Le streaming du jour #1950 : Töfie - ’From Earth’

Il n’y a pas l’ombre d’un doute : la pop synthétique de Töfie vient bien de la Terre, de ses entrailles pour être plus précis où bouillonne un magma de synthwave, d’EBM, d’indus voire de musique gothique passée au filtre électronique, que la Française transcende par son chant stratosphérique et légèrement acidulé pas loin de Tarsier (collaboratrice du regretté Alias), un goût du métissage hérité du trip-hop et une vraie ambition de cohérence dans la progression de l’album, les morceaux de ce deuxième opus s’imbriquant parfois les uns dans les autres comme les plaques de la fameuse tectonique du même nom.

Enfin, c’est surtout le cas du sismique Gravity aux beats implosifs et synthés futuristes, dont les nappes granuleuses ouvrent la voie au romantisme vénéneux d’un Geislun aérien ourlé de percussions métalliques, ou plus loin de Rhizome, le lyrisme électro-pop aux chœurs planants de cette collaboration polyphonique avec le vocaliste Pierre Peres (K.Blum) semblant s’effondrer sans crier dans une Abyme Noire d’incantations paganistes, de pulsations massives et de synthés fuligineux. La voix, instrument central pour les mélodies comme pour l’atmosphère puisque c’est par là que tout a commencé... mais musicalement vous l’aurez compris, la musique de Töfie Soma, qui alterne chant en anglais, en français, en allemand et même en islandais sur le final éthéré Góða Nótt, ne se résume par aucun raccourci aisé.

De son actualité chargée sur laquelle on reviendra très prochainement, From Earth est ainsi la production la plus léchée de Linge Records, label qu’on connaît davantage pour son jusqu’au-boutisme dans le DIY le plus spontané voire délicieusement je-m’en-foutiste et dont le patron Lucien Dall’Aglio (aka Stolearm) offre ici quelques programmations et lignes de synthés aux deux premiers morceaux notamment. Et pourtant, il y a quelque chose de profondément viscéral dans chacune de ces compositions, dans la rythmique indus lourde et tranchante d’un Enough au chant électroniquement modifié que des percussions viennent bientôt transformer en véritable rite tribal, ou dans le background sonique d’EliGini par exemple, qui sous les allures extatiques de ses vocalises haut perchées, manie les beats déstructurés et les textures mouvantes et somatiques aussi savamment que les cadors de l’IDM 90s des labels Warp ou Skam Records.

Forcément, avec de telles collisions apparemment contre-nature et néanmoins d’un naturel confondant sous la patte de la Montpelliéraine, on pense à la new wave séminale et fureteuse d’Anne Clark, pour les programmations claires-obscures et les synthés pulsés aux élans stellaires d’Une Nuit, de sa suite aux accents kosmische et boîtes à rythmes machiniques, À L’Aube, touchante chanson de séparation entre amertume et détermination, ou surtout du rugueux et proto-technoïde Lügner. Mais si l’ombre de Nine Inch Nails plane également sur ce dernier ou encore sur Enough, l’univers de Töfie impressionne avant tout par sa personnalité déjà très affirmée et un mélange assez unique de douceur vocale et de rudesse rythmique, de minimalisme et d’atmosphères vertigineuses, de références 80s et de modernité dans le beatmaking, un paradigme culminant sur le fabuleux La Sueur qui sonne un peu comme Émilie Simon torturée au marteau-piqueur par Chelsea Wolfe.

Bref, on adore... à découvrir d’urgence et à écouter sans modération, d’autant que l’album est téléchargeable à prix libre sur la page Bandcamp du label.


Streaming du jour - 06.07.2018 par RabbitInYourHeadlights
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dimanche 18 novembre 2018


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