Sheik Anorak - North Star

Sheik Anorak continue à arpenter un espace qui n’appartient qu’à lui : one-man band à la sensibilité exacerbée, il nous envoie quelques nouvelles par le biais de North Star, carnet de voyage doux-amer qu’on ne se lasse pas d’explorer.

1. JUST A GAME
2. NO ONE COULD
3. PATTERN 0 (PART. 2)
4. NORTH STAR
5. THIS YEAR
6. ARGENT
7. READY

date de sortie : 17-11-2017 Label : Gaffer Records / Araki Records / Atypeek Music

Depuis Day 01 (2010), Sheik Anorak n’a cessé de muter, pas petites touches discrètes mais bien réelles, rajoutant quelques éléments ici (du chant par exemple), se débarrassant de quelques autres là (les cymbales, de plus en plus muettes). Un mouvement presque immobile ou une érosion, transformant lentement les cailloux bruts en pierres polies, le tout en conservant une ligne directrice : au fur et à mesure qu’il se rapproche de lui-même, Sheik Anorak se rapproche aussi de nous et ses morceaux, sans faire de bruit, se ménagent un espace dans l’encéphale. Cette fois-ci au nombre de sept, plusieurs d’entre eux hérissent le poil au détour d’un refrain ou d’une mélodie qui arrivent comme ça, sans crier gare : North Star, This Year ou encore Ready ont cette capacité à murmurer leur mélancolie à l’oreille jusqu’à ce que le corps l’intériorise. À l’instar des précédents Keep Your Hands Low et Let’s Just Bullshit Our Way Through, North Star mise une nouvelle fois sur l’économie. Toujours adepte du less is more, Sheik Anorak continue son travail de délestage et d’épure et de prime abord, ses morceaux semblent désormais simplissimes. C’est pour cela qu’ils touchent autant. Un pattern de batterie, quelques nappes pour rehausser l’écorché, quelques boucles de guitare et basta, à l’image de Just A Game qui ouvre l’album, ritournelle pop et nerveuse qui délocalise les neurones au cœur des 90s’, tellement évidente que l’on s’étonne de ne l’avoir pas entendue auparavant. Toutefois, on le sait bien maintenant, une écoute plus attentive montre vite que cette simplicité n’est qu’apparente et qu’elle grandit sur un parterre bien plus complexe qu’il n’y paraît.

C’est que la construction de North Star ne doit pas grand chose au hasard. D’emblée, un titre pour prendre l’auditeur par la main avant de l’emmener vers des morceaux plus intimes et nuancés, moins évidents mais tout aussi magnétiques. No One Could, Pattern 0 (part. 2) ou encore Argent montrent bien comment tout est enchevêtré : la place centrale de la batterie, les embranchements multiples qu’elle offre à l’électronique qui, selon la façon dont elle s’y greffe, développe le morceau dans telle ou telle direction. La guitare tour à tour solaire ou grondante, la voix présente ou non, murmurée ou plus en avant et quoi qu’il arrive, à l’arrivée, cette impression d’infinie justesse et de délicatesse. D’ailleurs, à bien y regarder, il semble y avoir une connexion entre Pattern 0 (Part. 2) et This Year, tous deux partant d’un même pattern de batterie mais étiré dans deux directions différentes amenant à deux morceaux distincts, un peu comme une fenêtre ouverte sur la manière dont Sheik Anorak imagine ses albums. Une nouvelle fois, ce qui frappe dans North Star, c’est tout à la fois son côté très éclectique - l’immédiateté de Just A Game, le côté plus percussif de No One Could et presque expérimental de Pattern 0 (part. 2), la tension sourde d’Argent, long morceau sans chant, la pop tarabiscotée et vraiment touchante de North Star ou This Year, l’électro de Ready - mais aussi très cohérent, marqué par la grande mélancolie de l’ensemble, comme si Frank Garcia se mettait à nu derrière sa créature au fil d’albums de plus en plus transparents mais néanmoins denses. Les émotions affleurent à la surface de sa musique et c’est aussi pour cela que Sheik Anorak touche autant.

Nouvelle carte postale envoyée depuis Göteborg, North Star continue, à l’instar de ses prédécesseurs, à inscrire Sheik Anorak dans le giron des artistes qui, sans faire de bruit, n’en demeurent pas moins intimes. Quoi qu’il en soit, on reste impatient de recevoir quelques nouvelles et de s’emmitoufler dans ces morceaux doux-amers qui font un bien fou et accompagnent si bien le flot imprévisible de la vie quotidienne.


Chroniques - 14.11.2017 par leoluce
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