L’élégante carapace d’IDK | IDA

Grâce à un premier album rapidement devenu incontournable, IDK IDA fait figure de belle révélation de 2017, comme en atteste sa place de numéro 1 de notre top albums de novembre.
En concert à Reykjavík en mars dernier en marge du Sónar Festival, nous avons profité d’une escapade islandaise presque improvisée pour la rencontrer. De ses sources d’inspiration à sa vision de la musique, IDK IDA est à l’image de cette dernière : touchante, authentique et passionnante !

Mais prenons d’abord quelques lignes pour parler du concert car là encore, pas de quoi être déçu du déplacement, si ce n’est - évidemment - que ce fut trop court. Sans filet de sécurité, la Danoise confirme son talent et notamment cette capacité à transmettre tout un panel d’émotions par sa seule voix et à travers un songwriting délicat et imagé. Entre puissance et retenue, IDK IDA se livre donc sans filtre à un public conquis. La comparaison que nous faisions alors avec Beth Gibbons - voire même avec Elisabeth Fraser - dans notre streaming du jour n’est vraiment pas usurpée.
La musique n’est pas en reste et impressionne par sa maîtrise et la fluidité de tous ces sons qui semblent s’imbriquer les uns dans les autres comme une évidence, formant un ensemble d’une cohérence parfaite. A dire vrai, peu de concerts m’avaient à ce point touchée. Ce set aura également permis de découvrir un nouveau morceau, différent car plus orchestral, mais conservant l’identité musicale de l’artiste. La marque des grands. Le tout était sublimé par des visuels sobres et efficaces, opérés en live par Freya Sif Hestnes de MANUALS, ajoutant une dimension supplémentaire à ce concert.

Entre performance de haut vol et compositions élaborées, IDK IDA s’inscrit comme une artiste à part entière. Dès lors, il est difficile de ne pas s’imaginer la voir grandir encore afin de devenir une figure de référence de la scène internationale dans les années à venir.

(English below)


L’interview



- IRM : Tu as sorti ton 1er album l’an dernier, mais nous ne savons pas grand chose sur toi, peux-tu te présenter et nous parler de ton parcours musical ?

IDK IDA : Je viens du Danemark où j’ai été dans une école d’art pendant six mois.
Je savais que je voulais faire de la musique mais je voulais vraiment être totalement indépendante donc je suis allée dans cette école. C’est un programme sur 6 mois, il n’y a pas de diplôme ni rien, tu y vas simplement, tu fais ce que tu as à faire et tu apprends... Tu apprends le nécessaire sur un sujet ou un autre. Et moi j’étais dans la musique électronique.
Ça m’a juste apporté les bases et après j’ai déménagé en Islande ! Et donc c’est là où j’ai passé mon temps, dans une cave, à travailler sur ma musique pendant des années.
Ça m’a pris deux ans pour produire cet album. Deux années à beaucoup travailler sur mes sons, à créer des sons, pour en arriver là aujourd’hui. Mais si je n’étais pas venue en Islande, je n’aurais pas eu l’opportunité de jouer live, c’est un tel terrain de jeu, il y a des gens si accueillants ici. Par exemple, je n’étais pas arrivée depuis deux mois quand j’ai donné mon 1er concert et les choses se sont développées à partir de là, parce que les gens sont tellement ouverts et j’avais vraiment envie d’apprendre sur scène plutôt que de passer 8 ans dans une salle de répétition. Je voulais vraiment que ce soit comme une croissance organique. Pour moi, la musique doit être vécue par les gens, donc je voulais vraiment apprendre à jouer pour des gens, voir ce qui fonctionnait, quelles fréquences je devais utiliser pour ne pas rompre l’attention du public... Donc c’était vraiment un défi, mais c’était super agréable aussi.

- D’où vient ce titre d’album, The Bug ?

Le titre de l’album vient d’une carte postale que ma mère m’a donnée quand j’ai eu 18 ans. Ma mère et moi n’avions jamais vraiment parlé de choses sentimentales jusque là, mais elle m’a donné cette carte d’anniversaire avec deux photos de deux scarabées, l’un avec une carapace argentée et l’autre avec une dorée, et elle m’a dit que dans un monde qui est plutôt dur tu dois te créer cette carapace pour pouvoir survivre, mais ça peut être une belle carapace, et j’ai gardé ça en moi, comme une image dans mon esprit. Je peux m’exprimer librement mais le monde est dur, c’est comme ça. Donc ça a été vraiment bon pour moi de trouver la musique adéquate pour y transmettre ces émotions et ces pensées.
D’un côté, The Bug vient de cette carte postale, et d’un autre côté, ça vient aussi du fait que ma musique tourne autour de la rencontre entre le digital et l’organique. Le mécanique et l’organique, la rencontre de ces deux choses, produites sur un ordinateur avec des sons générés digitalement auxquels sont ajoutés des field recordings, comme un sample de lave-vaisselle sur un morceau, ce qui est en quelque sorte devenu partie intégrante de ma musique.
Un bug... il peut aussi y avoir un bug dans un système informatique qui perturbera son fonctionnement, ou qui le fera vraiment planter ou autre, et je pensais que ce terme était plutôt intéressant car à mon sens, les être humains sont devenus des espèces de machines de nos jours, on doit fonctionner tout le temps. Quand nous autorise-t-on à être seulement des humains, tu vois ? Tu dois juste continuer à avancer, même si quelque chose ne va pas au fond de toi.
Moi, j’ai eu beaucoup de grosses dépressions. Avant d’aller dans cette école au Danemark, j’étais extrêmement déprimée, stressée et anxieuse, et puis j’y suis allée, et j’y ai obtenu quelques outils pour m’exprimer au travers de la musique. Donc mon album est très personnel, il est plein d’anxiété, de frustration envers la société et du fait de devoir agir comme un humain fonctionnel en permanence.

-  Ton album a été bien accueilli, ici à IRM, il y a eu une sorte de coup de foudre musical, peux-tu nous en dire plus sur son enregistrement ?

Oh, qu’est-ce que j’ai fait...
Le tout premier projet qu’on m’a demandé de faire à l’école était de prendre un chœur masculin, du chant, et d’en faire une chanson, un morceau, de produire quelque chose à partir de ça et j’ai été bluffée de pouvoir prendre quelque chose et d’en faire autre chose, quelque chose de complétement différent.
La source est devenue quelque chose d’autre et ça m’a rendue super enthousiaste. Donc en fait, j’ai passé tellement de temps, ici, quand je marchais d’un endroit à un autre, à prendre des photos de petits détails de la ville et j’enregistrais tout ce que j’entendais, comme le vent fouettant un drapeau sur un mât, ou la mer... en gros, tout ce qu’il y avait autour de moi. Et après, je prenais ça, je le mettais dans Ableton, je produisais et je voyais où ça pouvait bien me mener. Par exemple, le vent, sur cet enregistrement, avait une certaine tonalité donc je composais ma mélodie autour de cette tonalité qu’on entendait dans le son du vent.
C’est comme si ces enregistrement s’étaient en quelque sorte présentés d’eux-mêmes à moi la plupart du temps, c’était très intéressant, et une telle agitation plutôt que d’essayer d’écrire des mélodies à partir de rien ou de trop me contrôler, c’était un moyen de me lâcher. C’est aussi pour ça que ça m’a pris deux ans, parce que j’ai dû refaire les premiers morceaux pour améliorer le son, c’était beaucoup d’allers-retours mais je pense que ça a fonctionné de sorte à tout amener à un bon niveau de concision.

- Tu utilises beaucoup de samples et de field recordings, comment as-tu réussi à assembler tout ça pour en faire un disque aussi cohérent ?

Je pense que mon approche musicale s’est définie très rapidement, j’en suis arrivée à me dire "c’est comme ça que je veux le faire". J’apprécie vraiment lorsqu’une source sonore d’origine inconnue devient quelque chose d’autre. Et je ne fais que retravailler les chansons encore et encore, ajoutant de petits détails, retirant des choses qui sont en quelque sorte dépassées... En fait, Clint Eastwood est la première chanson que j’ai produite et elle s’est retrouvée sur l’album parce que je suis revenue dessus et que je ne pouvais pas la laisser tomber donc je l’ai retravaillée... Donc, d’un côté, retravailler les morceaux mais aussi peut-être les arranger pour coller à la façon dont je voulais qu’ils s’assemblent sur l’album... comme pour les field recordings... ça consiste en quelque sorte à condenser toute cette vie en quelques chansons.

- Plus généralement, avais-tu, dès le début, une idée de la direction que l’album allait prendre ?

Je n’avais aucune idée, juste cette sensation d’être davantage mécanique qu’humaine... C’était un sentiment très constant que j’ai eu durant les années où j’ai écrit et produit ces chansons... Et d’un autre côté, j’y ai passé tellement de temps sans m’arrêter que toutes les chansons que j’ai faites ont fini sur l’album... Je n’avais rien d’autre, car ça me prenait beaucoup de temps pour produire quelque chose... donc je suppose que j’ai juste été chanceuse de rester dans le même état d’esprit pendant si longtemps, je ne sais pas !

- Tes compositions semblent très personnelles mais elles peuvent malgré tout toucher tout le monde, quelles sont tes sources d’inspiration ?

Côté musique... Je pense que la foi en moi-même que je puisse finir par arriver à faire quelque chose qui susciterait de l’intérêt pour quelqu’un d’autre, c’était simplement d’en faire quelque chose d’aussi personnel que possible. J’ai été très inspirée par la manière libre et naturelle de chanter de Thom Yorke et Björk. Il n’y a pas de restriction, ce n’est pas comme la voix de Beyoncé, c’est plus latent, une voix humaine naturelle, et quand j’ai réalisé que c’était permis de faire ça, j’ai vraiment trouvé ma propre voix, à travers eux, en fait. J’ai découvert l’album de Thom Yorke, The Eraser, en 2011, et j’ai été totalement bluffée... du genre, "c’est quoi ce putain de truc, c’est incroyable, j’ai besoin d’être capable de faire ça"... mais je n’avais aucune idée de comment ça pourrait arriver.
Ce fut une importante inspiration, le fait de pouvoir tout assumer si tu crois en ce que tu fais, tu n’as pas à essayer de respecter les attentes de qui que ce soit d’autre.
Mais aussi, quand je suis sortie du lycée, j’étais à un festival où ils montraient un documentaire sur le groupe Efterklang. Et ce docu les suivaient dans une usine abandonnée au milieu de nulle part dans le nord, il n’y avait rien ni personne mais ils enregistraient des field recordings là-bas. "Oh, c’est tellement cool, comment font-ils ça ? J’ai besoin de faire la même chose", tu vois ?
Donc depuis longtemps, je savais à peu près ce que je voulais faire mais ça a pris du temps pour trouver le moyen de le faire et aussi je pense, pour croire en ma propre expression personnelle et en le fait que des gens finiraient éventuellement par écouter quelque chose.
L’inspiration a été... je ne sais pas... je n’ai pas écouté de musique pendant très longtemps. Pendant un bout de temps, je ne pouvais pas écouter de musique du tout. Tu vois ce que je veux dire ?... c’était juste devenu un univers musical si intense que j’ai vécu à l’intérieur pendant longtemps. C’est seulement arrivé en raison de mon choix de m’éloigner de mon environnement d’origine, d’aller ailleurs, de rencontrer de nouvelles personnes, d’être à l’étranger et d’essayer de devenir une nouvelle personne. Quand tu n’es pas en train d’essayer de faire tes preuves auprès de gens que tu connais déjà à la maison, tu gagnes en liberté. C’est dur de dire à tes amis du lycée que tu veux être musicien, ils t’ont vue bourrée, c’est quelque chose qu’ils ne peuvent pas vraiment comprendre. Mais heureusement, ça a fonctionné jusque là !

- Comment décrirais-tu ta musique, tu viens de nous parler du côté organique et du côté mécanique... ?

Oui, c’est la rencontre de ces deux aspects. Aussi, je pense que je voulais vraiment m’éloigner de l’idée très produite et carrée de ce que la structure d’une chanson est supposée être.
Après avoir terminé mes productions, j’ai réalisé comment le parcours de mon enfance m’a influencée, lorsque j’écoutais de la musique folk irlandaise avec mon père - tu sais... ils chantent seulement, ils font leur truc, ensuite il y a un nouveau thème, puis ils retournent au premier thème, c’est juste une façon complètement différente de construire une chanson, de créer un univers, et je pense que cette liberté leur permet de laisser la chanson se développer comme ils le souhaitent, il peut y avoir 17 mesures, ou 8, ou 16, c’est comme si la chanson se créait librement d’elle-même.
Aussi, il y a le souci de rendre les chansons plus accessibles j’imagine, donc désormais je dois avoir l’esprit ouvert si je veux aller davantage dans une direction complètement folle tout en rendant ça plus épuré. Je pense que dans le futur, je veux vraiment faire les deux. Je viens juste de faire une chanson vraiment épurée que tu entendras demain. Ça va être super !

- Il va aussi y avoir des visuels pour ton concert de demain, est-ce que le lien entre la musique et les arts visuels est important pour toi ?

C’est extrêmement important. J’ai un compte Instagram et c’est mon champ d’inspiration : tu vois quelque chose, peut-être que tu dois prendre une photo, des petits détails sur une maison avec une certaine personnalité. Par exemple, j’ai une série de photos de plastique pris dans la glace.
Je pense que cette visualisation à la fois des émotions, de l’humeur et de la personnalité à travers une seule chose est très intéressante et je suis très excitée d’avoir Freya de Manual Visuals pour ajouter une dimension supplémentaire à ma musique parce que, au plus tu peux toucher de sens lors d’un concert ou d’une représentation, au plus les gens seront capables de vivre pleinement l’expérience... mais aussi, je souhaitais qu’elle fasse ce qu’elle voulait car c’est son interprétation de ce que je fais. Donc nous allons nous compléter l’une l’autre.
Je suis super impatiente, vraiment ! Je sais que ça va être génial, mais ça me rend nerveuse depuis un moment. Ça va être un gros truc... allez, ça va être bien.

Photo : IDK | IDA


- Tu vis à Reykjavík depuis 2015, comment es-tu arrivée ici ?

En fait, pendant le lycée, je suis venue en Islande en voyage scolaire pour voir des concerts, visiter la ville, etc. Je crois qu’ils étaient obligés d’organiser un voyage scolaire, et je suis contente qu’ils l’aient fait ici. J’ai adoré le fait que la capitale soit si petite... Je veux dire, toutes les personnes créatives sont ici mais ne n’est pas trop grand, ni sale, ou stressant ou bruyant.
Mais en fait, je me suis simplement retrouvée ici à cause d’une de mes amies du lycée dont j’étais très proche et qui allait postuler pour l’école de photographie sur le port. Elle était très nerveuse et je lui disais "vas-y, lance-toi, je viendrai avec toi si tu es prise, ça ira". Et elle a été prise ! Donc j’y suis allée. On a d’abord habité dans le quartier du port, c’était très intense... ouais... vraiment fou, on vivait des restes de nourriture, on partageait un lit... c’était une époque dingue.

- En quoi, à ton avis, le fait d’être en quelque sorte « déracinée » a-t-il pu influencer ta musique ?

Je pense que je voyais la scène musicale au Danemark comme quelque chose de très carré, presque arrogant, et qu’il n’y avait pas de place pour moi et ça me faisait vraiment me sentir comme... "bon allez vous faire voir, je vais simplement partir et faire mon truc ailleurs".
Quand je suis arrivée ici, j’étais complètement paumée et heureusement, des gens m’ont proposé de me joindre à eux à un concert, et j’ai pu faire mes preuves, ça m’a donné une chance de faire mes preuves et donc ça m’a fait travailler vraiment dur.
Je ne pouvais compter que sur moi-même, étant un projet solo, ça a aussi été très rude... Aller au boulot, vivre dans mon studio super froid sur le port... mais je pense que ce genre de choses a ajouté un plus à ce qui est sorti de toutes ces années parce que rien n’est venu facilement, tu vois, personne n’était là pour me guider.
J’ai dû travailler dur pour tout ça, tu dois sortir de ta zone de confort. Quand les gens restent dans leur zone de confort, je ne suis pas certaine que quelque chose de très intéressant en sorte. C’est sans risque, tu essaie juste de te conformer à ce que les gens pensent de toi... la facilité... Mais pour faire ça tu dois vraiment le vouloir parce qu’en vrai ça n’est pas facile.

- Pour nous, la scène islandaise apparaît très riche, qu’en penses-tu de ton côté ?

C’est juste extraordinaire, et je pense qu’essentiellement ça vient du fait d’être une si petite communauté, donc il n’y a pas beaucoup d’écart entre 0 et 50 ou 75% en terme de carrière.
Tu auras forcément des amis qui jouent de quelque chose... et puis personne n’est arrogant quant au fait d’être dans le système car tout le monde est dans le système donc c’est très détendu, et tu peux approcher n’importe qui et lui parler. Par exemple, je suis tombée sur Björk mais je ne lui ai pas parlé car j’étais trop nerveuse, tu vois !
A part ça, quant tu sers de la soupe à Björk et du gâteau à Jónsi de Sigur Rós, c’est vraiment très décontracté, donc je pense que tu ne peux pas être un enfoiré d’arrogant, sinon personne ne voudra travailler avec toi. Donc la plupart des gens sont juste très sympas, ouverts et détendus et t’aideront d’une manière ou d’une autre : "Tu as parlé à ce gars ? Il pourrait s’occuper du son à ton concert !"... tu vois le genre.
Donc c’est curieux, c’est une scène musicale assez curieuse parfois, les mêmes personnes vont aussi bien à des concerts de pop que de hip-hop...
La seule chose qui puisse peut-être être un problème dans une si petite communauté, c’est que tu as toujours peur de dire à tes amis quand leur musique craint... et aussi, qu’il y a un certain degré de népotisme parce que c’est très difficile de passer de 75 à 100%, tu ne peux pas vraiment atteindre ça ici, il n’y a que très peu de gens qui ont la chance d’y arriver.
Et ça veut dire que des groupes comme GusGus sont programmés dans tous les festivals, et pour moi c’est juste très ennuyeux mais je suppose qu’il est difficile de contourner ça, une fois que tu t’es fait un nom, tu as vraiment des privilèges. A part ça, tout est simplement génial ici.

- Est-ce que tu connaissais des artistes de cette scène underground avant de venir ici ?

Non, j’étais complètement perdue. Ce qui m’a aidé, ça a été de travailler à Stofan (NDLR : un café cosy dans le centre de Reykjavík), car 80% de ceux qui y travaillent sont dans la musique d’une manière ou d’une autre.
Les premières personnes à m’avoir invitée furent Sólveig Matthildur et un gars du nom de Baldur Hjörleifsson. C’était super.
Et à part ça, je suis tombée par hasard sur Hermigervill. Il est artiste depuis une dizaine d’années et il m’a ouvert les portes de son studio et m’a dit "viens squatter là", et il travaillait sur son projet et moi sur le mien. J’ai été super chanceuse je pense, ça n’arriverait nulle part ailleurs qu’à Reykjavík. Il a vraiment un look d’artiste, tellement sympa, il m’a carrément donné un espace pour travailler plutôt que de rester seule à la maison.

- Tu as co-fondé Weird Kids avec Rex Pistols et Sacha Bernardson, pour promouvoir, il me semble, la scène locale, peux-tu nous en dire plus sur ce projet ?

Après qu’une grande partie de la scène musicale est partie pour Berlin, il y avait un vide qui devait être comblé, et en tant qu’étrangers, nous avons senti que parfois c’était vraiment difficile qu’on se souvienne de nous, et que c’était vraiment énervant d’attendre pour être programmé, donc nous avons décidé de nous mettre ensemble et de le faire nous-mêmes. Nous avons fait quelques concerts et ça a été un énorme succès, et nous faisions très attention à ne pas seulement programmer nos amis, mais aussi d’autres tout petits groupes, des gens qui s’épanouissaient et commençaient à faire quelque chose de vraiment intéressant. On leur donnait une vraie scène pour jouer, avec du matos etc. pour en faire une véritable expérience underground ... et j’ai juste adoré faire ça.

- Est-ce que ce projet a une vocation internationale ?

Oui, ça fait complètement partie de nos plans. Bien sûr, nous avons chacun nos propres projet et nous devons faire en sorte que tout cela concorde mais il y a eu des discussions pour prendre quelques personnes et aller à Toulouse, d’abord aller en France et faire notre truc puis, dans le futur, organiser des échanges avec d’autres pays, des musiciens viendraient ici et on enverrait des gens là-bas. C’est en cours de réflexion.
Je pense que ce serait génial ! J’espère vraiment que ça marchera parce que je pense que s’entraider est ce qui fait épanouir une scène musicale... et avoir une communauté autour de ça, même si je ne joue pas de rock alternatif ou ce genre de truc, on peut toujours trouver 3 ou 4 groupes ici et les envoyer quelque part et, tu sais, dans l’autre sens aussi. Je crois en une vraie communauté autour de la musique, parce que si ça ne tourne pas autour de ça, alors ça va tourner autour de l’argent et tu devras trouver un label et toutes ces choses qui se font de l’argent sur ton dos et qui finissent par te changer. Je veux dire, tu devras forcément répondre à certaines attentes et je ne trouve pas ça fondamentalement intéressant donc je défends vraiment l’idée d’une entraide.
Je vais au Danemark en mai avec deux artistes islandaises, moi et une artiste danoise. Nous serons juste 4 femmes, se programmant les unes les autres, au Danemark, à jouer des trucs hardcore et en mettre plein les oreilles d’une poignée de Danois. Ça a pu se faire seulement parce que nous y sommes allées ensemble et programmées nous-mêmes dans ces salles, au lieu de ça on aurait pu entrer en compétition parce qu’il y a une grosse tendance à la rivalité entre femmes, surtout en musique et cette bêtise ne devrait pas exister, les femmes en particulier devraient être les premières à se promouvoir les unes les autres, parce que c’est ce que font les hommes.
Ça se passe un peu comme ça au Danemark. J’ai l’impression que le Danemark est un peu derrière en terme d’égalité. Et les hommes te diront "non, c’est juste aux femmes de faire de la meilleure musique pour être programmées", mais moi je dis : "non, c’est une question de patriarchie".

- Peux-tu, justement, nous parler de la scène musicale danoise ?

J’ai un vrai problème avec la scène musicale danoise. Il y a une sorte de domination masculine, d’hégémonie des festivals et ça fait vraiment club fermé comme... la même poignée d’artistes est programmée tout le temps, et il faut que ce soient des choses très policées dans un certain esprit particulier, ce n’est pas vraiment courageux. Aussi parce que l’industrie musicale ne va pas très bien donc j’ai l’impression que toute la musique qui sort est sans prise de risque, très produite et très ciblée, du genre "ouais, on va toucher les adolescentes", pour être sûr que quelque chose sortira de tout ça. Et sinon, ça ne va pas vraiment devenir gros... donc je pense que les trucs cool se passent plutôt dans les caves d’Aarhus et Copenhague, dans de tout petits endroits et nous n’en entendons pas vraiment parler.
Quand j’écoute la radio danoise, ça me déprime, j’ai l’impression que c’est toujours un groupe avec quatre gars !
Il y a toute une question autour de la consommation de la musique, comme être une personne qui n’utilise la musique que pour les fêtes ou pour se déplacer d’un endroit à un autre ou pour se couper du monde ou quoi que ce soit d’autre, et comme avec tout le reste, les gens ne sont pas vraiment conscients. Ça ne changera pas à moins que davantage d’artistes "tordus" ne s’entraident pour mettre en avant leur monde intérieur. Donc je pense que je n’aurai jamais aucune reconnaissance au Danemark... peut-être dans quelques années... simplement parce que je suis une femme.

- Tu mérites d’être reconnue !

J’espère... j’espère que quelqu’un, à un moment, va réaliser que prendre un peu de temps pour découvrir un nouveau musicien n’est pas nécessairement une mauvaise chose, que ça le rend justement intéressant plus longtemps.
Je ne crois pas aux artistes qui disent que leurs paroles ne voulaient rien dire quand ils les ont écrites, c’est de la connerie. Et c’est juste comme manger du pain blanc... qui aurait été vraiment mal produit.
Quand tu écoutes les morceaux qui sont produits pour la radio, souvent c’est très vide, il manque quelque chose, ils suivent tous le même schéma : "ah oui, après, c’est cet élément qu’il faut ajouter", mais c’est tout simplement inintéressant...

- ... et il n’y a pas d’émotion...

... ni de place pour l’art.
Donc je serai pauvre pour toujours !

- Peut-être que tu seras la prochaine Björk !

Peut-être... ouais... avec un peu de chance. Parfois c’est dur de croire en ce que tu fais. Après avoir tourné en Allemagne et en France, et une fois rentrée à la maison, j’ai envoyé ma musique à des blogs à travers le monde et ils sont tous revenus avec la même réponse : "c’est trop bizarre". Je n’étais pas mécontente d’être considérée comme bizarre, mais parce que tout est devenu tellement difficile, j’ai commencé à penser : "peut-être que je fais de la musique de merde, que je crains, peut-être que je suis juste nulle à ce que je fais, que je ne sais pas chanter", tu vois... toutes ces pensées ridicules que tu dois dépasser et que tu dois vraiment combattre dans le but de continuer à faire ce que tu fais.
Je veux dire... regarde Mount Eerie, sérieux, il peut faire n’importe quoi, et il chante vraiment mal quand tu y penses, mais j’adore ça, cette créature est juste une énorme inspiration parce qu’il est au-delà de ce qui est habituel. C’est comme Ben Frost, il reste assis dans son studio Greenhouse et fait son truc, j’adore ce qu’il fait, j’adorerais atteindre ce point où je puisse subvenir à mes besoins et faire ce que j’aime faire.
C’est aussi pour ça que je n’ai pas de label, j’ai décidé de m’en foutre, je ne veux aucun label, je ne veux pas que quelqu’un ait des intérêts sur mon dos... mais je voudrais bien avoir un tourneur par contre !


Nous remercions Ida pour sa grande disponibilité.

Transcription et traduction : Rabbit et Spyder.

Photo de couverture : Therese Precht Vadum

Photo : Johanne Stoffersen



English version



Thanks to a first album that quickly became essential, IDK IDA has been one of our truely beautiful revelations of 2017, as shown by her number one spot in our "best of November" selection.
Live in Reykjavík last March on the sidelines of the Sonar Festival, we took the opportunity of an almost improvised Icelandic getaway to meet her. From her sources of inspiration to her vision of music, IDK IDA is just like the latter : touching, authentic and captivating !

But first let’s use a few lines to talk about the concert itself because this time again, nothing to be disappointed about, except - of course - that it was too short. Without safety net, the Danish musician confirmed her talent and in particular this ability to transmit a whole range of emotions by her sole voice and through a delicate and imaginative songwriting. Between power and restraint, IDK IDA thus unveiled herself without filter to a captured audience. The comparison made with Beth Gibbons - or even with Elisabeth Fraser - in our "streaming of the day" wasn’t stolen at all.
Her music equally impressed by its mastery and the fluidity of all these sounds which seem to flow into each other evidently, forming a set of perfect consistency. To tell the truth, very few concerts had touched me that much. This set also allowed us to discover a new piece, more orchestral and consequently quite different, but preserving the musical identity of the artist. The mark of the great ones. Everything was sublimated by subdued and effective visuals, operated live by MANUALS, adding an extra dimension to this concert.

Combining high-flying performance and elaborate compositions, IDK IDA proves herself to be an artist in her own right. Therefore, it is difficult not to imagine seeing her grow even more in the coming years to become a reference of the international music scene.


- IRM : You released your first album last year, but we don’t know much about you, could you introduce yourself and your musical background ?

IDK IDA : I am from Denmark. I went to an artschool for half a year in Denmark.
I knew that I wanted to make music but I really wanted to be totally independent so I went to an artschool. It’s like a half a year program, you don’t get a diploma or anything, you just go there, do your thing and learn... You learn a craft like a topic or something. And I was in electronic music.
That just gave me the basics and then I moved to Iceland ! And so this is here, this is where I’ve spent my time, in a cave, working on my music for years.
It took me two years to produce this album. Two years just working really hard on my sound, to create sounds and get where I’m now. But if I had not been in Iceland I wouldn’t have got an opportunity to play live, it’s been such a playground, there’s such a welcoming group of people here, I hadn’t been here for two months or something when I had my first gig and things just grew from there so it’s been really good for me to be here, because people are so open and I really wanted to learn on the stage instead of being in a practice space for 8 years. I really wanted it to be like an organic growth. For me, you know, music is supposed to be experienced by people, so I really wanted to learn from actually playing for people, see what worked, see what frequencies I had to take out for the assistance not to break attention... so it’s been really fun on the challenge, but it’s been really nice too.

-  Where does this album title, The Bug, come from ?

The album title The Bug comes from a postcard my mom gave me when I turned 18. Me and my mom back then we never really talked about sentimental things but she gave me this birthday card with two pictures of two scarabs on them, with a silver shell and a golden shell, and she told me that in a world that’s pretty rough you have to create this shell for yourself so you can survive the world basically, but it can be a beautiful shell and I took that with me as an image in my mind. I can express myself freely but the world is rough, it’s just how it is. So it’s been very good for me to find the music outlet to put this emotions and thoughts into.
On one hand, The Bug comes from this postcard, and on the other hand it also comes from the fact that my music is very much about the digital and the organic meeting. The mechanic and the organic, the meeting of those two things, producing on a laptop with digitally generated sounds but then bringing in field recordings like a dish washing machine sample on a piece, which has sort of become part of my music.
A bug... there can be a bug in a computer system that will make it dysfunctional or that really breaks it down or whatever and I thought this term was kind of interesting because in my opinion, human beings have very much been made into sort of machines nowadays, like we just have to function at all times. When are we allowed to be human beings, you know ? You just have to keep on going, even though something is not working inside of you.
To me, I had multiple huge breakdowns. Before going to the school in Denmark, I was super depressed and stressed out and anxious and then I went to this school, and got some tools to put self-expression into music. So my album is very personal, it is full of this anxiety, like frustration of society and having to just be a functioning human being all the time.

- Your album has been well-received, here at IRM, it was like a musical love at first sight for everyone in the team, can you tell us more about its recording ?

Oh, what did I do ?...
The very first project I was asked to do in artschool was to take a men’s choir, like chanting, and make it into a song, like a track, make a production from just that and I was amazed that you could take something and make it into something completely different.
The source became something really different and that made me super excited... So actually I just spent so much time here, when I was walking between places I would take photos of small details about the city and then record whatever I heard like the wind making a flag flap on a pole, or the sea... just basically everything that was around me. And then I would just take it and put it into Ableton and I used to produce and sort of see where it would lead me. Like for instance the wind in this recording has a certain tone so I would write my melody around that tone in the wind basically.
I feel like these recordings sort of presented themselves to me most of the time, this was just very interesting, and such a big hustle instead of me trying to write melodies or me controlling it too much, it just sort of got let loose. That’s also why it took me two years because I had to redo the first tracks to make them sound better, it was a lot of back and forth work but I think it worked out in sort of bringing everything to a shrinking level.

- You’ve been using lots of samples and field recordings, how did you manage to assemble all that to make it so consistent ?

I think my musical approach just became very defined, very fast like "this is how I want to do it". I really enjoy when a sound source that I have no idea where it came from becomes something else. And I’m just actually reworking the songs again, adding small details, taking out things sort of outdated... Actually Clint Eastwood is the first song I ever produced and it made it to the album because I just went back and I couldn’t let it go so I just kind of reworked it... so on one side reworking the tracks but also maybe just have them sorted out for what I wanted to make itself confound in the album... like the field recordings... it’s kind of really condensing all this life into a few songs.

- More generally, did you have, from the beginning, any idea of the direction the album would take ?

I had no idea, just this sense of being more mechanic than a human being... this has been a very consistent feeling I had for the years I’ve been writing and producing these songs... and then on the other side I’ve been doing it for such a fairly straight time that all the songs that I made ended up on the album... I don’t have anything else, because it would take me so long to produce things... so I guess I’ve just been lucky to be in the same state of mind for so long, I don’t know !



- Your compositions seem very personal but I think they can also reach a lot of people, where did you find your inspiration ?

Music-wise... I think that the believe in myself that I could actually make something that had interest for anyone else to hear was just to make it as personal as possible. I’ve been very inspired by how freely and naturally both Thom Yorke and Björk sing... like it’s very none restraint, it’s not like with Beyoncé’s voice, it’s more latent, a natural human voice coming out, and when I realized that it was allowed I really found my own voice through them actually. I listened to Thom Yorke’s album, The Eraser in 2011 or something and I was completely amazed... like "what the fuck is it, it’s amazing, I need to be able to do this"... but I had no idea how it would ever happen.
It’s been a huge inspiration like how you can just get away with anything if you actually believe in what you do, you don’t have to try to live up to anyone else.
But also, when I finished high school, I was in a festival where they showed a documentary with a band called Efterklang. And this documentary is about them going to an abandoned factory up in the middle of nowhere in the north, there is no one or nothing but they would just do field recordings up there. "Oh this is so cool, how do they do it, oh my god I need to do this", you know. Forward 5 years or something and it just sort of...
So for a long time I actually knew what I kind of wanted to do but it’s taken a long time to find the truth to do it and also I guess to believe in my own expression and that anyone would listen to anything.
Inspiration has just been very... I don’t know... I haven’t listened to music for a very long time, for a long time I couldn’t listen to music. You know what I mean... it just became a very intense song universe that I just lived inside for a long time. It only happened because of the choice of removing myself from my original background, going somewhere else, meeting new people, being somewhere else, and trying to be another person. When you’re not trying to prove yourself to people you already knew at home, you get some freedom. It’s hard to tell your high school friends that you really want to be a musician, they’ve seen you wasted, it’s something that they don’t really see. But luckily it has worked out so far !

- How would you describe your music, you just talked about the organic and the mechanic... ?

Yeah it’s those two things meeting. Also I think I really wanted to get away from a very produced and square view of how a song structure’s supposed to be. After my productions have been finished I realised how my background as a child influenced me, when I listened to irish folk music with my father - it’s like, you know, they just sing, they go through, then there’s a new theme and then they return to the first theme, it’s just a totally different structure of building a song, of building a universe, and I think that freedom allowed them to let the songs develop as they wanted, there could be 17 bars, or 8, or 16, it sort of just freely creates itself.
Also there is a care to make the songs more approachable I guess, so now I have to get an open mind if I want to go even more in a crazy, crazy direction and make it more trimmed, I think I really want in the future to do both.
I just made a very trimmed song that you will hear tomorrow, that’ll be great !

- There will be some visuals for your show tomorrow, is the connection between music and visual arts important for you ?

It’s extremely important. I have my instagram account and that’s my field inspiration : you see something, maybe you have to take a picture, small details on a house with a personnality, for example I had a series of plastic stuck in ice. I think this visualization of both emotions, humor and personnality in just that thing is very interesting and I’m super excited to have Freya from Manual Visuals to add an extra layer to my music because I mean, the more senses you can get in contact with at a concert or happening, the more of a wholesome it makes people look at... but I also wanted that she’d just do whatever she wants because it’s her interpretation of what I do. So we’re just gonna be adding to each other.
I’m super excited, so excited, I know it’s gonna be great but for a long time I’m actually nervous. This is like a big thing happening... it’s gonna be good.

- You have been living in Reykjavik since 2015, how did you get here ?

Actually in high school I went on a study trip to Iceland to see some concerts, check out the city, etc. I guess they had to do a study trip and I’m happy that we went here... I just liked how small of a capital this is... I mean all the creative people are here but it’s not too big and messy and busy and noisy.
But I actually only ended up here because of a friend of mine in high school, we grew super close and she was gonna apply for the photography school at the harbour, and she was really nervous about doing this and I was like "come on just do it, I’ll just come with you if you get in, it’s gonna be fine" and she got in ! So I was like "well girl, I’ll come with you, let’s do it !" We started living in the harbour, it was really intense... so yeah... crazy times, living of dumpster food, and share a bed, it was a crazy, crazy time.

- How does being "uprooted", in a way, influence your music ?

I think I sort of saw Denmark as this really square, almost arrogant music scene and there was no space for me and it made me feel very much like... well, "fuck you then, I’m just gonna go somewhere else and do my thing".
When I came here I was a total underdog and luckily someone asked me to join them at a concert and then I could impress, it gave me a chance to impress, so it made me work really hard.
I only had myself to rely on, being a solo project, it’s also been really rough... working jobs, living in my super cold place in the harbour but I think these things sort of add to up to what has come out of these years because nothing came easy, you know, nobody was there to drive me.
I just had to work hard to do it, you have to step out of your comfort zone, and when people stay in their comfort zone I don’t think something very interesting necessarily comes out of it, you know... it’s very safe, you try to live up to what people think around you... the easy way... but you really fucking have to want to do this because it’s not easy.

- For us in France, the Icelandic music scene seems extremely lively, what’s your opinion about that ?

That’s just amazing, and I think a lot of the essential things are from being such a small community... so there is not very far from 0 to at least 50 or 75%. You will have friends that play something... and also nobody is arrogant about being in the system because everybody is in the system so it’s very relaxed, and you can walk up and talk to anyone. I mean I bumped into Björk and I didn’t talk to her because I got too nervous, you know !
Apart from that, when you’re serving soup for Björk and cake to Jónsi from Sigur Rós, it’s just very chill so I think that you can’t be an arrogant bastard because then nobody will want to work with you, so most people are just very nice and open and chill, and will help you somehow.
"Yeah have you talked to this guy ? He could totally be the sound guy at your gig !" or... you know.
So it’s curious, it’s a curious music scene sometimes, people will both go to pop shows and hip-hop shows...
The only thing that can maybe be an issue in such a small community is that you’re all afraid of telling your friends when their music sucks... and also that there is some level of nepotism because it’s very difficult to go from 75 to 100%, you can’t really do that here, it’s only very few people who get to do that.
And it means that acts like GusGus are booked in every single festival, and to me that’s just very boring but I guess it’s hard to get around that, once you have established yourself you really sort of have special benefits. Apart from that, it’s just great.

- Did you know some artists from this underground scene before coming here ?

No I was completely lost. The whole thing is thanks to starting working at Stofan, because 80% of the people working here were just all in music somehow.
I mean the first people inviting me were Sólveig Matthildur and a guy called Baldur Hjörleifsson. It was great.
And apart from that I accidentally bumped into a guy from Hermigervill, he’s been an artist for ten years or something and he’s great, and he just sort of opened up his studio for me and was like "just come hang" and he worked on his thing and I worked on my thing. I’ve been super lucky I think, this doesn’t happen anywhere else than in Reykjavík. He has the stupidest artist look, such a sweet man, he just gave me a space to come work instead of being lonely at home.

- You co-founded Weird Kids along with Rex Pistols and Sacha Bernardson, to promote the local scene I guess, can you tell us more about this project ?

After a huge chunk of the music scene just left for Berlin, there was sort of a void that needed to be filled out, since all of us were foreigners we felt that sometimes it’s really difficult to be remembered, and it’s very annoying to wait for being booked so we decided to go together and do it ourselves. We had a few shows and it’s been a huge success, and we’ve been very cautious on booking not only our friends but also very tiny acts, people just blossoming and starting doing something very interesting, giving them a proper stage to play and a sound system and stuff so it would be a true underground experience... and I just loved that.

- Is it going to operate on an international scale ?

Yes, that is definitely our plan, I mean all of us of course have our own projects too and we have to get everything to fall into place but there has been talks about bringing some people and going to Toulouse, I mean first go to France and do this, and then in the future making exchange with other countries so some people come here and we send people there. It’s a work in progress.
I think it would be great ! I really hope that it will take off because I think being cautious about helping each other out is what makes a music scene blossom very well, you know... and just having a community around this, even though I don’t play alternative rock or something, we can still find 3 or 4 bands here and send them somewhere and, you know, the other way around... I believe in true community about music because if it’s not about community then it becomes about money and you’ll have to find a label and all these things that will literally make money off of you and will change you. I mean you will have to live up to something and I don’t necessarily find that interesting so I really, really vouch for helping each other out.
I’m going to Denmark in May with two Icelandic acts and me and a Danish act. And we’re just gonna be 4 ladies, booking each other, in Denmark. Play something hardcore and just blow the mind of some Danish people. That only happens because we went together and booked ourselves in these places and we could be competing because there is a huge tendancy of women competing especially in music and this stupid thing just shouldn’t have to be there, especially women should just be the biggest promoters of each other because that’s what men do.
It used to happen a little bit in Denmark. I feel that Denmark is a little bit behind on the point of equality. And men will say "no it’s just a matter of women playing better music to get booked" and I’m like "no it’s just a matter of patriarchy".

- What about the Danish musical scene ?

I have big issues with the Danish music scene. It’s very festival/male dominated and it’s just such a closed club, like... they play the same few artists a lot, and it has to be very specific polished things, it’s not very brave. Also because the music business is sort of suffocating so I feel that all the music that comes out of it is very safe, very produced and very target-minded, like "yeah we’re gonna reach the teenage girls", to make sure that something will come out of it. And otherwise it just won’t get big so I guess the very cool things are happening in basements in Aarhus and Copenhagen, in the very small places and we don’t really hear about it so much.
When I listen to the Danish radio I just get so depressed, I feel like it’s always a band with four dudes !
There’s a whole question of being a music consumer, like being a person that only uses music for parties or when you’re walking between places or to shut out the world or whatever, and like with everything else people are not very conscious.
That won’t change unless more "crooked" artists help each other forward an "inner picture", so I mean, I don’t think I’ll ever get any recognition in Denmark at all... maybe in a few years... just because I’m a woman.

- You deserve recognition !

I hope... I hope that someone, at some point, will realise that taking a little bit of time to get into a new musician is not necessarily a bad thing, it’ll just be interesting for a longer time.
I don’t believe in artists who say that their lyrics didn’t mean anything when they wrote them, that is bullshit. And it’s just like eating white bread... that was really badly produced.
When you listen to the tracks that are produced for the radio, often it’s very empty, there’s just something missing, they’re all following the same pattern : "oh year then there has to be this element coming" but it’s just not interesting...

- ... and there’s no emotion...

... and there’s no place for art.
So I’m gonna be poor forever !

- Maybe you’re gonna be the next Björk !

Maybe... yeah... hopefully... Sometimes it’s so hard to keep believing in what you do. After touring in Germany and France and coming home, I was sending my music out to blogs around the world and they all came back like "you’re too weird". I did feel kind of nice about being called weird but because everything became so hard I just started thinking "maybe I just do shit music, maybe I suck, maybe I’m just shitty at what I do, maybe I can’t sing", you know... all those ridiculous thoughts that you have to go through and that you have to really fight in order to keep doing what you do.
I mean look at Mount Eerie, come on, he gets away with anything, and singing really bad if you think about it... but I love it, this creature is just a huge inspiration because he’s so beyond the usual... like Ben Frost, he gets to sit in Greenhouse and do his thing, I love what he does, I just would love to get to a point where I can sustain myself and do what I would like to do.
That’s also why I don’t have a label, I decided just to not give a fuck, I don’t want no label, I don’t want anyone having interest on my behalf... but I would like to have a booker though !


Many thanks to Ida for her availability.

Transcription and translation : Rabbit and Spyder.

Logo picture : Therese Precht Vadum


Interviews - 29.04.2018 par spydermonkey
... et plus si affinités ...
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