Philip Selway - Let Me Go

En 2010, Philip Selway avait surpris son monde avec un Familial qui voyait le batteur de Radiohead s’affirmer comme un mélomane inspiré, loin du cliché du percussionniste uniquement obsédé par les rythmiques.

1. Helga’s Theme
2. Wide Open
3. Mine
4. Zakopane
5. Walk
6. Snakecharmer
7. Mutti
8. Last Act
9. Let Me Go Voir la vidéo Philip Selway - Let Me Go
10. Days and Nights
11. Don’t Go Now
12. Let Me Go Rhodes
13. Necklace
14. Helga Saw

date de sortie : 15-09-2017 Label : Bella Union

Sept ans et un nouveau disque - Weatherhouse en 2014 - plus tard, alors que Clive Deamer prend une place de plus en plus importante derrière les fûts de Radiohead en concert, les rumeurs hésitent et diffèrent, évoquant des divergences d’opinion au sein du combo ou des problèmes de santé que rencontrerait le Britannique.

Brisons d’emblée le suspense : c’est un Phil Selway en grande forme qui se présente sur Let Me Go, bande originale du film homonyme réalisé par Polly Steele à partir de l’histoire de Helga Schneider, qui tente de reprendre contact avec sa mère qui avait abandonné sa famille pour devenir gardienne de camp de concentration.

Pas forcément le genre de sujet qui donne envie de s’époumoner sous les rayons du soleil, mais Phil Selway a toujours été du genre taiseux (seulement trois des quatorze morceaux sont chantés et encore, c’est une voix féminine qui déploie une encre sanguine sur Walk) et préfère le confort de l’obscurité aux focales de la lumière.

Surtout, cette thématique pose des questions existentielles fondamentales sur le parcours de résilience de l’individu, sa construction identitaire en marge de figures d’identification parentales ou encore les sujets de l’exonération ou du pardon. Autant de questions qu’il n’est pas difficile de se poser en entendant cette surprenante introduction dominée par les cordes lugubres de Helga’s Theme, pas si éloignées des ambiances oppressantes développées par Jonny Greenwood en solo, ou celles, peut-être encore plus austères, d’un Mutti aux faux-airs de Max Richter qui rappelle que son acolyte au sein du quintette d’Oxford n’a pas le monopole de l’attrait pour la musique classique.


En effet, les cordes dominent cette bande originale délicate et désarmante tant l’espoir perce les pores de cet océan d’austérité. Les oscillations de la scie musicale et du vibraphone ajoutent un caractère incertain et impermanent à cette réalisation également capable de renouer avec les guitares en bois, comme sur la pop instrumentale de Days And Night ou ce Wide Open qui rappelle le Desert Island Disk du dernier Radiohead.

Mais ce sont bien les boucles de cordes glaçantes de Zakopane, les méandres labyrinthiques de l’Elysian Quintet sur Don’t Go Now et plus encore la grâce des arrangements du sommet Let Me Go, sorte de prolongement dAmnesiac pour cette désolation paroxysmique aux percussions anguleuses, qui hantent l’auditeur sur cette bande originale.

Avec ce troisième long-format en solitaire, Phil Selway étonne peut-être plus encore qu’avec la belle surprise Familial il y a sept ans. Au-delà de son génie rythmique et de l’aisance mélodique qu’il avait pu afficher, le voici désormais subtil dans la création de froides harmonies. Cette sortie que personne n’attendait réellement fait pourtant partie des grandes réalisations de l’année.


Chroniques - 17.11.2017 par Elnorton
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