthèse d’un propos qui combine les diverses influences révélées sur ce disque et assumées par l’artiste : celles d’Archive, Sigur Rós et Talk Talk (Empyrean), mais également Ennio Morricone. Les images de David Lynch également, étant entendu que la musique de Robin Foster trouve un écho dans le septième art, si bien que ses longs formats sont désormais ponctués par la réalisation de nombreuses bandes originales, à l’instar de Metro Manila ou plus récemment de Good Luck Algeria. Mais clairement, avec des sorties du calibre dEmpyrean, l’auditeur n’aura pas besoin de faire preuve de beaucoup d’imagination pour décliner lui-même les images accompagnant cette musique cinématographique décidément sans égal dans son registre.


Chroniques - 03.02.2017 par Elnorton
... et plus si affinités ...
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