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Rabbit’s 66 favourite records of 2016 - part 2/3 | Indie Rock Mag

Rabbit’s 66 favourite records of 2016 - part 2/3

Aux prises avec la procrastination, j’aurai mis le temps pour accoucher de ce second tiers de bilan, le plus varié des trois, avec du culte, de l’obscur et même un peu de connu (mais tout est relatif), des labels réputés, des petites structures maison et de l’autoproduction, de l’indie pop/rock, du hip-hop, de l’électro/abstract, du modern classical/ambient, du metal, des post-machins plus ou moins bruyants ou insidieux, de l’immédiat et de l’ardu/exigeant pour masochistes du bon son, de l’expérimentation qui émeut autant qu’elle stimule, et puis des découvertes que vous ne ferez pas ailleurs qu’à IRM mais qui sont pourtant là pour l’unique raison d’avoir surclassé tout le reste, en 2016, à mon avis, pas toujours partagé par l’ensemble de la rédaction et c’est tant mieux.

Pas facile de se replonger dans tous ces albums d’un seul coup, l’humeur jouant évidemment beaucoup dans ces classements mouvants qui ne servent à rien d’autre qu’à donner des pistes d’écoute aux plus curieux - et dieu sait qu’entre groove alambiqué, épopées feutrées, mélancolie plombée, bruitisme halluciné et à peu près toutes les combinaisons possibles de ces laconiques descriptions, les humeurs nécessaires pour apprécier les albums en question s’avèrent plutôt antagoniques, jusqu’à l’envie de se faire peur parfois. Mais même si vous n’en appréciez qu’une poignée sur le moment, gardez les autres de côté, ils pourraient bien vous parler davantage dans un mois, un an ou cinq ou dix qui sait. Quant à la première partie, si vous l’aviez loupée, c’est là.


44. Chris Weeks - Haverfordia [Odd John Records]

Entre l’ambient bucolique teintée de piano désuet du romantique Iris & Norman, les chapes de radiations cosmiques moins troublantes qu’à l’accoutumée mais toujours aussi imposantes dIn the Light of Two Suns et les méditations matinales de cet Haverfordia, mon cœur a longuement balancé, d’autant moins facile qu’après avoir signé trois fois d’affilée mon album de l’année entre 2012 et 2014 l’Anglais allait se retrouver un peu plus loin cette fois (mais, cela va de soi, sans démériter). Finalement ce dernier l’emporte pour sa capacité à mêler dimension naturaliste (le son des cours d’eau et des oiseaux aidant) et sensation de recueillement presque sacré (et néanmoins un peu hanté, cf. The Night Owls - j’en connais un qui pensait déjà à Twin Peaks et a eu l’occasion d’y repenser depuis) dans cette aube villageoise du Pays de Galles où Chris Weeks a élu domicile, une parfaite bande originale si vous rêvez d’abandonner un temps la civilisation pour mieux vous retrouver.




43. Monolake - VLSI [Imbalance Computer Music]

Même sans pouvoir profiter de l’expérience augmentée de ses shows visuels mutants, ballets visionnaires de projections laser 3D évoluant en temps réel et auxquelles Robert Henke associe ses compositions diffusées en surround (un concept développé à l’origine pour la Fête des Lumières 2015 mais malheureusement annulé à l’époque suite aux attaques terroristes à Paris), le successeur de Ghosts, à moitié basé sur des versions améliorées de titres des EPs précédents, s’impose comme l’un des tout meilleurs opus de Monolake, extirpant des possibilités limitées d’un matériel analogique vintage des sonorités hantées propre à transcender cet hommage au futurisme breakbeat/techno/IDM des origines, que le Berlinois laisse également s’épanouir sur quelques plages (dark) ambient organiques et mouvantes (d’Inwards à Glypnir en passant par Error).




42. Francesco Giannico & Giulio Aldinucci - Agoraphonia [Dronarivm]

Après l’intrigant, prismatique et pullulant Mutus Liber qui l’opposait sur deux faces de cassette à sa compatriote Moon Ra aka MonoLogue, et avant Goccia qui renouait avec la fascinante instabilité acousmatique du superbe Tarsia, Giulio Aldinucci s’associait l’été dernier à un autre Italien passionné comme lui par les abstractions naturalistes, Francesco Giannico, patron du label électro-acoustique Oak Editions. Le résultat, basé sur des heures de field recordings de sons naturels enregistrés dans des squares tout autour du monde sur appel à contributions, est une imposante symphonie de radiations drone, de percussions trouvées, de bruit blanc pulsé et d’humanité, une ode au pouvoir de communion des sens que permettent les rassemblements, aussi distants fussent-ils émotionnellement.




41. Swans - The Glowing Man [Young God Records]

Il fallait se le fader ce double album certes, mais pour moi, plus qu’avec To Be Kind à la dynamique un poil trop linéaire en dépit de sa belle intensité, c’est bien avec ce Glowing Man aux crescendos tantôt épiques et incandescents (le rouleau-compresseur éponyme), tantôt incantatoires et hypnotiques (Cloud Of Unknowing) voire tout ça à la fois (The World Looks Red / The World Looks Black et surtout l’immense Frankie M) que Michael Gira et sa bande parviennent à renouer avec les sommets de The Seer, en partie grâce à la respiration mélancolique que constitue People Like Us à mi-chemin de cette quête de spiritualité et de paix intérieure semée de doutes, de culpabilité et de regrets.




40. Dr. Conspiracy - Nuclear Mysticism [Psych Army]

Grosse découverte estampillée Spoutnik que ce recueil d’instrus psyché par le beatmaker des non moins recommandables The Difference Machine (The 4th Side of the Eternal Triangle paru l’été dernier sur le même label Psych Army n’était pas loin de mon classement). A la croisée des Jel et Sixtoo de la grande époque d’Anticon pour cette dimension lo-fi atmosphérique et percutante à la fois dont la virtuosité n’éclipse jamais les ambiances enténébrées, et le DJ Shadow dEndtroducing pour ces allures d’épopée du subconscient aux surgissements rythmiques alambiqués et pourtant évidents, Nuclear Mysticism impose d’emblée un producteur à suivre de très près dans le paysage abstract hip-hop en plein renaissance des années 2010.




39. Wrekmeister Harmonies - Light Falls [Thrill Jockey]

Chaque nouvel opus du projet de J.R. Robinson est comme le nouveau chapitre d’une filmographie dont on attend, tout d’abord, que le casting soit révélé. Avec des habitués tels que la pianiste Esther Shaw, le folkeux Ryley Walker ou encore Cooper Crain de Bitchin Bajas, la surprise de ce line-up resserré était assurément la présence des GY !BE Thierry Amar, Sophie Trudeau et Tim Herzog (dernière recrue des Montréalais aux fûts sur Asunder, Sweet And Other Distress), et la musique s’en ressent, Light Falls étant assurément le plus épuré, et accessoirement le moins doomesque des albums de Wrekmeister Harmonies. Grosse section rythmique sur les morceaux les plus post-rock et tourbillons de vapeurs élégiaques sur les passages les plus atmosphériques, l’album est comme toujours une ode à la rédemption et si Amar et Trudeau pouvaient refaire de leur Silver Mt. Zion en chute libre le même véhicule de fébrilité électrique et de spleen violoneux, j’en serais le premier ravi.




38. Monsieur Saï - L’Histoire des Hommes [Milled Pavement]

Avec son artwork façon Guernica primal et abstrait signé Vassily Dix, L’Histoire des Hommes annonce la couleur : du noir et blanc mais surtout du noir en fait, pour cette fresque à la faucille, au marteau et au chalumeau de 3 millions d’années d’histoire de l’auto-parasite le plus con de la planète, tout ça en 30 minutes. Plus qu’une (re)lecture à l’humour acerbe où la foi en l’humain se fait rare, c’est à une réflexion goguenarde et désespérée que se livre le rappeur et producteur manceau, retraçant l’origine de tous les intégrismes à notre immuable nature craintive, crédule, cupide et par conséquent forcément cruelle. A coups de références ironiques à la Genèse, de punchlines anachroniques, d’octosyllabes sarcastiques et de storytelling elliptique, Monsieur Saï souligne les constantes, les motivations communes à tout ce que l’Homme à travers les Âges a commis de plus infamant, et à la mention de ces inventions d’apparence anodine qui donnent aujourd’hui l’impression de s’être tiré une balle dans le pied, de la matraque aux banques en passant par la religion, on ne peut s’empêcher de frissonner entre deux éclats de rire jaune, bien aidé par les mouvements successifs d’une mise en musique majoritairement sombre, saturée, dissonante, martiale, arabisante, évoquant à elle seule génocide et guerres saintes (et comme si ça suffisait pas il a fallu qu’il nous sample à mi-chemin le morceau le plus triste de la terre, l’air de rien).




37. Ben Lukas Boysen - Spells [Erased Tapes]

"Si ce Spells n’a rien de l’abysse texturé de Night Falls et Mare Nostrum ou de la cosmogonie entropique des premiers travaux IDM de l’Allemand, son ardeur limpide et désarmante n’a rien à envier à celle du génial Hidden Orchestra (en témoigne entre autres la batterie downtempo bien balancée de Nocturne 3), un maître de l’expérimentation discrète au service de l’émotion et de l’élan lyrique dont Ben Lukas Boysen égale ici l’équilibre parfait entre épure des compositions, densité de production et lisibilité, devenant au classical ambient ce que l’Anglais est au jazz et au trip-hop : un formidablement passeur entre modernité et tradition, exigence et accessibilité."

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36. Genghis Khan - Her Absence Is My AntiChrist [Autoproduction]

A ne pas confondre avec l’auteur de mon 2e EP favori de l’année, ce Genghis Khan là nous vient non pas de San Diego mais de Caroline du Nord. Deux Genghis Khan géniaux dans un même cru hip-hop vous y croyez vous ? Eh bien il faut. Rappeur et producteur (ici en tant que moitié du duo The Gemini Lounge), il nous sert un troisième opus en 8 ans qui donne dans le minimalisme urbain des bas-fonds, cinématographique, oppressant, angoissant voire carrément horrifique en vidéo, du genre qui vous prend aux tripes et ne vous lâche plus, un peu comme ce malaise qui vous étreint lorsque vos certitudes les plus vertueuses vous trahissent pour laisser place au ressentiment, à la dépression voire à la haine, de l’Autre d’abord, puis de soi. Cette crasse de l’âme post-rupture, l’Américain l’embrasse, de méditations sur les abîmes de la nature humaine - tirées du noir profond par un halo de voix féminine forcément plus spectral que salvateur (le bien-nommé Human Nature) - en ruminations rampantes comme un bon vieux Tricky malaisant des 90s (Larva) en passant par des clins d’œil au sadique du ciné nippon Takashi Miike (bourrasques abrasives façon Dälek à l’appui) ou au trip-hop ténébreux des Sneaker Pimps (Maybe There’s Hope Afterall). Et de son flow ou des beats boom-bap qui claquent et résonnent sur les os comme un tabassage à coups de batte au fond d’une ruelle sombre, on ne saurait dire ce qui fait le plus de dégâts sur les denses et impitoyables Hard Boiled et Hellbound or Heavensent.




35. Vortex - Moloch [Cyclic Law]

Tout les ans il y a au moins un album dark ambient qui me hante et auquel je reviens de temps en temps pour exorciser les angoisses du moment, ce coup-ci il est signé Vortex, projet de l’Allemand Marcus Stiglegger dont les atmosphères à couper au couteau, marquées par son background dans le cinéma, alternent rituels dans des métropoles en lambeaux sur lesquelles le soleil ne se lèvent jamais, reverbs hallucinées, et mugissements saturés des guitares et autres chapes sonores dont l’écho se perd dans ce paysage de désolation. Même les quelques arpèges de clavier cristallin qui percent le brouillard épais de Skyline s’avèrent plus inquiétants encore que les riffs doomesques qui leur font suite, et lorsque résonnent les crissements métalliques de Dreams In The Witchhouse, on n’a plus qu’une envie, ouvrir toutes les fenêtres et prendre une bonne goulée d’air frais avant d’aller se recroqueviller dans un coin du salon.




- Bonus : Adrian Younge & Ali Shaheed Muhammad - Luke Cage OST [Mondo]

Peut-être pas la meilleure des séries Netflix pessimistes et psychologiques qui surnagent sans mal dans un flot d’adaptations Marvel pour le moins inégales, mais assurément ce que le Morricone de la néo-soul Adrian Younge a fait de meilleur à ce jour, parfaite BO blaxploitation vintage qui à l’image de la série - avec sa vision actuelle, ambivalente et politique de l’héritage afro-américain - ne se complaît pas dans l’hommage pour proposer quelque chose d’intemporel et d’une classe naturelle assez incroyable - d’un thème épique à guitares menaçantes de western urbain jusqu’aux ambiances goth voire horrifiques des scènes de confrontation où les percussions se mêlent aux touches électro et psyché (n’oublions pas qu’Adrian Younge en 2016, c’était aussi ça), en passant par un Always Forward Pops sombrement romantique comme du Bernard Herrmann, le poignant Luke’s Freedom aux chœurs feutrés ou le déjà fameux Bulletproof Love qui voit le Californien s’approprier le flow de Method Man toute harpe dehors après deux beaux albums pour son frère de Clan Ghostface Killah. Avec ses guitares wah-wah, basses rondes, harmonies vocales féminines susurrées dans la moiteur de Harlem, drums rebondissant sur l’asphalte en y laissant des trous béants comme les balles dans le hoodie de Carl Lucas, le résultat évoque autant Lalo Schifrin, David Axelrod ou les quelques BOs d’Isaac Hayes que le Maestro italien sus-nommé, et doit également beaucoup au producteur historique de A Tribe Called Quest, Ali Shaheed Muhammad, qui profite de sa contribution pour glisser un touchant Requiem for Phife presque ambient à l’adresse de son regretté compère Phife Dawg, décédé en mars dernier.




34. Matt Christensen - Honeymoons [Miasmah]

Grand cru 2016 tant quantitativement que qualitativement pour le leader de Zelienople et pour être honnête je m’en voudrais presque de laisser sa sortie solo la plus diffusée de l’année (tout est relatif ceci dit, comme je le disais plus haut) éclipser d’autres bijoux du même acabit mais restés dans l’anonymat de l’autoproduction, les Adult Books, There Was a Line ou October qui auraient tout aussi bien pu prétendre à une place dans ce bilan. Il faut pourtant bien avouer que cette sortie pour Miasmah, en plus d’ouvrir le fabuleux label dark ambient norvégien à des horizons plus aériens, possède le charme ajouté de ces pulsations presque cardiaques dont le Chicagoan saupoudre avec parcimonie ses méditations en clair-obscur pour reverbs de guitares, nappes liturgiques et vocalises évanescentes, un sommet d’épure et la déconstruction mais aussi de spleen et de romantisme que n’auraient pas renié David Sylvian ou Mark Hollis.




33. Owen - The King Of Whys [Polyvinyl]

Je vous disais déjà ici tout le bien que m’avait fait A Burning Soul, sommet de lyrisme et de délicatesse mêlés de ce 9e opus du projet solo de Mike Kinsella (American Football, Cap’n Jazz, Joan Of Arc). Sans être tout à fait à l’avenant du côté de l’instantanéité mélodique, le reste de ce King of Whys ne démérite pas, avec le genre d’intensité à combustion lente que l’on attend de la part du Chicagoan, à la croisée du slowcore (Empty Bottle, Sleep is a Myth) et de l’americana (Salwater, Lost) avec quelques emballements rythmiques bienvenus sur Settled Down ou Lovers Come and Go, l’album dévoilant au gré des écoutes des trésors d’arrangements et d’harmonies sans pour autant déjouer la désarmante sincérité que dégagent en toute simplicité apparente les superbes Tourniquet ou An Island.




32. Saroos - Tardis [Alien Transistor]

Toujours aussi enivrante, l’électro du trio allemand possède un souffle organique assez unique, qu’il œuvre ici dans la néo-kosmische musik (La Déesse, Sleepy White), l’électronica syncopée (Weather’s Cave, Lucky Bag), l’ambient glitchy (Tardis) ou un downtempo onirique marqué tantôt par le son de Bristol (Seance), tantôt par les grandes heures de Ninja Tune (le baroque Orange Book) ou même de la French Touch (un Clotho presque lounge mais mutant et mouvant à souhait). Quant à Lanterns, il rappelle que les Berlinois n’ont jamais en dix ans fait d’infidélité au label Alien Transistor des Notwist et Lali Puna, forcément ça laisse des traces - d’autant que Max Punktezahl et Christoph Brandner (associés ici à Florian Zimmer de Driftmachine) font partie de ces groupes respectifs.




31. The Heliocentrics - From The Deep [Now-Again Records]

La bande à Jake Ferguson (basse, claviers, électronique...) et Malcolm Catto (batterie, claviers, électronique...) fait oublier sa collaboration en demi-teinte avec Melvin van Peebles en revenant à ses premières amours instrumentales. Dans la lignée des chefs-d’oeuvre que sont Out There et 13 Degrees Of Reality, les Anglais également croisés au côté des jazzeux ethniques Mulatu Astatke et Lloyd Miller (ou plus récemment de The Gaslamp Killer) donnent donc à nouveau dans la psych-funk cosmique (Discovery), l’abstract-jazz onirique (The Five Thing) et autres divagations opiacées plus ou moins libertaires ou groovesques à mi-chemin de Sun Ra (Looking Back) et David Axelrod (le baroque Into The Vortex) avec les petites touches ethio-jazz (The Pit), noisy et hip-hip qui vont bien, et toujours ces grands moments de tension dramaturgique toutes cordes en avant (Night And Day) que l’on adorait sur les précédents. La classe absolue en somme.




30. People’s Palms - Habitatual [Hush Hush Records]

"A l’image de sa cover paysagère dont l’impressionnisme pastel passerait de loin pour une photo, la musique de People’s Palms est à la fois atmosphérique et détaillée, luxuriante et aérée, évocatrice et abstraite, présentant en particulier les qualités hypnagogiques d’un rêve éveillé, un mirage qui passerait la réalité au filtre d’un état de conscience suspendu. Marqué par la nature et les péripéties du musicien qui lui ont donné l’occasion ces trois dernières années d’échantillonner les field recordings constituant la trame sonore de ce voyage imaginaire - chants ethniques sur Tropical Floor, gazouillis d’oiseaux sur Humanized ou encore bruit de l’eau durant la mousson (Wet Season) -, Habitatual convoque ainsi les travaux ambient exotiques d’un Mike Cooper mais également, le vibraphone aidant, les méditations hypnotiques de Tortoise période Millions Now Living.../TNT."

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29. The Body & Full Of Hell - One Day You Will Ache Like I Ache [Neurot Recordings]

No One Deserves Happiness et sa typique mixture de violence martiale, de textures liquéfiées et de chant éthéré n’était pas loin, mais c’est en compagnie des harcoreux également bien mélangeurs de Full Of Hell que le duo de Portland m’a le plus impressionné l’an dernier, entre déferlantes grind, doom grésillant et noise des enfers avec en prime une reprise évidemment méconnaissable et complètement masochiste du Butcher de feu Leonard Cohen et plus sporadiquement que sur l’album sus-mentionné - mais ça fait plaisir tout de même, cf. l’impressionnant Fleshworks entre liturgie post-industrielle et cavalcade tribale - les interventions vocales élégiaques de Chrissy Wolpert (Assembly Of Light Choir) dont le timbre à la Joan Baez transcendait tout particulièrement le metal protéiforme et tourmenté de Lee Buford et Chip King sur le génial Christs, Redeemers il y a plus de trois ans déjà.




28. Undicii - Ore [Your Master’s Voice]

"Undicii, 11 en italien. Onze comme dans le titre 11h11 qui s’étire sur 22 minutes et 22 secondes très exactement, jeu de miroir quOre amène au-delà du simple concept pour en faire le moteur de compos à tiroirs aux confins de l’ambient, du jazz, du krautrock et de l’abstract hip-hop. Nostalgique et jazzy dans sa première moitié dont les incursions groovesques ou planantes allant de la blaxploitation à la kosmische musik font l’effet d’un flot de souvenirs ininterrompu aux contours rendus vaporeux par l’érosion du temps, l’album fait ensuite la part belle aux pulsations synthétiques et autres distos fantasmagoriques sur sa seconde face 22h22, ode tour à tour inquiète, anxieuse et apaisée aux infinies possibilités d’un futur nourri aux rêveries cinématographiques des années 80."

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27. Eluvium - False Readings On [Temporary Residence Ltd.]

Après 13 ans de carrière dans une ambient tour à tour orientée vers le drone, le piano solo, l’électronica ou même la pop atmosphérique, Matthew Cooper sort tout simplement son plus bel album, merveille mélancolique et non moins chaleureuse qui doit autant à l’opéra qu’aux rêveries twin-peaksiennes d’Angelo Badalamenti (Strangeworks, Regenerative Being, Beyond The Moon For Someone In Reverse), entre deux tsunamis de textures blanches au lyrisme instrumental sous-jacent (l’impressionnant Washer Logistics, ou encore le final de l’immense Posturing Through Metaphysical Collapse aux 17 minutes enveloppantes autant que saisissantes dans l’infini des cieux).




26. Colin Stetson - Sorrow : A Reimagining Of Gorecki’s 3rd Symphony [52Hz]

Il fallait oser repasser sur le chef-d’œuvre du compositeur polonais (qui nous avait quittés il y a six ans), symphonie à la croisée des chemins - opéra, musique médiévale, minimalisme, folklore balkanique, musique sacrée - et inspiré par la Shoah. 25 ans après, le saxophoniste américain parvient pourtant à rendre cet hommage essentiel, transformant la mélodie désespérée du premier mouvement en crescendo presque post-rock, avec sa clarinette contrebasse en fil tourmenté sous les déluges de guitares et les fidèles orchestrations crève-cœur des cordes de Sarah Neufeld (qu’il avait déjà croisée sur le beau Never Were The Way She Was l’année précédente), Gyða Valtýsdóttir (ex múm) et Rebecca Foon (Esmerine, Set Fire To Flames). Plus opératique mais tout aussi poignante, la suite avec sa sœur mezzo-soprano Megan Stetson au premier plan ne démérite pas, à la fois sombre et pleine d’espoir.




25. Hash Blade - Bluebeard [Autoproduction]

"Un break repas chinois pourvu par un livreur à barbe bleue (d’où le titre) est la seule pause que se sont accordée Acre et Parlay Droner durant les 5 heures d’enregistrement qu’a nécessité ce Bluebeard, lequel a toutes les qualités harsh, méditatives, opiacées des précédents opus d’Hash Blade en plus rythmique (jusqu’au drumming en roue libre du très free et analogiquement glitché Wasabi Moon Jazz), plus rentre-dedans, plus tendu et menaçant, plus flippant aussi sur les deux morceaux-fleuves que sont l’orageux Bluebeard’s Meditation ou le cliquetant et ténébreux Boi He Bout To Blue It, les cauchemars chamaniques des deux Bluebeard’s Theme, près de 25 minutes bout à bout, évoquant pour leur part le genre de monstruosité qu’aurait pu engendrer The Third Eye Foundation avec Odd Nosdam aux consoles."

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24. Ed Scissor + Lamplighter - Tell Them It’s Winter [High Focus]

Meilleure sortie l’an passé du label anglais High Focus qui devrait s’imposer bientôt comme la référence absolue du hip-hop anglais des années 2010 (entre The Four Owls, Onoe Caponoe, Strange U et tout récemment Ocean Wisdom dont Spoutnik nous touche un mot ici, il y a du beau monde au bataillon), Tell Them It’s Winter c’est l’accord parfait entre le spleen hivernal, parfois japonisant, des instrus épurées à haute teneur acoustique (piano, cordes, vents et même guitare folk sur le fleuve Detours) d’un Lamplighter qui pourrait sortir tout droit de l’écurie Decorative Stamp, et du spoken word méditatif, affligé mais jamais plombé d’Ed Scissor aka Edward Scissortongue. Le génial Light Round Here, écrit dans le Jardin du Luxembourg, aurait dû finir dans mon top chansons avec ses faux-airs de Christ. ou Boards of Canada, oubli impardonnable mais tant pis, ça arrive.




23. Lifecutter - Safe Place [Kamizdat]

Le Slovène Domen Učakar (Neon Spektra) s’éloigne du chaos techno-indus bruyamment pulsé de Siclar pour se fabriquer un cocon mental à l’abri des ténèbres du monde extérieur comme de ses propres démons. Aux portes de Safe Place bien sûr, la menace gronde, sous forme de nappes fuligineuses, de monstrueux grouillements et de machines aux beats rampants mais nos tympans sortent cette fois de l’expérience miraculeusement intacts - ce qui surprendra à n’en pas douter plus d’un admirateur d’Ontervjabbit, duo harsh noise qu’il forme avec Neven M. Agalma et que l’on devrait retrouver cette année avec le successeur du radical et phénoménal 414 d’il y a 3 ans.




Suite et fin le week-end prochain...