Juana Molina - Halo
Avec Halo, Juana Molina n’a rien perdu de sa superbe, et nous gratifie de l’un de ses disques les plus passionnants. La Portègne ayant pris l’habitude de mettre le curseur particulièrement haut, que ce soit avec le prédécesseur Wed21 dont nous parlions en 2013 ou le tribalisme de Segundo au croisement des millénaires, l’éloge n’est pas vain.

1. Paraguaya 
2. Sin Dones
3. Lentisimo Halo
4. In the Lassa
5. Cosoco
6. Calculos y Oraculos
7. Los Pies Helados
8. A00 B01
9. Cara de Espejo
10. Ando
11. Estalacticas
12. Al Oeste
Dès les premières mesures de Paraguaya, l’Argentine donne le ton. Entre des percussions sommaires que l’on imagine presque conçues maison et qui rappellent forcément Orka, quelques synthétiseurs mélanco-cinématographiques à la Hku et cet éternel chant voilé mais malicieux qui domine une instrumentation épurée, le charme opère déjà.
La pression semble d’emblée à son firmament, et Juana Molina réalise l’exploit de la maintenir telle quelle sur un Sin Dones moins rythmé mais plus riche sur le plan harmonique. Et l’ensemble est à l’avenant. Halo fait partie de ces disques, de ces œuvres serions-nous tentés de dire tant il dépasse le simple recueil de compositions musicales pour transcender l’esprit de celui qui parvient à s’abandonner – ce qui ne nécessite pas de grands efforts, disons-le tout net – à l’univers de la Sud-Américaine, qui fonctionnent sur un fil ténu entre cohérence et hétérogénéité.
A vrai dire, il ne reste plus grand-chose de la folk avec laquelle Juana Molina avait pris l’habitude de nous hypnotiser. Et tant mieux. Il n’est jamais trop tard pour défricher de nouveaux horizons et la quinquagénaire l’a compris depuis bien longtemps sans qu’il ne s’agisse là d’une simple pose. Voici pourquoi quelques réminiscences de ses productions précédentes apparaissent avec parcimonie et en ce sens, le point culminant semble coïncider avec le point final sur un Al Oeste qui se rappelle au bon souvenir des guitares en bois dont le gimmick répétitif semble se dédoubler pour soutenir une voix plus désemparée que jamais sur ce disque.
La suite de l’album marie alternativement les sonorités andines (Andol) aux froides syncopes électroniques rappelant Björk, que ce soit celle de Post sur la candeur enfantine de A00 B01, ou celle de Volta sur le plus sombre In The Lassa où les différentes couches sonores s’unissent et se répondent dans des digressions auditives rebelles.
Difficile dans ces circonstances d’isoler quelques titres plus marquants que les autres, les moments forts variant selon les écoutes qui permettent de mieux mesurer la densité de l’œuvre de Juana Molina. Les déambulations dans un labyrinthe glacial promises par un Lentilsimo Halo épuré, la course minérale effrénée d’un Cosoco sec et vaporeux à la fois ou la rétention forcée d’un Estalacticas aux audacieuses cascades électroniques pourront néanmoins illustrer, en plus des titres déjà mis en avant, l’ampleur de la créativité de Juana Molina qui n’a finalement d’égal que son insouciante ambition artistique.
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Conjuguant toujours aussi naturellement folk hypnotique, transe analogique et incantations obsédantes entre deux passages plus cotonneux dont les rêves étranges évoquent l’esprit de son fascinant Son (cf. Las Edades ou l’intro de Ay, No se Ofendan), la magicienne de Buenos Aires reprend les choses après 5 ans d’absence exactement là où le baroque (...)

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