Tir groupé : ils sont passés sur nos platines (26/8 - 1/9/2019)

Chaque dimanche, une sélection d’albums récents écoutés dans la semaine par un ou plusieurs membres de l’équipe, avec du son et quelques impressions à chaud. Car si l’on a jamais assez de temps ou de motivation pour chroniquer à proprement parler toutes les sorties qu’on ingurgite quotidiennement, nombre d’entre elles n’en méritent pas moins un avis succinct ou une petite mise en avant.





- Ride - This Is Not A Safe Place (16/08/2019 - Wichita Recordings)

Elnorton : Bancal, Weather Diaries constituait un retour mi-figue mi-raisin pour Ride. Deux ans plus tard, This Is Not A Safe Place vient accentuer les traits de son prédécesseur. Encore plus inégal, ce disque est globalement décevant, alternant auto-caricature et excès de manières à la limite du mauvais goût. Des morceaux remplis de promesses à leur entame comme Jump Jet ou Future Love sont ainsi gâchés par une voix trop langoureuse, si bien que le spectre de U2 finit par apparaître.
Toutefois, une paire de titres suffit à justifier la sortie de ce disque. L’introductif R.I.D.E. et ses boucles hypnotiques noyées dans une batterie rugueuse et quelques incantations vocales malicieuses - on a déjà hâte de voir ce que rendra ce morceau en live - ainsi que le dynamique Kill Switch ne se contentent pas de rappeler les plus belles heures de Ride ; ils actualisent un shoegaze à la fois rêche et rêveur. Au final, il sera plus tentant de revenir vers ces deux titres (ainsi que, en étant généreux, un Fifteen Minutes évoquant parfois les Smashing Pumpkins) que vers l’ensemble d’un Weather Diaries qui était pourtant, globalement, d’une meilleure tenue.

Rabbit : De Weather Diaries, j’avais vraiment aimé Rocket Silver Symphony - morceau qui en faisant pourtant beaucoup mais avec un élan et une générosité assez irrésistibles - mais bien vite oublié le reste, passable sans être transcendant. Malheureusement, This Is Not A Safe Place confirme effectivement cette impression de retour moyennement inspiré pour les pionniers shoegaze avec des mélodies sur le fil du radiophonique, un chant trop en avant et des effets électroniques douteux (Repetition), singeant mal Sonic Youth sur Fifteen Minutes tandis que Shadows Behind the Sun vient surtout nous rappeler qu’on aimerait bien avoir quelques nouvelles des Doves. Le pire est néanmoins ailleurs, dans cette dimension inoffensive voire naïve qui rappelle finalement presque davantage la twee-pop, sans l’intemporelle candeur romantique des groupe Sarah Records (Future Love, Clouds of Saint Marie). Effectivement le sombre Kill Switch et surtout cette intro aux guitares nébuleuses sur fond de batterie martiale comme à la belle époque sortent très largement du lot, avec une mention pour la ballade Dial Up aux distos intrigantes. Toute le reste n’est pas non plus inécoutable (cf. Jump Jet ou le final In This Room) mais on espérait mieux de la bande à Mark Gardener.


- Fabio Orsi - Forma (18/08/2019 - autoproduction)

Rabbit : Basé sur une performance scénique, ce nouvel album de l’Italien au tempo croissant et aux polyrythmies de plus en plus présentes déroule sur 4 titres d’environ un quart d’heure chacun une electronica cosmique qui finit même par tirer sur l’IDM (Forma Definitiva) et sur l’ambient techno (Forma Finale) sur certains passages aux beats plus marqués. Évanescentes et oniriques, les textures du musicien faites d’arpeggiators, de synthés stellaires et de field recordings discrets évoquent un voyage métaphysique vers l’infiniment grand et ne sont pas sans rappeler l’univers de l’Allemand LPF12 pour cette électronique d’outre-espace au lyrisme épuré.


- Uniform & The Body - Everything That Dies Someday Comes Back (16/08/2019 - Sacred Bones)

Riton : Si l’album commence par des Gallows In Heaven et Not Good Enough somme toute assez classiques pour la collaboration, une salve de doom noisy martial où Ben Greenberg et Chip King s’époumonent conjointement à crever les tympans, il ne faut surtout pas se méprendre. Le corps et l’uniforme à nouveau réunis s’engouffrent dans une brèche nettement plus synthétique, où l’on sent que l’indus punk des premiers déteint rapidement sur le metal bruitiste des autres. On se surprend à hocher de la tête et battre la pulsation du pied, lors de cette leçon d’EBM malsain où l’on imaginerait bien Trent Reznor poser ses valises. C’en est presque dansant (mais une danse de soirée batcave au sous-sol d’un hôpital psychiatrique) mais ça n’oublie pas le côté sombre et parfois mélancolique. C’est encore un sans-faute !

Rabbit : En effet, cette seconde collaboration en autant d’années des deux groupes croisés à Paris cet été réveille les tourments du Nine Inch Nails de la grande époque, The Downward Spiral en tête, avec toujours les hurlements suraigus de Chip King pour en rajouter une couche dans la schizophrénie (Vacancy, All This Bleeding ou le flippant final Contempt) et des passages néanmoins surprenants, des accents trap et chœurs de purgatoire de Patron Saint of Regret aux fantasmagories dark ambient de Waiting for the End of the World en passant par le hip-hop doomesque, bourdonnant et pitché d’un Day of Atonement à l’improbable croisée de Moodie Black et de Author & Punisher.


- Segue - The Island (5/07/2019 - Silent Season)

Elnorton : En 2014, Segue signait l’excellent The Here And Now chez SEM, feu le label d’Alexandre Navarro. Entre-temps, l’ancien pensionnaire de Dronarivm avait trouvé refuge - il s’agissait plutôt d’un retour aux sources - chez Silent Season avec un Over The Mountains passé entre les mailles de nos radars à l’époque. Toujours dans la même écurie, l’artiste signe The Island, disque inspiré par le voyage effectué il y a 400 ans entre fjords et forêts par les premières communautés ayant peuplé l’ouest du Canada.
Il s’agit surtout d’une nouvelle pièce majuscule mêlant ambient, electronica et techno-dub. Du début à la fin, Jordan Sauer fait preuve d’une justesse impressionnante, parvenant à faire entrer l’auditeur dans un état quasi hypnotique sans jamais ajouter d’éléments inutiles. Les modulations des synthétiseurs et les boucles de beats sont d’une justesse folle, et l’on se demande bien comment, à l’écoute d’un titre tel que Shore Breeze, certains individus peuvent encore être réfractaires à la musique ambient. Quand talent et mesure s’accordent aussi bien, c’est évidemment à un chef-d’œuvre que l’on a à faire.

Rabbit : Aussi irrésistible que facile d’accès, ce nouvel opus du Canadien semble vouloir ériger une passerelle entre Terre et espace, primitivisme et futurisme, ambient et techno, contemplation de la nature et métaphysique des astres. Pas une surprise d’y retrouver au mastering le génial Stefan Betke aka Pole, pionnier dubtronica, tant l’influence polyrythmique et épurée de l’Allemand est perceptible sur des morceaux aussi évanescents que Mirage et Desolation Sound. Superbe.


- Tropical Fuck Storm - Braindrops (23/08/2019 - Joyful Noise)

Elnorton : Pour apprécier ce disque, il faut être d’humeur. Ou plus précisément, prêt à recevoir. Que le rayonnement interne soit positif ou non, peu importe, mais il s’agit d’être prêt à encaisser. Pourtant, Braindrops ne figure pas parmi les disques les plus ardus à appréhender de cette sélection. Finalement, ce n’est pas tant sa tendance à s’éloigner des sentiers battus que sa capacité à se renouveler sans cesse (et souvent plus que de raison) qui fait de l’écoute de ce noise-rock psychédélique (et l’on pourra ajouter bien des étiquettes au gré des morceaux et territoires défrichés) une expérience entière, parfois jouissive et tantôt éprouvante. Les Melbournais sont authentiques et, qu’ils lorgnent vers le psychédélisme le plus détraqué (Paradise) ou un rock caverneux plus retenu (Aspirin), la recette fonctionne toujours jusqu’à ce que le niveau de trop-plein, variable selon les personnes et les humeurs, soit atteint.

Rabbit : Partagé entre intérêt pour ses tendances déglinguées (presque à la Primus par moments, mais avec l’énergie sauvage d’un Menomena) et répulsion pour sa grandiloquence (que les mêmes Menomena canalisait nettement mieux à mon avis), j’avais bien aimé le temps d’une écoute A Laughing Death in Meatspace, sans y trouver le goût de revenez-y de The Drones, l’autre groupe du songwriter Gareth Liddiard et de la bassiste Fiona Kitschin. Plus d’esbroufe que d’intensité finalement sur ce disque et en dépit d’un côté bluesy assez marqué qui en fait forcément un album légèrement plus plus posé, Braindrops m’a fait le même genre d’effet : toujours ces chouettes harmonies vocales décalées de Fiona, toujours des guitares à marcher sur la tête, toujours des passages habités même si l’on aimerait parfois comme sur Aspirin y entendre chanter Tom Waits, des morceaux même franchement étranges comme ce Maria 62 au psychédélisme lynchien mais je n’en retiens finalement qu’un morceau vraiment substantiel, ce Maria 63 final touchant de vulnérabilité et de mélancolie, pas loin dans l’esprit des derniers Nick Cave.

Riton : Tout (ou presque...) me touche, un peu aveuglément dans la démarche des Australiens. En commençant par le jeu de guitare de Gareth Liddiard, toujours sur le fil, prêt à tomber ou rebondir, garni d’un son fuzzé délicieusement cradingue, et par sa voix fragile à fleur de peau. J’aime aussi ces jeux de questions et de réponses entre le leader et son acolyte de toujours Fiona Kistchin, sa basse qui ronronne. Pour finir je me régale devant ces artworks hauts en couleurs. Seule ombre au tableau, quelques passages dispensables, trop poussifs, grandiloquents, cependant bien moins nombreux que sur le déjà très bon premier album. Ici le groupe gagne en cohérence sur la longueur, et lorsqu’un passage m’ennuie, je sais que la suite n’en sera que plus intense, à l’image de Maria 62, et du final Desert Sands of Venus / Maria 63, triplette gagnante catégorie émotion. Le goût de reviens-y manquant effectivement à A Laughing Death in Meatspace se faisant déjà beaucoup plus ressentir ici, on attend la prochaine étincelle qui les feront s’élever au rang des disques de The Drones, I See Seawed en tête.


Articles - 01.09.2019 par Elnorton, RabbitInYourHeadlights, Riton
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dimanche 8 décembre 2019


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