Coilguns : "Des guitares, de l’attitude et un peu la volonté de se foutre la vie en l’air."

L’exercice de l’interview est une vraie saloperie, surtout quand il se passe par mails interposés : pas de possibilités pour s’expliquer, creuser, discuter, reprendre, préciser ; impossible aussi de lire les réactions de celle, celui, celles ou ceux qui se tien(nen)t en face. Des fois, ça passe, des fois, ça passe beaucoup moins sans que l’on sache vraiment pourquoi.

Alors à l’heure où Coilguns s’apprête à sortir son nouvel album, Millennials, on nous propose de les interviewer. Comme on aime vraiment beaucoup le disque (et le précédent et tous les splits sortis dans l’intervalle), ainsi que les multiples projets dans lesquels ses membres sont impliqués, on s’exécute. Mais bon voilà, on se retrouve très vite avec des questions à rallonge et il faut couper dans la masse. On ratiboise, on reformule, on résume, on enlève et l’on finit par aboutir à vingt-trois questions seulement, certaines très approximatives voire un chouïa inintéressantes. Ce que Jona Nido et Louis Jucker, respectivement guitaristes et hurleur de la formation suisse, ne manquent pas de nous faire comprendre, Coilguns n’étant pas seulement contondant sur disque.

OK, dont acte, on fait le dos rond, on respire un grand coup et on balance le résultat. D’autant plus qu’il y a tout de même là-dedans de quoi bien comprendre d’où vient Millennials et où va Coilguns, de quoi bien cerner aussi (enfin, il nous semble) ce que recherchent les Suisses et quelle démarche les anime. Finalement, oui, il y a là-dedans du Coilguns pur jus.

Mais à eux la parole.


- Pourriez-vous vous présenter en quelques mots pour nos lectrices et nos lecteurs qui ne vous connaîtraient pas encore.

JONA - Coilguns, La Chaux-de-Fonds, Suisse. Quelqu’un nous a présentés une fois comme suit :

« Au côté de groupes aussi talentueux, identifiables et regrettés que Knut et Kruger (Nostromo étant réactivé) COILGUNS fait partie de l’élite de la violence made in Switzerland. Entre hargne hardcore, froideur post-metal et cadence rock’n’roll, le trio échappé de The Ocean, et désormais quatuor, a livré une triplette de split-albums et un LP, Commuters (2013, Pelagic/Hummus), montrant l’amour du groupe de La-Chaux-De-Fonds pour les méandres breachiens et les parpaings dans la tronche.

COILGUNS est intenable en live, rendant chaque show unique par le degré de WTF atteint par son chanteur Louis Jucker qui prend régulièrement à partie le public pour une immersion euh... totale ? forcée ? violente ? Et ne croyez pas que vous êtes plus en sécurité bien planqué(e) au fond de la salle. Un câble de micro c’est long vous savez. »

- Au départ, il s’agissait de « jouer une musique rapide et bête », deux adjectifs qui ne correspondent pas vraiment à Millennials – pas vraiment rapide, peut-être même au contraire tribal et encore moins bête. Comment qualifieriez-vous ce nouvel album ? Y développez-vous un nouveau paradigme ? Comment vous sentez-vous évoluer ?

LOUIS - Ben t’as raison c’est plus lent. Et la violence de la musique se passe plus dans la noirceur que dans la frénésie. Mais bon c’est pas non plus pour autant qu’on a viré rock-prog. Luc avait envie de jouer des beats avec des toms, Jona expérimentait des accordages gras, moi j’avais plus trop de raisons de brailler sans raison. On écoutait Goat, aussi.

- Après avoir longtemps été un trio, vous êtes désormais quatre - Donatien Thiévent est venu compléter le line-up - mais on ne compte toujours pas de basse. Pourquoi ? Quel est l’apport de ce nouveau-venu ?

JONA - Donatien s’est rendu immédiatement indispensable. Il fait des percus, du synthé, des backings et parfois tout en même temps. Il est taillé pour la route, ultra fiable et il a la bonne énergie pour être dans ce groupe. La dynamique au sein de Coilguns n’est pas différente mais ses ressources ont été augmentées.

Depuis le jour où on a décidé de ne pas avoir de basse – par convenance plutôt que par choix artistique – ça n’est jamais revenu dans la discussion. Mais s’il fallait défendre ce choix maintenant je dirais que vu la nature des compositions et la riffaille qui va avec, avoir un bassiste n’apporterait rien de nouveau au son du groupe. Mon son de guitare est suffisamment dense pour qu’à l’intégration de Donatien on ait jugé que des synthés et autres instruments auraient plus de choses à apporter au son de Coilguns.

- En janvier 2016, vous louez une petite maison dans la campagne est-allemande, vous y montez un studio analogique et en seulement un petit mois, vous imaginez, enregistrez puis mixez Millennials. Comment avez-vous procédé ? Aviez-vous des idées, des arrangements qui ne demandaient qu’à être développés ou tout s’est-il construit sur place dans ce temps court ?

LOUIS - On a choisi le matériel qu’on prenait avec nous et l’endroit où on allait. A partir de ce kit de base, on a brûlé du bois, mangé, dormi et glandé ensemble et c’est ça qui est sorti. Un mois ça nous semblait déjà très long et luxueux pour faire un disque. Jusqu’ici on les faisait en live en 2-3 jours.

JONA – On avait effectivement en tête de tout faire nous-mêmes et bien qu’on n’eût pas écrit une note, ça faisait depuis notre dernière tournée (en 2014) qu’on avait cette idée d’un disque plus sombre, plus effrayant et plus tribal. C’est dans cet esprit-là qu’on a entamé la composition. Pendant trois semaines on a écrit des morceaux tout en déplaçant les micros, en tournant des boutons sur les amplis et les pédales d’effets et un jour on avait un album écrit et le son qu’on voulait. On a pris quatre jours pour enregistrer le disque, un pour le mixer et c’était prêt.

- Cette petite maison était « chauffée au bois, paumée au milieu des champs d’agriculture industrielle et des parcs éoliens d’Allemagne centrale », cet environnement particulier a-t-il eu la moindre forme d’influence sur Millennials et Coilguns (ce qu’un titre comme Wind Machines For Company semble montrer) ?

LOUIS - Tu poses des questions auxquelles tu réponds en même temps (ndr : bien vu) on peut juste rajouter qu’on était à côté des tentaculaires usines BASF, dont le logo figurait sur nos bandes magnétiques, ça c’était assez trippant (et en même temps, ça explique rien).

JONA – Le seul truc qu’il y avait à des bornes autour de la maison c’était des gigantesques éoliennes. Tu peux d’ailleurs les entendre sur le disque.

- Était-ce une volonté au départ de vouloir travailler si vite ? Ou alors, un peu comme l’absence de basse, est-ce une contrainte que vous vous êtes imposée ? Diriez-vous que cela a eu un impact sur le disque ?

JONA – Comme le dit Louis plus haut on n’a jamais pris autant de temps pour faire un disque. Notre précédent album Commuters a été réalisé en à peine une semaine. Pour Millennials et au-delà du son et des compos il y a tout ce que ça représente de faire les choses comme on les a faites et de dédier sa vie à un truc aussi absurde et occulte. Toutes les discussions qu’on a eues, les sessions noise à 4h du mat et les deux douches sur un mois donnent à ce disque un grain et un caractère particuliers. Après tu trouves que c’est de la chiotte ou pas, ce disque raconte un truc et ça c’est la conséquence directe de la façon dont on a décidé de l’écrire et de le produire.

- Comment ça se construit, habituellement, un morceau chez Coilguns ? Est-ce une élaboration collective dès le départ ou y a-t-il toujours une idée primitive emmenée par l’un d’entre vous et ensuite développée par l’apport des trois autres ?

JONA - Pour la première fois tous les titres ont été écrits de A à Z en groupe. Le but de s’enfermer pendant un mois loin de tout était de TOUT faire ensemble et nous-mêmes. Luc a écrit certains riffs et est à la base de plusieurs morceaux de Millennials. Louis faisait office de chef d’orchestre pendant la composition car il sait écrire des vraies chansons.
Un jour, alors que tout me faisait chier et que je refusais de faire de la guitare, Luc a commencé à en jouer. Après avoir épuisé son stock de riffs et en débranchant la guitare, il a commencé à faire des boucles de noise en utilisant mes pédales d’effets. Il a ensuite enregistré une boucle d’un bruit et a commencé à jouer un beat sur la boucle. Là je me suis pointé, j’ai commencé à chercher des notes et c’est comme ça qu’on a écrit The Screening.

- Ce qui frappe de prime abord avec Millennials, c’est le son. Ultra-massif mais aussi très détaillé. Comment s’est passé l’enregistrement ? On trouve Louis derrière le mastering pour les CD et le digital et Magnus Lindberg pour celui des vinyles, pourquoi ?

LOUIS - on a écrit le disque derrière les micros, on développait le son en même temps que les compositions. Bosser sur bande te force à faire ce genre de trucs et c’est tant mieux. A la fin de l’enregistrement, on connaissait le son final, le mix était fait dans les grandes lignes. On a bossé directement à la prise avec les compresseurs de mastering allumés, pour être sûr que l’album serait toujours compréhensible une fois bousillé par la compression. La table son (une bête mais brave Midas 24 pistes de live) doit en avoir encore mal au bus de sortie. Une fois le processus terminé, par conscience professionnelle et par curiosité on a demandé à Magnus de nous faire un master alternatif. Ça nous faisait flipper d’envoyer ça sur du vinyle sans l’avis d’un expert. Il a fait comme d’habitude un super boulot, hyper pro et à l’écoute du truc. Sa version du master digital nous faisait moins marrer par contre, mais c’est normal. On voulait que ce soit trop fort, c’est comme ça que ce disque a été conçu dès le début. Et quand il s’agit d’exagérer, on n’est jamais mieux servi que par soi-même.


- Vous êtes tous impliqués dans un nombre pharaonique de projets (pêle-mêle The Ocean évidemment mais aussi Schwarz, Autisti, The Fawn, Kunz, Closet Disco Queen et la liste n’est certainement pas exhaustive), tous différents, vous réunissant parfois d’ailleurs les uns les autres, comment réussissez-vous à maintenir la spécificité de Coilguns ?

JONA – Chaque projet a été monté ou rejoint avec l’impulsion de faire autre chose. Peut-être que si tu nous suis vraiment de près et depuis longtemps tu sauras retrouver des éléments similaires mais pour nous tous ces projets sont vraiment différents. Dans les groupes que tu cites il y a du rock pur et dur, de la pop à tendance électronique, de la pop plus expérimentale… C’est assez facile de ne pas mélanger tout ça avec Coilguns et ça nous permet justement de ne pas tout devoir caler dans un seul projet. Closet Disco Queen est en quelque sorte né sur les cendres du morceau The Archivist que nous avons publié sur un split EP en 2014. C’est un des derniers morceaux qu’on a écrit et enregistré avant notre hiatus et, ce dernier riff à tendance classic-stoner rock, ce n’est pas Coilguns. C’est une période où on avait envie de jouer des trucs comme ça et on l’a fait, mais très vite on s’est rendu compte que si on voulait faire du hard-rock, ça serait plus pertinent de monter un autre groupe.

- Ces autres projets influencent-ils ce qu’est Coilguns ? Comment vous y retrouvez-vous ? Ou peut-être est-ce ce qui sort au centre quand vous vous retrouvez tous les quatre dans une même pièce avec des instruments ?

JONA - Les autres projets n’ont aucune influence sur Coilguns, pas au niveau de la musique. Les différentes expériences vécues avec ces projets par contre, elles nous ont été bénéfiques. Quand on a mis Coilguns en pause, bien qu’on tournait déjà beaucoup on savait pas encore exactement comment tout ça fonctionnait et je suis pas sûr qu’on assumait encore bien le fait que c’est ça qu’on faisait de nos vies. Pour moi c’est en gérant Closet Disco Queen que j’ai vraiment compris ce que c’était de manager son propre groupe et que oui, c’est un métier. Pareil pour Louis qui a mené sa carrière solo avec brio pendant ces dernières années. C’est donc avec une vision plus globale et complètement différente qu’on a abordé le retour de Coilguns. On a appris à prendre notre temps, savoir ce qu’on veut faire et surtout comment le faire sans jamais rien compromettre.

- En plus de vos deux albums, vous avez sorti pas mal de splits (avec Kunz en 2011, Never Void en 2012, Abraham en 2014), cela permet-il de maintenir la bête aux aguets ? Y en aura-t-il d’autres à l’avenir ?

JONA - Les splits ou les EP, c’est toujours la bonne occaz d’essayer des choses sans trop devoir en assumer la responsabilité. Si les morceaux sont top « c’est prometteur » et si c’est de la chiotte, personne ne s’en souviendra car les EP c’est quand même un truc de nerd. Le premier EP (celui avec KUNZ) c’était vraiment l’affaire de sortir des titres et les fixer sur un support. Le résultat était assez solide pour qu’on nous demande de faire des concerts. Puis on a sorti Stadia Rods qui était presque un mini album et là on se transformait gentiment en groupe qui tournait et qui allait passer à l’étape de l’album.

Mais avant ça et histoire de se débarrasser des influences trop présentes et de voir là où il était possible d’amener Coilguns, on a écrit Mandarin Hornet et Dewar Flask qu’on a sortis sur le split avec NVRVD. Mandarin Hornet est véritablement un titre charnière dans l’histoire du groupe. Il mélange un peu tout et rien mais au final c’est une excellente définition de ce qu’était et est Coilguns.

Après Commuters il y a eu l’EP avec Abraham. Je pense qu’on n’était pas loin du faux pas. Finalement, on s’en sort bien et c’est ok pour moi de revendiquer cet EP mais c’est celui dont je suis le moins satisfait et qui finalement colle le moins à ce qu’est véritablement Coilguns.

Pas de EP dans les tuyaux pour l’instant.

- Vous sortez Millennials chez Hummus Records, le label de Louis, les avantages et les inconvénients ?

JONA - Bien que Louis m’ait soufflé pas mal d’idées au départ, c’est seulement il y a 3 ans qu’il a rejoint le label officiellement et 2 ans je dirais qu’il s’occupe lui-même de sorties. J’ai monté ce label à la base pour représenter les intérêts artistiques de Coilguns via une adresse « xxx@records.com » et puis petit à petit on a commencé à me contacter pour sortir d’autres disques (ndr : non non mais on savait mais... eh merde).

Il y a deux ans environ tout ce travail de label m’avait épuisé et quand notre management actuel (AISA – All Independent Service Alliance) nous ont approché (Coilguns), eux voulaient nous aider à développer le label et qu’on sorte Millennials. Ils pensaient (à juste titre) que c’était ça notre propos et qu’il ne fallait pas qu’on lâche cette attitude. A ce moment-là c’était pour moi hors de question d’à nouveau devoir travailler avec les deux casquettes car tout me pétait les couilles. On a donc cherché d’autres label pendant une année et quand on a réalisé que tout le monde se foutait de notre disque et que personne ne voulait le sortir, j’ai mis un peu d’ordre dans ma tête et fait ce qu’il fallait faire ; sortir ce putain de disque nous-mêmes.

On a ensuite signé un contrat de distribution internationale (avec le label) et on s’est dit « advienne que pourra ». L’avantage d’avoir ton propre label c’est que tu contrôles tout de A à Z et c’est aussi plus rentable. Le désavantage c’est que tu contrôles tout de A à Z (donc c’est toi qui fais tout, tout seul) et c’est toi qui assumes également tous les risques financiers car au final, Hummus Records ou Coilguns, c’est presque le même porte-monnaie.

- En lisant vos paroles, on voit certes que vous n’êtes pas un groupe à message mais il n’en reste pas moins que vous portez un certain regard sur la déshumanisation bien avancée de notre époque. Votre point de vue ? Qu’est-ce que vous exprimez au travers du groupe et de votre démarche ? Qui se charge des textes ? Leur attribuez-vous une valeur aussi importante qu’à la musique ?

LOUIS - Je crois que pour ce disque c’est assez 50/50 dans ma tête. La musique est plus puissante avec les textes, c’est d’ailleurs pour ça que ça nous a paru logique de les faire défiler dans les clips. Avec ce genre de musique, sans le texte, tu piges plus rien. C’est paradoxal, mais même si on les comprend pas parce que tout le monde hurle, il me semble que les textes sont importants dans ce genre de musique, et que c’est toujours ça qui différencie un bon groupe d’un vrai moteur de scène. Là j’ai tout écrit sur place, pendant l’enregistrement, au fil des discussions sur tout et n’importe quoi avec Jona et Luc. Ils ont aussi fait des backings, c’était une première. Quant au contenu même des textes, pour moi il doit parler par lui-même.

- Alors, c’est sûr, Millennials est massif mais n’en reste pas moins assez varié – des titres longs (Millennials, Spectrogram), d’autres plus courts (Wind Machines For Company, Music Circus Clown Care), certains prenant le temps de développer une ambiance, d’autres beaucoup plus directs, des choses rapides, abruptes, d’autres plus lentes et presque tribales – parfois tout cela au sein d’un même morceau, on sent que tout se densifie, se ramifie, se subdivise. Votre musique se nuance de plus en plus et on voit bien que vous n’arrêtez pas d’évoluer. Comment expliquez-vous cet épaississement ?

JONA - Notre musique évolue simplement parce que nous évoluons en tant que personnes et qu’à chaque fois on remet un peu en question notre propos selon nos envies et selon ce qu’on a fait récemment. Dans les premiers EP le but était de cibler ce qui nous ressemblait le plus, se débarrasser de ce qui ne nous appartenait pas et se concentrer sur ces éléments lorsqu’on écrivait des nouveaux morceaux. La réflexion est désormais plus profonde. C’est rassurant de savoir que le propos s’épaissit, c’est sans doute car la matière est plus fournie et le propos plus défini. La musique c’est une chose mais la façon dont on la vit et la perçoit est encore plus importante. La dimension d’épaisseur est intéressante dans le contexte de Millennials car pendant l’écriture on a eu cette volonté d’annihiler toutes dynamiques pour ne laisser place qu’à un gros saucisson de violence qui ne te laisse pas le temps de prendre ton souffle. J’ai donc envie de dire : Mission Accomplie.

- On voit bien que les étiquettes adhèrent modérément. Punk-hardcore mais aussi mathcore ou metal mais pas que. On pense toujours à Botch, Converge ou Dillinger Escape Plan mais ce sont tout au plus des réminiscences puisqu’au final, vous avez votre patte, un truc bien à vous. Comment qualifieriez-vous votre musique ?

JONA - Je comprends l’importance des étiquettes pour la presse ou le public et ça ne me pose aucun problème. Pour les initiés, Coilguns n’a vraiment rien de metal je trouve. On est plus proche de la scène « noise ». Pour nous Coilguns c’est un groupe de rock un peu vénère. Des guitares, de l’attitude et un peu la volonté de se foutre la vie en l’air.

- Contrairement à Commuters, on ne trouve pas d’invités sur Millennials. Pourquoi ? Une volonté de vous recentrer sur vous-mêmes ?

JONA – Tout-à-fait. Coilguns est devenu une petite famille bien soudée et on s’est tous approprié le truc au point de vouloir le défendre becs et ongles. C’était donc naturel que le successeur de Commuters - qui a définitivement changé quelque chose dans nos vies – soit le fruit d’un travail d’autistes en autarcie complète. Je ne suis pas sur de pouvoir mieux expliquer ça donc faudra faire avec.

- La pochette résume très bien le contenu (des lames variées sur un fond noir et blanc). Êtes vous attentifs à cet aspect-là de la musique ? L’objet est-il lui aussi important ?

LOUIS - Oui bien sûr. Et ça fait partie du bonheur d’être indépendant que de pouvoir réaliser son artwork librement, en soignant les détails et sans devoir se conformer au style d’un label où de je ne sais qui. On a tout réalisé avec Noé Cauderay (images, sérigraphies, vidéo-clips, lettrages manuscrits...) et Gaspard Gigon / Spitzhorn (graphisme, typo, etc.). On bosse hyper souvent avec eux.

- Ce qui vous caractérise, c’est cette démarche totalement Do It Yourself. Est-ce une volonté au départ ou sont-ce les circonstances qui font que vous vous occupez de pratiquement tout ?

LOUIS - Je laisserai Jona répondre à celle-ci, c’est lui le vrai moteur de ce projet. Moi tout ce que je sais, c’est que j’ai pas envie d’appartenir à une scène précise et d’en reprendre tous les codes pour ressembler à tel ou tel groupe ou artiste. Et ça, ça implique forcément de tout faire par soi-même, en tout cas jusqu’à un certain degré de reconnaissance. et passé ce degré de reconnaissance, il me semble que justement c’est le moment où tu devrais plus avoir besoin de personne pour t’épanouir dans ton truc. Donc DIY je dis oui volontiers, en tout cas je sais rien faire autrement.

JONA – Moi j’aurais plutôt envie de laisser Louis répondre puisque c’est lui qui a toujours les bonnes idées quand il s’agit de tout devoir faire nous-mêmes en mode. Je pense qu’au départ j’aurais sans doute rêvé qu’on s’occupe de nous. Finalement, comme tout le monde s’en branlait mais que moi j’y croyais, on a simplement commencé à tout faire nous-mêmes. Booker des tournées, monter un label, monter notre propre boîte de management, faire notre promo etc… Tout ça fait qu’on a une excellente vue d’ensemble de comment fonctionnent les choses et ça nous permet non seulement de rendre nos projets viables mais aussi qu’on sait externaliser les tâches pour lesquelles on n’a pas les compétences. Avec le recul, je ne ferais rien différemment si on m’en donnait la possibilité.


- Nostromo, Kruger, Knut, Monno et vous et beaucoup d’autres... La scène Suisse est foisonnante et bien agressive, comment expliquez vous cela ? Quel rapport entretenez-vous avec elle ?

JONA – Tous ces groupes dont tu parles on allait les voir en concert quand on avait 15 ans… Et puis la Suisse c’est petit, alors quand on a commencé à faire des trucs crédibles c’est devenu nos potes. Des groupes super il y en a dans toutes les scènes de niches du monde entier. Si on parle de Celtic Frost ou Coroner, les Young Gods ou même Unfold qui ont commencé à faire du post-machin en même temps que Cult Of Luna, on peut dire qu’il y a certaines pré-dispositions… Je viens d’ailleurs de lire un article de Noisey USA sur la scène en Suisse, je vous conseille de le lire : https://noisey.vice.com/en_us/article/59kjna/switzerlands-metal-scene-is-its-best-kept-secret

Notre rapport à la scène Suisse et plus particulièrement locale est très fort. Hummus Records c’est 60 sorties dont 98% de groupes suisses. La Chaux-de-Fonds (où on vit) est une ville de 40 000 habitants, il y a 3-4 concerts par semaine et toujours un public. Tout le monde se connaît, ici, dans les mecs avec qui on a grandi et qui font toujours de la musique, il y a celui qui est prof de musique, celui qui a écrit une thèse de musicologie, celui qui est coordinateur de projets sociaux liés à la musique, le musicien de session, le jazzeux qui fait toutes les jams au Montreux Jazz, la chanteuse du groupe électro-pop gigantesque ou le sondier ou backliner de X superstar… et au final tout le monde sait ce que les autres font et on se retrouve tous en after à boire des shots aux mêmes endroits en écoutant du Black Metal.

- D’ailleurs, que trouve-t-on à proximité de vos platines actuellement ?

JONA – Là tout de suite je suis en train d’écouter Kaelan Mikla, un trio islandais qui mélange cold wave, basse punk et spoken word en islandais. Sinon le truc qui me fout le plus la gaule en ce moment c’est un groupe genevois qui s’appelle H E X. Un mix entre du hard et de l’indus-psychédélique, DES PUTAINS DE GÉNIES. Si tu es familier avec la scène suisse, tu connais sans doute Shora, Equus, Shelving ou Kassette qui ont tous des membres dans H E X.

Autrement j’écoute Aurora - une artiste norvégienne – EN BOUCLE.

- Avez-vous commencé à réfléchir à ce que pourrait donner Millennials en live ? Des dates prévues en France ?

JONA – Oui, on a tellement réfléchi qu’on a fait 5 dates en décembre dont 4 en France (ndr : bim !). C’était pas mal, les gens se mettaient bien sur la gueule et on a joué relativement fort. C’est assez fat en live quand c’est bien délivré. Bien que les titres soient un peu plus lents qu’à l’accoutumée, on a pour ces derniers mis l’accent sur plus de volume et plus de terreur profonde. Louis a plus souvent une guitare dans les mains ce qui permet aux gens de respirer un peu de temps en temps. La réalité c’est que quand ils se font pas tabasser ils se font déchirer le cerveau et les tympans. Toute une histoire.

La tournée vernissage aura lieu du 14 mars au 1er avril, peu de dates en France (Boulogne-sur-mer, Béthune et Altkirch) mais toutes en compagnie de Birds In Row. On bosse avec Kongfuzi pour la France donc je ne m’inquiète pas trop. On va sans doute finir par brûler tout le pays dans les deux ans à venir.

- Vous avez joué avec Dillinger Escape Plan et même Nasum (concert d’adieu), quels souvenirs en gardez-vous ?

JONA – Oui ou Norma Jean et Baroness. C’est toujours agréable de jouer avec des groupes avec autant d’aura. Tu joues devant un public averti mais également nombreux. C’était à chaque fois un honneur de pouvoir monter sur scène avant de telles légendes. Avec DEP c’était le deuxième concert de Coilguns. Ça se passait dans un club mythique en Suisse allemande qui s’appelle le « Kilbi ». C’était en 2011, tu ne peux même pas mettre 200 personnes dans cette salle, je me rappelle car on déconnait sur le fait que le tour bus de DEP était plus grand que le club. C’était la FOLIE FURIEUSE. Ce que j’en garde c’est que tous ces mecs étaient/sont devenus des potes au fur et à mesure des années et que c’est évidemment hyper inspirant de pouvoir les côtoyer de si près.

- À vous pour le mot de la fin.

JONA – D’accord.


Alors bien sûr, à la relecture, on s’en veut pas mal d’avoir sans doute écrit tout ça un peu trop vite. Pour le reste, on dira seulement que l’essentiel se trouve dans les disques.

Merci à Jona et Louis pour leur disponibilité.


Interviews - 14.03.2018 par leoluce, Riton
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