Top albums - juin 2018

C’est chaque année le même couplet, au moment où vient le top de juin, on se bat un peu contre des moulins. L’été, la chaleur, les vacances, la plage, le farniente, ajoutons à ça la course au ballon rond qui vient heureusement de se terminer mais avec une hystérie collective à la clé, autant dire qu’il en faudrait beaucoup pour rendre justice à la sélection qui va suivre. Pour ces raisons diverses et variées, le prochain top albums couvrira juillet/août et ne sortira qu’à la mi-septembre, de quoi vous laisser le temps de digérer entre deux excursions loin d’internet et des écrans ce bilan qu’on a voulu succinct d’un mois juin pourtant incroyablement excitant, que les réfractaires à la vie débranchée pourront toujours explorer plus avant via notre agenda des sorties.




Nos albums du mois





1. REiNDEER667 - SiNALOA GUNSHiP WARLORDiSM

"Inspiré dans l’esprit par le cultissime Only Built 4 Cuban Linx de Raekwon (le Wu-Tang semblant très présent dans les préoccupations du bonhomme récemment), SiNALOA GUNSHiP WARLORDiSM flaire bon la fresque urbaine dès son intro aux cordes fatalistes sur fond d’hélicos de la police qui tournoient. Mais Boadicea Podium Desolation Throes avec sa référence à la matriarche celte des chefs de guerre les plus vindicatifs et occultes (rappelons que le rappeur s’affuble désormais sur les réseaux du nom d’Hassan ibn al-Sabbah) montre d’emblée que Reindeer voit plus loin, de la mythologie au détournement des codes d’un genre devenu à ses yeux bien trop aseptisé et peu surprenant, ne véhiculant guère que des fantasmes racoleurs sans idées ni point de vue. Méditation au vibraphone sur un monde en flammes où il est difficile de trouver sa place, While They Fade Away, We Stay manie l’argot latino et un allemand rugueux comme pour conjurer l’agressivité qui nous entoure de toutes parts, le tout aussi cristallin SMOKEY667/REiNDEER131 aux percussions jazzy servant dans la foulée de profession de foi à un artiste en deuil qui a choisi l’art dans une atmosphère de violence dès l’enfance et ne lâche rien en dépit de l’isolement croissant de ses contemporains. La mort n’est pas un jeu et de celui qui a su transformer le malheur d’un début d’année 2018 particulièrement dramatique sur le plan personnel en quête avide de vérité dans l’expression de ses propres contradictions, Culiacán River PATROL éclaircit l’intention : "we soar like cranes and alabtros pairs staring out across the widest vistas, seeing the widest, seeing the furthest, seving the most highest purpose, seeking enlightenment, wisdom, love and the purest truths"."

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(Rabbit)




2. Uniform & The Body - Mental Wounds Not Healing

"Enregistré à quatre au studio Machines With Magnets de Providence, puis étoffé à distance par le chant rageur de Michael Berdan en contrepoint des hurlements de torture de Chip King, Mental Wounds Not Healing renoue logiquement avec la dimension la plus industrielle de la musique des Portlandiens, par affinité avec l’univers d’Uniform. Mais c’est bien The Body qui alimente en boîtes à rythmes oppressantes et dépravées cette ode au mal-être infini que rien ne peut soigner, où les maux des quatre Ricains, sans le lyrisme de Chrissy Wolpert pour contrebalancer, prennent des formes diverses, de la noise tribale et décadente de Dead River au shoegaze indus presque romantique d’In My Skin et du final Empty Comforts (dont la froideur des beats cliniquement martelés est déjouée par la guitare volatile et mélancolique de Ben Greenberg). L’unique reproche que l’on pourra donc faire à ce nouveau chef-d’œuvre pas-tout-à-fait metal des génies mélangeurs et malaisants de l’Oregon, c’est sa courte durée, 27 petites minutes qui filent trop vite et donnent envie d’en entendre bien plus de la part de ce quatuor de mauvaise fortune, qui était décidément fait pour partager tant d’affliction, de brutalité et d’aliénation."

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(Rabbit)




3. Tangents - New Bodies

"Ce troisième opus de Tangents confirme le petit miracle d’osmose aventureuse du quintette australien, héritiers de Tortoise ou The Necks capables d’irriguer du même souffle libertaire et mélangeur leurs méditations improv jazz aux textures irradiées (Immersion) et leurs épopées post-rock polyrythmiques aux arrangements poignants (Lake George, Swells Under Tito). Épique et feutré (la batterie et les percussions de l’hyperactif Evan Dorrian donnant le ton), vraiment jazz mais vraiment plein d’autres choses aussi (du dub à la folk en passant par la musique contemporaine répétitive à la Steve Reich), foisonnant d’instruments et de sonorités et pourtant d’une clarté sans faille (même sur le nébuleux Oort Cloud qui clôt l’album sur 7 minutes de bouillonnement impressionniste et onirique mené par un piano vibrant, des drones irisés et la guitare cosmique de Shoeb Ahmad), New Bodies est un disque de paradoxes, celui d’un groupe sans contraintes ni attaches qui suit le fil de son inspiration sans se soucier des étiquettes, pour le plus grand plaisir de nos oreilles toujours avides de territoires vierges à explorer."

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(Rabbit)




4. Tenshun & Bonzo - Odious

"On va pas vous faire un pavé à chaque fois, l’Ukrainien Bonzo est un génie de l’abstract cauchemardé. Sur le tout récent Odious, c’est Tenshun qui ouvre le bal sur les 20 minutes de Rott Gutt, espèce de Twilight Zone des bas-fonds où le rétrofuturisme s’apparie à un beatmaking abrasif et acéré tout en ménageant dans sa seconde partie une belle plage d’accalmie à l’onirisme étrange, lugubre et angoissé. Mais une fois de plus c’est surtout Bonzo qui en met plein les tympans, avec une suite doomesque caustique et assez downtempo hantée par les plus malfaisantes séries B du grand écran aux allures de profession de foi des tourments qui l’habitent, où il est question d’abus sexuel et d’inceste par sample interposé mais surtout de violence et d’horreur, celles qui finissent parfois par devenir partie intégrante de l’ADN des infortunées qui les ont subies, nourrissant leurs pulsions... ou leur art. Un art désormais majeur pour Bonzo."

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(Rabbit)


Nos EPs du mois



1. Rabbi Max - Transatlantic

"Près de deux ans après l’inaugural Interkontinential déjà défendu par I Had An Accident, Rabbi Max nous sert un deuxième "court format" de près de 25 minutes et en profite pour passer un pallier, dans l’immersion (avec des productions plus denses dès l’introductif Beyz aux drums profonds et syncopés, bourdons opiacés et claviers entêtants) comme dans l’étrangeté (cf. le final Zaytik et sa messe en hébreu sur fond de beats lo-fi et indolents). Entre les deux, Geshleg plonge le drumming épique du bonhomme dans un bain incandescent de psyché-noise analogique et de synthés futuro-gothiques, les frappes implosives et pesantes de Der Dikhter s’effacent au profit des cordes mystiques d’un folklore yiddish habité (via la mandoline d’un certain Amit Ben Ami) et Meshugener rivalise de menace et de tension saturée avec les meilleures productions de Bonzo. Quant à Almone, il n’aurait pas dépareillé sur le génial Little Johnny from the Hospitul de feu Company Flow, si ce n’est pour le monologue en hébreu qui en émaille les hachures insidieuses et autres synthés apocalyptiques."

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(Rabbit)



2. Pruven & Vast Aire - 777 (Volume 1)

"Premier EP d’une trilogie qui s’annonce pour le moins dantesque, 777 réunit Vast Aire, moitié avec Vordul Mega des séminaux Cannibal Ox et Pruven, MC du Connecticut qu’on avait découvert via sa connexion au tout aussi ténébreux Red Lotus Klan de San Diego, qui impressionne encore un peu plus à chaque sortie par sa réjouissante liberté de ton et la fluidité de ses interventions au micro, citons un Blood From Ancestors politiquement, historiquement et socialement chargé dont on vous parlait ou le récent Routes EP aux instrus tantôt synthétiques, jazzy ou psyché mis en avant ici. Avec pas moins de 4 titres produits par ScvtterBrvin, patron du Klan sus-mentionné, ce 777 premier du nom s’avère plus cohérent, culminant sur les atmosphères baroques et feutrées d’Onyx Aura et du fabuleux Cold Current aux subtils accents rétrofuturistes, un diptyque dense et onirique où brille avant tout le talent de lyriciste et la ferveur de Pruven. Quant au quadra rondelet de Cannibal Ox, avec sa coolitude carnassière et son timbre éraillé reconnaissable entre mille, il traîne sa morgue surréaliste aux métaphores bibliques sur les cascades de blips stellaires du mélancolique Kilowatt, habite avec une sensualité ironique le premier couplet d’It Is Because (dont le sample de Syl Johnson évoque forcément ce classique) et surfe avec décontraction sur les distos chillesques du final électro Ape Opera qui n’est pas sans rappeler les étranges rêveries downtempo de Boards of Canada."

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(Rabbit)



3. REiNDEER667 - 667SHXT : COASTAL PACiFiC

"Étrange hommage au rap west coast, de son courant le plus lascif, le G-funk popularisé par Dr. Dre et sa cohorte de suiveurs au tournant des 90s, aux expérimentations soulful et psychotropes de Madlib et J Dilla (667answers) en passant par le gangsta rap, 667SHXT : COASTAL PACiFiC déjoue les sonorités parfois racoleuses et débauchées du premier (YOUknowHOW667DOit) avec une bonne dose d’amour fraternel, d’appel à la tolérance et aux changements positifs (le syncopé WHENiGETto667 que Reindeer dédie à sa mère récemment décédée) ou leur associe un esprit vénère et engagé (le déglingué The667ANTHEM adressé aux imposteurs de tous bords, petit clin d’œil au toupet de Trump inclus) et des productions plus organiques et inquiétantes (667bottleROCKETS over F.E.M.A.camp L.A. ou le gothique THROWyour667iNtheAiR en intro), marquées entre autres par le collectif Soul Assassins de DJ Muggs (l’explicite 667soulASSASSiNS au piano délicieusement insidieux), jusqu’à un final à la limite de l’horrorcore (DOWNforWHATEVER’s667)."

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(Rabbit)



4. Stuntman/Art of Burning Water – Split

Pas la peine d’en dire long pour ce représentant très court du noise hardcore français. C’est du très lourd. Stuntman développe sur une face son post-metal mâtiné de grind avec un morceau à la structure alambiquée, aux ruptures rythmiques successives, pour nous faire découvrir en moins de 5 minutes toutes les possibilités que lui offre son talent, en attendant le prochain long format. Pour Art of Burning Water, ça commence par un metal un brin stoner pour filer très vite vers du hardcore chaotique à la Converge et se terminer sur un grind expéditif (moins de 40 secondes !) qui donne juste envie de remettre l’autre face, pour tout réécouter ! On peut faire une pause avec le EP de Converge, pour souffler…

(Le Crapaud)




Une réédition



Genghis Khan - Her Absence Is My AntiChrist (Atypeek Music)

Il avait disparu des internets et pour cause, le troisième opus du Carolinien Genghis Khan ressortait le 29 juin chez Atypeek Music. Après l’avoir découvert via notre compil IRMxTP Part XI à laquelle Eric Sigerseth avait offert le délicieusement lugubre Murder Matrimony, le label tête chercheuse que le monde entier nous envie s’est en effet emballé pour la discographie de ce rappeur et producteur ricain à l’univers aussi ténébreux que mélangeur, et en particulier pour son petit dernier Her Absence Is My AntiChrist dont nous vantions 2016, à sa première sortie autoproduite, "le minimalisme urbain des bas-fonds, cinématographique, oppressant, angoissant voire carrément horrifique en vidéo, du genre qui vous prend aux tripes et ne vous lâche plus, un peu comme ce malaise qui vous étreint lorsque vos certitudes les plus vertueuses vous trahissent pour laisser place au ressentiment, à la dépression voire à la haine, de l’Autre d’abord, puis de soi." Des blessures et des maux qui peuvent mener au nihilisme le plus macabre comme à l’humanisme le plus improbable, là est le déchirement de l’univers de Genghis Khan, qui rend Her Absence Is My AntiChrist presque touchant par-delà sa noirceur radicale. Et partir en flammes avec un monde dont la grâce décline face à la violence ou s’accrocher à ces instants de beauté qui n’attendent que de rendre l’âme, c’est justement toute la question de ce Hellbound or Heavensent au clip plein d’obscénité, de sang et de luxure, mais aussi d’espoirs éphémères.

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(Rabbit)


IRMxTP



Et bien sûr, le 3 juin dernier, après deux ans d’efforts, notre compil hommage à Twin Peaks prenait fin via un ultime volet élégiaque dédié à Laura Palmer, le plus beau des 16 pour certains. A vous de vous faire votre propre idée sur la question, tout étant désormais disponible en libre téléchargement :




Les bonus des rédacteurs




- Vitor Joaquim - Impermanence

"Le Portugais Vitor Joaquim donne enfin suite à proprement parler au superbe Geography de 2016 avec Impermanence, album solo où l’abstraction pulsée des textures microsoniques chères à l’ex tête de gondole du label ukrainien Kvitnu (cf. le chef-d’œuvre Filament), faites de glitchs et autres zébrures électro-acoustiques parfois tempétueuses (Suffering and Detachment), embrasse le lyrisme d’un drone ascensionnel en constante mutation (Gratitude and Contentment) dont les différents titres s’imbriquent et naissent les uns des autres comme les mouvements nébuleux d’une suite aux contours flous, incarnation de cette extase qui nous glisse entre les doigts de par notre inhabilité à vivre dans l’instant. Dans un monde de plus en plus impermanent, le vieillissement aidant, Vitor Joaquim laisse entrevoir - via les affleurements du violoncelle d’Ulrich Mitzlaff samplé sur Here and Now, la nostalgie des textures cristallines de Stillness ou la voix tristounette d’Arvo Pärt hachée menue en interview sur le final Here is Where is All the Happiness That You Can Find - une mélancolie remplaçant peu à peu le bonheur insaisissable d’un présent déchiré entre souvenirs chéris et attentes jamais pleinement satisfaites."

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(Rabbit)

- Echo Ladies - Pink Noise

Sur la foi d’Apart, un bien beau single alliant la froideur coldwave des rythmes synthétiques basiques, avec sa basse bien présente, sa guitare aigrelette, ses nappes de synthé et son obligatoire voix étherée, poussant le mimétisme avec les Cocteau Twins jusqu’à avoir le même line-up basse/guitare/chant avec une boîte à rythmes primitive en accompagnement, on a été très fortement surpris en écoutant le premier album de ce combo suédois en découvrant, dès l’intro instrumentale et noisy-pop en diable, enchaînant sur le premier morceau Almost Happy en appelant autant à la coldwave des années 80 qu’à la froideur rigoriste de Jessica93 par chez nous, un disque court et intense qui n’a rien d’une redite ou d’un revival ’90s, mais représente bel et bien une synthèse réussie entre coldwave et shoegaze, sorte d’album que 4AD auraient gardé en secret depuis 1986 pour nous l’offrir aujourd’hui, mais avec un son plus propre et moins squelettique. Une belle réussite.



(Lloyd_cf)

- Nicholas Merz - The Limits of Men

"D’emblée, les six minutes et quelque de Generation délimitent le territoire : des percussions chiches, des claviers discrets, une guitare complètement sèche et une voix de baryton à l’air systématiquement vertical. C’est tranquille, tout simple et c’est empreint d’une grande mélancolie qui fait mouche immédiatement. Les suivants ne s’arrangent pas et gardent intacte la tristesse qui inonde le disque. Pourtant, rien de tire-larmes ou de trop suggéré là-dedans, simplement des émotions qui affleurent dans toute leur simplicité mais aussi toute leur force et colonisent les neurones. [...] On n’en dira pas plus puisque dans le cas présent, une simple écoute vaudra toujours mieux qu’un long discours. Quoi qu’il en soit, voilà le disque idéal pour vider ses larmes dans un grand verre de bière et se sentir presque bien malgré tout."

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(leoluce)


La playlist IRM des albums et EPs de juin



Du son pour l’été, n’en demandez pas plus, le meilleur du mois de juin par l’équipe IRM est aussi sur Playmoss avec une sélection de 20 titres à emporter partout où la 4G assure le cachou :




Les tops 5 des rédacteurs



- leoluce :

1. Nicholas Merz - The Limits of Men
2. John Parish - Bird Dog Dante
3. Uniform & The Body - Mental Wounds Not Healing
4. REiNDEER667 - SiNALOA GUNSHiP WARLORDiSM
5. Self Defense Family - Have You Considered Punk Music

- Lloyd_cf :

1. Get Well Soon - The Horror
2. Echo Ladies - Pink Noise
3. E=END - Catch Kaïros You Impostor
4. Mourn - Sorpresa Familia
5. East Brunswick All-Girls Choir - Teddywaddy

- Rabbit :

1. Tangents - New Bodies
2. Tenshun & Bonzo - Odious
3. Vitor Joaquim - Impermanence
4. REiNDEER667 - SiNALOA GUNSHiP WARLORDiSM
5. Shanna Sordahl - Radiate Don’t Fear The Quietus

- Riton :

1. Tangents - New Bodies
2. Uniform & The Body - Mental Wounds Not Healing
3. Tenshun & Bonzo - Odious
4. REiNDEER667 - SiNALOA GUNSHiP WARLORDiSM
5. Ontervjabbit - Torture Garden

- Le Crapaud :

1. Tangents - New Bodies
2. Nicholas Merz - The Limits of Men
3. Joan Of Arc - 1984
4. The Saxophones - Songs of The Saxophones
5. Leonis - Europa


Articles - 17.07.2018 par La rédaction
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