Nicholas Merz - The Limits Of Men

Premier disque de Nicholas Merz, The Limits Of Men devrait idéalement accompagner les petits et grands tracas d’un été en pente abrupte.

1. Generation
2. Fashion
3. Without Women
4. Bulled Rose
5. The Empress Of The Garden
6. Neon Figures
7. Domestic Dispute
8. Down Range
9. The Great American Tail

date de sortie : 01-06-2018 Label : Aagoo Records

Soyons franc, je n’ai jamais écouté le moindre album de Darto, groupe originaire de Seattle ayant déjà six albums à son actif, et donc, je n’avais jamais entendu quoi que ce soit en provenance de Nicholas Merz qui en fait partie. Depuis, j’ai jeté une oreille à leur Human Giving de 2017 et je crois pouvoir dire qu’il n’a rien à voir - musicalement - avec The Limits Of Men. D’un côté de l’indie rock gentiment générique, de l’autre, de la country (enfin, tangentiellement, ça n’en est pas complètement) qui peut toucher en profondeur. Pourtant, on trouve planqués dans ce disque tous les membres de Darto mais c’est bien parce qu’il est éminemment personnel que The Limits Of Men est avant tout un album de Nicholas Merz. D’une part, on décèle une sorte d’atavisme à l’œuvre là-derrière : ses parents étaient non seulement croyants mais également pratiquants concernant la country (son père en particulier a fait vibrer sa pedal steel sur quelques morceaux de Darto), genre qu’il a très tôt associé aux « bigoted, sexist rednecks » mais qui semble être resté en permanence à proximité de son cheminement musical. D’autre part, il décline des sujets sociétaux et vaguement politiques (« Social class/Sunday Mass size up/Economic shuffle/Who wears the biggest muzzle behind closed doors ? » sur Fashion) avec suffisamment de conviction pour capter l’attention. Sans doute est-ce pour cela que l’album s’insinue si facilement dans l’encéphale. Même si on est loin d’être familier de son travail, on sent bien que ses morceaux lui ressemblent et on mesure vite leur capacité à nous susurrer des trucs au creux de l’oreille comme si on était pote depuis toujours. D’où ce paradoxe : si on n’a jamais écouté Nicholas Merz, on a tout de même l’impression de le connaître par cœur.


D’emblée, les six minutes et quelque de Generation délimitent le territoire : des percussions chiches, des claviers discrets, une guitare complètement sèche et une voix de baryton à l’air systématiquement vertical. C’est tranquille, tout simple et c’est empreint d’une grande mélancolie qui fait mouche immédiatement. Les suivants ne s’arrangent pas et gardent intacte la tristesse qui inonde le disque. Pourtant, rien de tire-larmes ou de trop suggéré là-dedans, simplement des émotions qui affleurent dans toute leur simplicité mais aussi toute leur force et colonisent les neurones. Alors bien sûr, on regrette parfois de ne pas maîtriser les dialectes anglophones pour cerner la substantifique moelle de The Limits Of Men mais pourtant, sans en saisir tous les mots, on comprend néanmoins les grandes lignes du message. Pour la testostérone et le patriarcat revendicatif, c’est ailleurs que ça se passe. À la place, un point de vue interrogateur et sensible sur la place du mâle trentenaire au sein des sociétés occidentales et sur la toxicité masculine en général (sur fond de racisme, de brutalité policière et de religion). Même en se repliant sur la musique, celle-ci apparaît si chevillée aux mots qui l’accompagnent qu’on saisit malgré tout l’essentiel du propos. Évoquant une sorte de croisement entre le Johnny Cash des American Recordings et un Nick Cave (en moins habité cependant) qui poserait sa voix sur quelques morceaux de Will Oldham, The Limits Of Men renferme ainsi de très beaux moments : Generation bien sûr mais aussi l’intense (et vraiment magnifique) Bulled Rose, le très dépouillé Neon Figures, voire le plus plombé The Great American Tail même s’il s’avère inutile d’isoler quoi que ce soit d’un disque qui s’envisage avant tout dans sa globalité. Aux quatre premiers titres très tristes répondent les quatre suivants un peu plus primesautiers mais pas non plus extrêmement guillerets, le dernier constituant un équilibre entre ces deux bornes.

On n’en dira pas plus puisque dans le cas présent, une simple écoute vaudra toujours mieux qu’un long discours. Quoi qu’il en soit, voilà le disque idéal pour vider ses larmes dans un grand verre de bière et se sentir presque bien malgré tout.

Chroniques - 14.07.2018 par leoluce
 



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jeudi 15 novembre 2018


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