Dominique A : un tour d’horizon.

A l’occasion de son concert solo donné le 23 mars à Avermes, Dominique A a gentiment accepté d’accorder un entretien au Mag Indie Rock, malgré la fatigue accumulée des concerts et des kilomètres de route. Ce fut l’occasion pour lui de nous présenter ses futurs projets et de prendre un peu de recul sur son parcours musical. Rencontre avec cet artiste à la fois fascinant et humble.

Vous allez sortir un album live à l’automne. Pour ceux qui ont eu la chance de vous voir sur scène c’était une évidence. L’était-ce aussi pour vous ?
Ça fait quelques années que j’ai envie de le faire mais c’est délicat car les bandes enregistrées d’un live n’ont rien à voir avec ce que les gens vivent. Nombre de lives ou d’enregistrements pirates de concerts fabuleux donnent des pirates atroces, même sans parler du son. En terme de jeu, on s’aperçoit que les gens ne jouent pas bien, qu’ils ne sont pas ensemble, que le chanteur chante un demi-ton en dessous de la tonalité de base. Donc, cela m’a toujours arrêté car les enregistrements qu’on faisait n’étaient jamais très convaincants comme ce qu’on faisait en radio. J’étais horrifié quand j’écoutais le résultat car j’avais l’impression qu’on jouait comme des patates. Donc, finalement, j’ai toujours un peu résisté.

Et qu’est-ce qui vous a décidé cette fois ?
Les versions elles-mêmes des morceaux que j’avais envie de mettre sur bande. Et j’avais toujours dit que ce qui m’intéressait en premier lieu c’était de faire des versions live mais en studio. On a un peu coupé la poire en deux dans la mesure où on n’a pas fait ça en studio mais on s’est mis en condition scène dans des salles et on enregistrait les versions sans public. On va faire un mélange des deux, ce qui aura l’air d’un live mais on ne va pas rejouer les morceaux en studio. L’idée est plus de garder une trace des versions que d’avoir une photographie de gens qui applaudissent. Ce n’est pas l’aspect du live qui m’attire le plus.

Vous disiez rêver de reprendre River Man de Nick Drake sans l’oser jusqu’ici... Y aura-t-il des reprises sur cet album ?
Non. Parce qu’on n’en a pas travaillé. Il y en avait une qu’on jouait il y a deux ans d’une vieille chanteuse réaliste, Le Jeux de Massacre (de Marianne Oswald, NDLR), qui était vraiment bien. Mais comme le personnel a un tout petit peu bougé depuis la tournée précédente, on ne l’a pas rejouée. Le problème avec les reprises, c’est que souvent elles s’usent plus vite que les nouvelles chansons.

Y a t-il une explication à cela ?
On en arrive à une version figée à un moment. On n’arrive pas à la faire évoluer. Alors que les chansons que j’écris, ça reste plus ludique, elles sont plus susceptibles de changement. Une reprise, c’est une interprétation et c’est difficile de s’en sortir. Tandis que là, par rapport aux chansons, on peut plus facilement les faire bouger. Voilà, c’est la seule explication.

Tout sera comme avant a ses ardents défenseurs parmi la rédaction, mais il n’a pas été très bien accueilli à sa sortie... trop aventureux peut-être. Qu’en pensez-vous avec le recul ?
Je crois qu’il a bien été accueilli par les médias. Je n’ai pas eu à me plaindre. Les gens l’ont pris plus avec des pincettes, mais je m’y attendais un petit peu. Je pense aujourd’hui qu’il y a une moitié de disque un peu plus réussie et l’autre un peu plus sujette à caution. C’était le but de faire un disque maximaliste et un peu touffu mais les chansons y perdent vraiment. Des fois, elles y gagnent.
Donc, je le trouve trop long et inégal. En fait, il aurait fallu tailler un peu dans le lard et enlever deux ou trois morceaux. Maintenant, c’était une étape obligée pour moi pour passer à autre chose.

Depuis votre premier album, La Fossette en 1992 jusqu’à L’horizon l’an dernier, vous avez évolué d’une pop lo-fi à une certaine luxuriance instrumentale, richement arrangée. Est-ce l’expérience qui vous a permis de développer l’univers musical de vos chansons sans craindre d’en noyer l’essence ?
Ce sont les envies surtout. Quand j’ai commencé, je me souviens de Vincent Chauvier, celui qui m’a découvert sur le label Lithium, avec qui j’avais des discussions sur les gens qui traçaient toujours le même sillon et qui faisaient le même album d’année en année. Et on parlait de Passion Fodder et de Theo Hakola dont j’étais un grand fan à l’époque. Je disais que cela ne me dérangeait pas qu’ils fassent à chaque fois plus ou moins le même disque parce que j’ai l’impression qu’il y a, à chaque fois, d’autres chansons. C’est tellement une patte reconnaissable que l’on ne peut pas leur demander un renouvèlement perpétuel et puis quand on demande aux gens un renouvèlement, on accuse plus notre inconstance en tant qu’auditeur qu’autre chose.
En fait, en même temps, dans ma démarche, j’ai fait en sorte de ne pas refaire le même disque à chaque fois tout en ayant la même vision de creuser toujours ce même sillon. Donc, c’est vrai qu’aujoud’hui, j’ai un goût pour le travail en studio, pour les ornementations, pour les arrangements que je n’avais pas à l’époque. Après il y a le son de la voix qui a beaucoup évolué et ça c’est vraiment lié aux concerts. Et puis, une virilisation (rires).
C’est l’histoire. C’était juste pour moi normal de ne pas, voyant que ce métier-là me tenait vraiment à coeur, devenir une caricature de moi-même. On l’est suffisamment : quand on fait quelque chose pendant quinze ans, on est identifié comme faisant ci ou ça. Le truc c’est de toujours trouver des chemins de traverse pour éviter de donner une image monolithique de ce que l’on veut faire. Et puis musicalement, j’aime plein de trucs et j’ai envie que tout ça se retrouve dans ma musique.

On se souvient avec bonheur de vos duos avec Françoiz Breut sur La Mémoire Neuve. Avez-vous déjà été tenté de marier votre voix avec celle d’une chanteuse tout au long d’un album, comme l’ont fait dernièrement Damien Rice, Josh Rouse ou Bonnie ’Prince’ Billy par exemple ?
Non, cela ne m’est jamais venu à l’idée. A l’époque de Françoiz, c’était l’idée que se soit musicalement et vocalement plus riche. Je n’avais pas de fantasme à la Hazlewood & Nancy Sinatra. Cela a été un heureux hasard mais qui finalement ne repose que sur peu de morceaux en terme de duo même si après on a travaillé ensemble sur des chansons. Cela nous emmenait à chaque fois sur des terrains pop et mélancoliques et ce n’était pas toujours ce que j’avais envie de faire. Par exemple, quand j’ai fait Remué , en écrivant une chanson, à aucun moment, je me suis dit Tiens, ce serait bien qu’il y ait un duo. Je voyais bien que ça partait vers un truc très personnel. Comme ce sont des chansons très introspectives, finalement, l’idée du duo est presque contradictoire parce que ce ne sont pas facilement des textes qui se partagent.
Quand j’ai commencé à écrire pour elle, c’était une façon aussi de partager et de séparer des choses.

Récemment on a pu entendre votre influence, notamment mélodique et vocale, chez Katel, Versari ou encore Un Homme Et Une Femme Project. Inspirer la jeune garde prometteuse du rock francophone, ça vous fait quel effet ?
Ça me fait plaisir bien sûr. Il faudrait sacrément être mal embouché pour ne pas apprécier. Des fois, je lis des rapprochements et je ne suis pas tout à fait d’accord. Ça me renvoie à une caricature de ce que je fais. Là, ce n’est pas le cas de ceux que tu cites même si je ne connais pas Un Homme et Une Femme Project. Mais en fait, c’est plus dans l’esprit que dans la lettre. Dans ce cas-là, c’est toujours gratifiant.

Votre écriture métaphorique et poétique est sans doute l’une des plus belles du paysage musical français... écrivez-vous également autre chose que des chansons ? Et si oui envisagez-vous de publier quelque chose un jour ?
Non, je fais juste des chroniques sur la musique pour internet mais je n’écris rien du tout. Je trouve que dans la chanson, il y a suffisamment de choses à mettre et cette forme-là me convient tout à fait. Je ne me vois pas écrire de la poésie, c’est un langage que je ne connais pas bien. Je peux m’y intéresser de temps en temps mais ce n’est pas un truc naturel. Et puis la littérature, il y a tellement de bons livres à lire.

Quel est le dernier bon bouquin que vous ayez lu ?
Je l’ai lu hier. C’est un petit bouquin qui s’appelle Le Vampire de Ropraz d’un écrivain suisse peu connu, Jacques Chessex, qui s’inspire d’un fait divers en Suisse au début du siècle, l’histoire d’un maniaque sexuel. C’est un bouquin sur les pulsions et l’animalité.

Des thèmes que l’on ne retrouve pas directement dans vos chansons.
Non, pas de façon frontale : ça va au meurtre. C’est délicat d’aborder ces choses-là dans une chanson. C’est faisable mais il faut maîtriser un peu son histoire.

Cela ne correspond pas trop à votre univers, non plus.
J’aime bien les univers très sombres mais je n’ai pas envie de chanter le meurtre. Mais ça viendra peut être.

En 15 ans de carrière, ça a parfois été dur de garder l’envie ?
Oui.

A quelle période ?
Aujourd’hui. Cela fait une semaine que je ne dors que cinq heures. Il y a eu des moments vraiment en dehors des périodes de fatigue où je ne voyais pas trop où j’allais aller. Je me souviens en 1998, période très bizarre pour moi : on venait de terminer l’album de Françoiz Breuz et je ne voyais pas trop ce que j’avais envie de faire en fait. La Mémoire Neuve était sorti trois ans auparavant, je ne savais pas du tout où j’allais, je tâtonnais, ce que je faisais ne me plaisait pas. La période la plus épineuse était celle-là. Après je dis régulièrement à ma copine que je vais me lancer dans la jardinerie... C’est normal, ce sont des moments où on ne sent rien, il n’y a plus de jus quoi !

Et ces moments ne vous inspirent pas pour créer ?
Non carrément pas ! Mais Dieu merci, ce sont des périodes qui ne durent jamais trop longtemps. C’est quand il n’y a pas de projet musical précis en fait, d’envie musicale, d’idée d’album. Il n’y a plus de sève, quoi. Ça arrive encore mais c’était beaucoup plus fréquent avant. Dans les années 1997-98, toutes les trois semaines j’arrêtais.

On a pu lire sur Commentcertainsvivent vos billets où l’on peut croiser les noms de Stufjan Stevens ou Archie Bronson Outfit, par exemple. Que nous conseillez-vous ces temps-ci ?
Heu... j’ai acheté beaucoup de disques dernièrement. Mon dernier coup de coeur est le dernier disque de Mathieu Boogaerts que j’ai découvert sur le tard et qui est vraiment très bien. Je ne connais pas ce que fait Boogaerts, aussi. Donc, j’ai découvert un truc, je pensais, qui ne me toucherait pas. Et justement je trouve ce disque-là très réussi avec quelque chose de léger et d’inquiet à la fois. Il y a quelque chose de très prenant tout au long du disque.
Autrement, il y a le disque d’une fille qui fait du hip-hop, Kazey, que m’a fait découvrir Olivier Mélano avec qui je joue quand on est en groupe. C’est costaud. Après en international, Beauty Pill, que m’a également fait découvrir Olivier Mélano.

Et la Belgique, que vaut vraiment ce pays qui fait tant rêver notre webmaster ? Vous y résidez toujours ?
Il rêve de la Belgique ? C’est bizarre ! (rires) J’y vis parce que j’ai un petit garçon là-bas. Mais voilà, c’est tout. Après, c’est vrai que compte tenu du climat politique actuel en France, je vois d’un oeil de plus en plus positif mon exil belge. Il y a une douceur de vivre en Belgique et à Bruxelles. Mais c’est de la brique, il faut l’apprivoiser. Moi, je n’ai pas vécu dans le nord et il y a, malgré tout ce qu’on peut en dire, une tristesse fondamentale dans le décor qu’il faut supporter. Je viens de Seine Et Marne donc la tristesse j’ai donné. Mais l’eau et la mer me manquent.
Au niveau de l’état d’esprit, Bruxelles, c’est une belle ville. Mais ce n’est plus depuis longtemps un objet de rêve pour moi.

Que voyez-vous à l’horizon ? De nouvelles expériences musicales ? Des collaborations ?
Là, mixer l’album live, choisir les versions. Il faut que ça se fasse très vite. Après... j’ai commencé à écrire quelque chose. Je me suis acheté un petit quatre pistes de poche qui me donne plein d’idées. D’ailleurs, c’est marrant parce que ce que je fais actuellement est finalement assez proche de mon premier album, avec beaucoup de claviers et très peu de guitares. Et je n’ai pas envie d’en rester là. Il y aura sans doute cette approche-là dans le prochain disque. Si disque il y a, ce ne sera pas avant un bout de temps. Mais il faut trouver des pistes pour enrichir les morceaux et pour éviter les redites. J’ai assez envie de travailler sur un aspect percussif parce que c’est quelque chose que j’ai laissé un peu de côté ces dernières années. Travailler sur les rythmiques, des chansons assez courtes et beaucoup de clavier, c’est le projet.

Propos recueillis par JohnSteed.

Compte rendu du concert donné le 23 mars 2007 à la Salle d’Isléa ( Avermes).


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vendredi 3 avril 2020


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