Velkomin til Ísland #4 - Malneirophrenia

En marge des Coachella, Glastonbury et autre Route du Rock qui rythment les étés des globe-trotteurs mélomanes, un autre festival - plus au nord - s’inscrit chaque automne dans l’agenda des curieux : les Iceland Airwaves. Loin des étendues champêtres, auxquelles le climat islandais est peu propice en cette saison, le festival, qui a vu le jour en 1999 dans un hangar de l’aéroport de Reykjavík, ne cesse de prendre de l’ampleur, et a finalement envahi le quartier 101 qui se transforme pendant 5 jours en une fête de la musique géante, la qualité garantie en prime. Avec une programmation éclectique, mêlant artistes locaux et étrangers, Arab Strap, Fleet Foxes ou encore Mumford & Sons - pour ne citer qu’eux - sont annoncés cette année. A l’approche des festivités, IRM se met à l’heure islandaise pour vous présenter des pépites à (re)découvrir, qu’elles soient programmées ou non.

On poursuit notre périple musical en terres islandaises avec Malneirophrenia, auteur d’un des plus beaux albums de la décennie. Pour se mettre dans l’ambiance, il convient d’abord de préciser que « malneirophrenia » est un terme désignant l’état de torpeur dans lequel on se trouve après un cauchemar éprouvant et à l’écoute de ce disque, il paraît évident que c’est exactement là que le trio veut nous mener. Et c’est parfaitement réussi.

Mais commençons par les présentations. Malneirophrenia est donc un trio, composé de Gunnar Theodór au piano, Hallur Örn à la basse et Hallgrímur Jónas au violoncelle, ce dernier ayant entre autres collaboré avec Dikta, Momentum ou encore Ólafur Arnalds. Ils ont à ce jour sorti un unique LP, M, en 2011, tout simplement époustouflant.
Époustouflant, tout d’abord, de par sa puissance narrative impressionnante de la première à la dernière note. On comprend pourquoi le groupe décrit ce disque comme un B.O imaginaire. Ou bien la B.O de notre propre cauchemar en fin de compte. Dès lors, les influences directes qui viennent à l’esprit penchent du côté du Septième Art, et notamment de Tim Burton et son BeetleJuice alliant folie douce et horrifique. On songe aussi à La Famille Addams, comme ce Inquietanti Segni Premonitori aux faux airs de tango endiablé, voire même au naufrage du Titanic durant les premières notes dissonantes de Music Control Instruction No.1, tel un au revoir d’abord mal assuré avant de se transformer en un adieu inéluctable, et paradoxalement, d’ajouter une rare touche d’espoir un brin psychotique. On retrouve aussi un air de Joby Talbot, en particulier avec son projet Aluminium.



Époustouflant également, dans sa construction : Malneirophrenia propose ici une œuvre classique au format pop où chaque morceau se révèle être une composition à part entière qui, mises à la suite, réussissent à dévoiler un chemin logique. Le rythme ainsi trouvé permet un équilibre entre oppression et décompression sans laisser de place à la monotonie. Le trio piano / basse / violoncelle se complète habilement pour livrer une prestation néo-classique post-apocalyptique teintée de romantisme macabre. M est tout simplement sublime, d’une constance sans faille et ne souffrant d’aucun temps faible. Difficile, dans ces conditions, de ne faire ressortir que quelques pistes tant elles sont toutes d’une exceptionnelle qualité. Il y a bien I Am The Arm And I Sound Like This, représentatif de la structure des titres. Le piano, quelques mesures durant, vient évoquer Erik Satie, notamment les Gnossiennes, soutenu par la basse et le violoncelle qui prend, de temps à autre, le leadership mélodique, apportant alors une touche d’expressionnisme exacerbé.

M est un des ces albums qui vous prend aux tripes à la première note pour ne plus vous lâcher et vous plonge dans un état quasi-second et une détresse presque continue mais dont on ne peut se détourner en raison de sa beauté.
Et si la meilleure façon d’illustrer le mot malneirophrenia était finalement en écoutant cet album ?

Articles précédents :
- Velkomin til Ísland #1 - Ösp Eldjárn
- Velkomin til Ísland #2 - Kælan Mikla
- Velkomin til Ísland #3 - Án


Articles - 09.09.2017 par spydermonkey
... et plus si affinités ...
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