Tir groupé : ils sont passés sur nos platines (19/8 - 25/8/2019)

Chaque dimanche, une sélection d’albums récents écoutés dans la semaine par un ou plusieurs membres de l’équipe, avec du son et quelques impressions à chaud. Car si l’on a jamais assez de temps ou de motivation pour chroniquer à proprement parler toutes les sorties qu’on ingurgite quotidiennement, nombre d’entre elles n’en méritent pas moins un avis succinct ou une petite mise en avant.





- Sven Laux - ODD (8/06/2019 - Whitelabrecs)

Rabbit : Remarqué dans nos pages par le biais du beau Paper Street défendu il y a deux ans par le label russe Dronarivm et qui faisait la part belle aux cordes post-classiques minimales et atmosphériques sur fond de textures vaporeuses raccord avec la montagne embrumée de sa pochette, Sven Laux met en avant ici un néo-classique plus saillant dont le lyrisme toujours relativement nébuleux (cf. l’atmosphère bucolique et à demi-ensommeillée du craquelant ODD IV aux cascades de piano manipulées) se pare ici et là de chœurs féminins irréels (ODD II) et s’autorise par moments de vrais élans orchestraux (ODD III, ODD VI), au risque d’en faire parfois un peu trop des deux côtés (ODD V, bien sauvé toutefois par son beatmaking renouant avec l’IDM des débuts). Un album de transition qui sait, permettra peut-être à l’Allemand d’aborder ce joli mélange des genres avec un peu plus de retenue sur une prochaine sortie ou pourquoi pas de s’y lâcher d’avantage au contraire, le défaut dODD étant justement cet entre-deux quelque peu hésitant.


- Philippe Petit - A Descent Into The Maelstrom (2/07/2019 - Opa Loka Records)

Rabbit : Usant, comme sur son excellent EP The Bedded avec Black Sifichi, ou comme l’avait fait par exemple Dr. Geo, du fameux synthé modulaire Buchla Easel conçu par Don Buchla, ancien musicien de tournée de The Grateful Dead et pionnier des instruments électroniques modernes au même titre que Robert Moog, Philippe Petit en triture les distorsions futuristes aux textures lysergiques voire même étrangement organiques sur cet album instrumental aux improvisations magnétiques et vertigineuses, évoquant quelque purgatoire pour intelligences artificielles dérangées... ou qui sait, pour nos propres consciences phagocytées par la technologie ? Un intrigant voyage à la croisée du trip acide et de la schizophrénie, tantôt ambient et déstructuré (_ _ _) ou plus tendu et menaçant (Descent).


- Lumerians - Yellowcake (single) (23/06/2019 - Fuzz Club)

Rabbit : Ça sert aussi à ça le Tir Groupé, toucher quelques mots d’un single qu’on n’aurait jamais pris la peine de chroniquer et qui mérite pourtant que l’on s’y intéresse, comme c’est le cas de ce deux-titres psyché à souhait des excellents Lumerians dont on parlait ici. Les Californiens aux allures scéniques de sorciers du futur y mêlent toujours avec autant de brio rythmiques et synthés motorik, basse électrisante et hymnes vocaux régressifs (l’hypnotique face-B C-Rock) à des guitares fuzzy et déglinguées, en particulier sur un Yellowcake plus garage qu’à l’accoutumée, mais un garage qui aurait bouffé PIL au petit déjeuner. Fameux !


- Föllakzoid - I (1/08/2019 - Sacred Bones)

Rabbit : Recomposé à partir d’un paquet de lignes de guitares, basse, synthés et voix vocodées par le producteur allemand Atom™ anciennement croisé sur le label Raster-Noton dont il n’était pas à dire vrai l’un des plus illustres représentants, ce 4e opus des Chiliens, n’a plus grand chose à voir avec le néo-kraut hyponotique et psyché de l’excellent II, si ce n’est pour ces longues progressions minimalistes qui confinent cette fois à l’abstraction d’une dub techno sombre et atmosphérique manquant cruellement de relief. Entre le beatmaking assez binaire de II (le morceau cette fois, pas l’album) et les références ouvertement trance de III, il faut attendre le tout dernier mouvement et ses textures plus magnétiques pour voir la musique du combo décoller enfin un chouia sur ce disque que nombre d’indie rockeurs loueront sans doute comme une réinvention (justifiée par le groupe sur Bandcamp par un gloubiboulga musicologue qui ne devrait pourtant tromper personne) tandis que les amateurs d’ambient et de techno n’y verront avec raison qu’une pâle resucée des cadors du genre, de Plastikman à Gas en passant par le label Stroboscopic Artefacts.

Riton : D’un côté il y a une manière somme toute, sur le papier, intéressante de composer, de l’autre l’un de mes duos préférés de l’écurie Sacred Bones. Seulement au bout il y a l’ennui, la platitude, sur une heure pile de pérégrinations synthétiques qui se veulent faussement hypnotiques. Ceci n’est pas une révolution ! Reprenez-vous messieurs-dames !


- Stumpf - s/t EP (12/09/2019 - Edelfaul Recordings)

Rabbit : Frottant à son drumming tribal et free des textures de plus en plus saturées et décrépies, l’Israélien Ilia Gorovitz est associé pour ce nouveau projet, sous l’alias Silly Knob Thurston, à un certain (ou une certaine ?) Sunra Bullock (aha) aka X.A.Cute à la basse et au sampler. Minimaliste et insidieuse, la batterie électriquement modifiée du leader de Hynom croisé en mars dernier au Sulfure Festival d’IRM crépite en mode lo-fi du côté obscur, en particulier sur un Stark dont la basse doomesque fait son petit effet pervers et malaisant. Quant au final Schwach, plus ambient et parsemé de distorsions électro gothiques aux entournures évoquant un sample de piano malmené, il rivalise de pouvoir anxiogène avec les sorties de Bonzo, cousin transatlantique du label I Had An Accident. Un premier jet parfait en somme pour la toute nouvelle écurie berlinoise lancée pour l’occasion par les deux musiciens, Edelfaul Recordings.


- Bad Breeding - Exiled (21/06/2019 - One Little Indian)

leoluce : Du début à la fin, Exiled tabasse. Douze décharges pures et chlorhydriques qui, à terme, ne laissent qu’un champ de ruines. Précisément l’état de décrépitude insulaire dénoncé par Bad Breeding dans ses paroles au cordeau mais aussi dans le texte de Jack Farrell (« Political values that are natural to despise are presented as facts of life rather than ideology », ce genre) et au travers des quelques liens internet imprimés sur la pochette-poster en noir et blanc. Punk, noise et politique, le troisième album des Anglais suit donc la voie définitive entamée par les précédents et ne fait pas de quartier. Une majorité de morceaux courts et violents débouchant, à la fin de chaque face, sur quelque chose de plus long et larvé mais tout aussi abrasif. Pas de quartier, vraiment. La basse balance son lot de bourre-pifs, la batterie fracasse, la guitare barbelée décline à peu près tout ce qu’il est possible de décliner dans le large spectre de l’agressivité et la voix invective en crachant ses glaviots acides et concernés dans tous les coins, le tout exacerbé par la production détaillée de Ben Greenberg (Uniform) : ça va vite, ça ralentit parfois mais pas souvent et quand ça le fait, c’est pour vomir un truc aussi vicieux que le reste, ça tape sur tout ce qui bouge et de temps en temps même, on identifie un saxophone (celui de Lewis Evans) pour rajouter un peu plus de freeture au chaos ambiant (Theatre Of Work ou A Rag Hung Between Two Trees plus loin). Bad Breeding en met partout et pourtant Exiled reste très carré. Ça n’est jamais approximatif ou flou, c’est même plutôt très bien rangé et ça décuple indéniablement l’implacabilité de l’ensemble. Bref, on trouve là-dedans largement de quoi répondre à l’injonction de Jack Farrell : « Keep your hate pure. »

Rabbit : Tout est dit, du punk crade, abrasif, véhément, expéditif et rentre-dedans mais pas seulement, car à l’image du martial et malsain A Rag Hung Between Two Trees, de l’interlude dark ambient qui suit ou du final noise Tortured Reality aux accents presque sludgy, il y a aussi des choses assez surprenantes de la part d’anarchos britanniques sur ce disque où la présence de Ben Greenberg (à retrouver ici même la semaine prochaine pour la nouvelle collaboration d’Uniform & The Body) ne détonne pas.


- Inspectah Deck - Chamber No. 9 (12/07/2019 - Urban Icon Records)

Rabbit : Après le baroque de comic book sombre et jouissif du dernier - et meilleur - opus de Czarface avec Ghostface Killah en invité de luxe, Inspectah Deck revient à un univers plus classiquement Wu-Tang sur ce Chamber No. 9 produit avec savoir-faire par les deux inconnus Danny Caiazzo (remarqué tout de même il y a quelques années pour ce très chouette remix d’un album de Sick Jacken et DJ Muggs) et Boo Bundy. Au programme, des samples d’obscurs films de kung-fu Shaolin (Shaolin Rebel), de la blaxploitation mâtinée de soul (Certified, Game Don’t Change), de l’opéra urbain (Chamber No. 9), un hommage grandiloquent mais réussi au regretté Ol’ Dirty Bastard (Russell Jones, le blase du chien fou du Clan à la ville) et un autre au "real hip-hop" qui forge la jeunesse loin du rap jeu et de ses biftons (Can’t Stay Away), quelques incursions ethniques (du côté de l’Inde avec Na Na Na puis de l’Éthiopie et de son jazz enfumé sur l’énorme Who Run It aux faux-airs de Tricky circa Juxtapose) et même un truc un peu lourdaud (What It Be Like), bien peu à redire en somme de la part d’un tel vétéran qui hormis Ghostface justement construit mine de rien la plus belle disco parallèle d’un MC du Wu-Tang.


- Joliette - Luz Devora (2/07/2019 - Skeletal Lightning)

Riton : En trois albums, Joliette a amalgamé toute ce que le punk-hardcore a fait de plus sombre et de plus torturé depuis une bonne trentaine d’année, du chant éraillé tantôt screamo et puissant façon Envy tantôt plaintif et emo 90’s à la Glassjaw ou bien Thursday, aux accents crust poisseux puisant dans les fanges du black metal, en passant par les assauts D-beat les plus primaires et les progressions post-rock dépressives... pour les régurgiter dans cette exquise galette inspirée mais unique, où les accents essentiellement hispanophones, mexicains pour être précis, viennent faire figure d’exotisme. C’est violent, poignant et addictif, au point que l’on rêve très vite d’être le Ruméo de cette Joliette pas bien dans sa peau, qu’il faudra attraper en vol au pied du balcon. Elle ne respire pas la joie et semble vouloir en finir... Bim ! il est trop tard ! Mexique 1 - Riton 0.

Rabbit : Un peu violents au réveil un dimanche matin les Mexicains, j’aurais dû lire Riton avant de m’y attaquer ! Enfin c’est plutôt le combo post-hardcore de Puebla qui m’a laminé pour le coup, me prenant même par surprise au détour d’un hymne à la ATDI (Las Gorras Mayúsculas) pour une descente lynchienne étrange et belle aux voix manipulées. Pas que du bourrin donc et même un brin de finesse dans la brutalité à l’image du post-metal de Strathos, sans pour autant que Joliette relâche jamais la tension jusqu’à la tempête de Señor Mora, vrai bouquet final du disque avant un Defenestra un peu longuet à mon goût.


Articles - 25.08.2019 par leoluce, RabbitInYourHeadlights, Riton
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samedi 16 novembre 2019


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