Tir groupé : ils sont passés sur nos platines (6/07 - 20/07/2020)

Régulièrement sur IRM, une sélection d’albums récents écoutés par un ou plusieurs membres de l’équipe, avec du son et quelques impressions à chaud. Car si l’on a jamais assez de temps ou de motivation pour chroniquer à proprement parler toutes les sorties qu’on ingurgite quotidiennement, nombre d’entre elles n’en méritent pas moins un avis succinct ou une petite mise en avant.



Cette semaine, Rabbit est d’astreinte à la rédaction et nous propose sa petite selecta de juillet en guise d’alternative aux tendances du moment.




- Tokee & Tapage - The Collider Circle EP (2/07/2020 - Hymen Records)

Rabbit : Ça fait plaisir de retrouver deux ex pensionnaires de feu l’écurie Tympanik Audio à l’équilibre entre leurs expérimentations actuelles et l’IDM futuriste qui fit les grandes heures du label de musique électronique chicagoan. C’est notamment le cas ici de l’épique The Mylingar dont la mélodie cristalline et les rythmes acides évoquent rien de moins que le Richard D. James de l’album du même nom, avec cette dimension atmosphérique insidieuse et inquiétante typique de l’âge d’or du label Warp, tandis que Zero Point flirte avec les mécaniques et circuits imprimés schizophréniques et angoissés d’Autechre. Les rêveries délicatement déstructurées de Dulchiton Ghost Start et son faux jumeau Dulchiton Ghost End aux arrangements solaires explorent quant à eux une facette plus ambient de cette bande-son inspirée des mythes des folklores slaves et scandinaves. Enfin, Strigoi s’attaque à une dynamique plus industrielle tout en faisant la part belle aux textures, ces fantômes dans la machine qui font écho ici aux fantômes de l’imaginaire collectif. L’un des plus beaux EPs de l’année !


- Pink Room & SEPL - Transition (5/06/2020 - Pharmafabrik)

Rabbit : À chaque fois qu’on chronique une sortie de SEPL, on s’en rajoute trois de retard sur la liste ! S’il est difficile de suivre le rythme de l’ex Amantra, certains albums s’imposent à nous pour l’une ou l’autre raison, par exemple, dans le cas de ce Transition, une publication sur le génial label slovène Pharmafabrik (PureH, Cadlag, Dodecahedragraph, Delta-Sleep-Inducing Peptide...) et le fait qu’il s’agisse d’une collaboration avec la Lyonnaise Pink Room dont on n’avait pas encore pris le temps de vous parler du beau Black Hole paru en tout début d’année, disque de drone magnétique bâti sur des structures électroniques mutantes et glitchées. Ici, la paire nous gratifie d’un crescendo reptilien de 30 minutes dont les textures irradient les synapses et viennent grouiller au fond du paléocortex, progression qui dévoile au gré de nos explorations, sous son apparent monolithe bourdonnant, des incursions oniriques voire psyché aux harmonies d’une précision diabolique. À écouter fort et au casque !


- Fontanarosa - Fontanarosa EP (29/05/2020 - Howlin Banana / S.K Records)

Rabbit : Avec son garage rock d’appartement qui sent bon les sous-sols de concert dont on se sent un peu trop privé ces temps derniers, Fontanarosa dégage une belle énergie et un sens mélodique qui fait du bien en ces temps d’hégémonie d’un post-punk froid et désincarné. Il y a en effet quelque chose de chaleureux sous les brumes lo-fi de ce premier EP qui doit finalement autant au noise rock des 90s infusé de songwriting folk façon Sebadoh qu’à la vague californienne vénère mais cool des No Age, Fidlar et consorts. In Between comme le dit si bien Paul Verwaerde, Lyonnais qui se cache plus ou moins tout seul derrière ce projet aux batteries digitales qui sonnent vraies. Gage de qualité supplémentaire s’il était besoin, Howlin Banana et S.K Records se sont associés pour défendre cette sortie, à découvrir donc !


- Some Pretend To Whisper - Let Ophelia Drown (30/04/2020 - Powdered Hearts)

Rabbit : Enregistré avec sa moitié, Stakha - ce qui donne lieu à de superbes harmonies vocales susurrées et volontiers déstructurées évoquant les collaborations d’Odd Nosdam avec Jessica Bailiff (Let Ophelia Drown, Flight home), mais surtout à quelques fantasmagories au claviers du plus bel effet (Mid-december, ou le merveilleux Alone with you) -, le premier opus de ce nouveau projet de Perkin Warbek met la barre haute d’emblée avec ses loops immersives aux rêveries hantées, à la croisée de l’ambient lo-fi, de la liturgie et du glitch. Si le pensionnaire de notre compil IRMxTP délaisse ici ses influences hip-hop (aucun beat à proprement parler sur l’album), Some Pretend To Whisper flirte avec le soundtrack imaginaire (Крутая свинка), l’hantologie néo-classique (Silly,me) voire même le rock psyché versant expérimental/kraut (Стах-я (интерлюд)) et envoûte par son onirisme organique, mystique et dépoli (Artificial apparatus).


-  V & Matij - Structures EP (6/07/2020 - Fuck Labels//Fuck Mastering)

Rabbit : Fondateurs et têtes de pont du netlabel belge ironiquement baptisé Fuck Labels//Fuck Mastering par lequel était notamment passé Aidan Baker il y a quelques années, V & Matij nous avaient déjà offert il y a quelques mois l’électronica planante et évanescente du très beau Homme Alone et viennent de remettre le couvert, entre autres sorties solo fortement conseillées. On a néanmoins choisi ce Structures pour vous parler du duo, EP aux collages polymorphes et prenants qui allient le groove de l’électronique aux fantasmagories du drone et aux lancinances du violon. Largement improvisé autour de field recordings et de samples d’émissions télé, il part d’un morceau réinventé ensuite sur les trois suivants, tantôt sur un beat plus hip-hop ou dans le dénuement de nappes craquelantes. Superbe !


- Beans - Team BreakUP (3/07/2020 - Hello.L.A.)

Rabbit : L’OVNI rap de l’année nous vient encore une fois du franc-tireur d’Antipop Consortium, qui semble avoir élu domicile chez les amis clermontois de Hello.L.A. sur un terrain fertile de folie créative et de chaos maîtrisé. Avec ses échappées électro-jazz-noise sans concession (Stevie + Nicks, Gluten Free Wildout), ses métaphores angoissées (A Bee in a Submarine) et ses courants de conscience complètement dingues (du strident Witness 61 à l’épileptique $4) voire carrément en roue libre (cf. l’expérience anale du galopant The Stoned Clairvoyant of Hip Hop où le bonhomme se met littéralement à poil sans la moindre auto-censure), Beans ne choisit pas la facilité et attend même le tout dernier morceau avec sa flûte et ses percus à la Gil Scott-Heron pour mettre un peu d’eau dans son mélange de nitroglycérine, d’acide chlorhydrique et d’azote liquide - les chimistes nous diront si c’était bien recommandé ou non !


- Rand - I EP (10/07/2020 - autoproduction)

Rabbit : On espérait depuis un an déjà la sortie de ce premier EP du duo piano/électronique d’outre-Rhin. Aux machines, beats glitchy et autres fréquences entêtantes, l’excellent Dr.Nojoke, au piano tantôt jazz (tragically hip), post-classique (voodoo river) ou carrément ambient et minimal (disabled seconds), un certain Jan Gerdes, flirtant au diapason de son compatriote avec une transe intrigante. Hypnotique, solennel et abstrait, d’une tonalité plutôt sombre à l’exception d’un ultime morceau plus "léger" mais tout sauf dénué de sensibilité, le résultat de cette collaboration n’est pas sans rappeler les pas-de-deux expérimentaux d’Alva Noto et Ryuichi Sakamoto chez Raster-Noton, c’est dire si l’on vibre à l’écoute de ce I que l’on espère annonciateur de bien des aventures soniques.


- Philippe Neau - Unknown at This Moment (5/07/2020 - Plus Timbre)

Rabbit : Quel meilleur titre pour l’ambient aux field recordings intrigants de l’ex Nobodisoundz ? Plus naturaliste qu’à l’accoutumée mais marqué par un constant changement d’atmosphère saisonnière et ces touches d’irréalité qui nous donnent la sensation d’évoluer dans un monde subtilement différent de celui qui est le nôtre, Unknown at This Moment semble décrire une existence où la nature s’accommoderait de la présence de l’homme et non l’inverse, ce dernier s’y faisant une place discrète, symbolisée par les bruits de pas, idiophones métalliques et autres gestes besogneux. Quelques mystérieuses mélopées murmurées à la fin du disque évoquent également cette impression mystique de méditer sur un rapport plus spirituel entre l’humain et son environnement, une prophétie de l’après-crise qui sait (on peut rêver, et justement l’immersion dans l’univers du plasticien mayennais y est plus que propice !).


- Neal McCamis - The Wait and the Weight EP (19/06/2020 - autoproduction)

Rabbit : L’un des tout premiers coups de coeur de l’équipe du temps où Myspace dévoilait soudain des trésors d’autoproduction, court-circuitant les réseaux de découvertes de plus en plus consensuels de la presse musicale, Neal McCamis avait laissé de côté depuis quelques années son projet New Lands baptisé à l’époque en hommage aux regrettés Flying Saucer Attack, assassins du shoegaze dans les années 90. De retour sous son véritable patronyme avec un album fin 2019 puis cet EP aux petits classiques instantanés de songwriting rock éthéré et réverbéré, le Floridien donne dans l’épure entre guitares aériennes, synthés planants et rythmes programmés, mettant plus que jamais la pédale douce sur l’électricité (avec de beaux restes tout de même sur On Hold) avec ces méditations sur notre retraite épidémique forcée aux mélodies pleines d’élégance et de subtilité, terminant sur la note d’espoir d’une ode acoustique au renouveau qui finira bien par arriver, un jour pas si lointain.



indie rock mag - IRM des musiques actuelles


samedi 8 août 2020


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