Live report : Festival Indigènes

La salle Stereolux de Nantes vient de clôturer la deuxième édition du Festival Indigènes. Un festival basé sur la célébration de la scène indépendante, qu’elle soit rock, folk noise, pop ou électro, pourvu qu’elle soit sauvage et qu’elle développe une certaine éthique.

Pour cette seconde édition l’affiche était étourdissante : Har Mar Superstar, The Woodentops, Vundabar, Paus, The Ex, Frànçois & The Atlas Mountains, Fenster, JoyCut, We are Match, Brian Jonestown Massacre, Rodrigo Amarante, Follakzoid, Bantam Lyons, The Callas, Juana Molina, Cat Power... Pas moins de 6 artistes par soir du 22 au 26 mai dernier !

Un récapitulatif de cet événement que de nombreux Nantais ont savouré sans modération s’impose !


De la première soirée nous retiendrons trois prestations : Paus, Vundabar et Har Mar Superstar.

Les Portugais de Paus ont explosé et se sont imposés en maîtres du rock tribal. Leur combat débute par leur positionnement scénique. Tous les quatre postés au centre sur une estrade. Les deux guitaristes sont face à face, postés derrière le face à face des deux batteurs. On comprend dans les premières secondes que la lutte sera sans relâche et dans ces deux duels de musiciens, aucun ne lâchera prise. La testostérone emplit la salle, l’animal rugit, les musiciens transcendent le public. Le seul petit reproche serait le manque de durée qui ne permet pas au public d’atteindre la transe entamée à chaque morceau.



La même soirée nous avons vécu le retour des Woodentops avec un Rolo McGinty en grande forme, montant sur scène avec une arrogance provocante et délicieuse. Il « cherche » le public en réclamant une « fucking rock’n’roll attitude » à la salle. Les légendaires Woodentops restés aux portes de la gloire au début des années 80 impose leur talent et leur mythe immédiatement sous les regards envoûtés d’une salle subjuguée par leur charisme et leur ampleur.


The Woodentops - Third Floor Rooftop High on MUZU.TV.



L’une des révélations du festival sera Vundabar, un jeune groupe formé de trois américains de 18 ans. Leur album Antics distille un rock/punk aux allures de Pixies ou Weezer. Les jeunes artistes vont enflammer la salle qui affichera complet très vite. Leur attitude lascive mêlée à la maîtrise parfaite de leur musique est un mélange exquis. Pris au piège nous sommes. Vundabar est jeune mais là il n’est plus question d’âge ni de légende mais de talent ! Ils seront des groupes qui marqueront probablement l’histoire du rock car ils la revisitent déjà brillamment.



La première soirée se termine sur la prestation bluffante de Har Mar Superstar. Sean Matthew Tillmann est un génie de la scène funk rappelant les stars de la Motown de l’époque tels que Marvin Gaye ou Michael Jackson en y additionnant des coups de rein à la Madonna sur des rythmes endiablés. En deux minutes la salle se trémousse, en redemande encore et encore ! La star fera deux rappels et nous quitte alors que la piste de danse est encore électrique !




Sur la soirée du samedi nous retiendrons les prestations de JoyCut, Fenster et Frànçois & The Atlas Mountains.

JoyCut, groupe italien originaire de Bologne est l’une des grandes découvertes de ce festival. Formé de trois musiciens, ce groupe apocalyptique est habité d’un magnétisme fou. Leur concert est une révolution sonore et visuelle étourdissante. Leur musique est un curieux mélange d’électro et de rythmiques tribales rugissantes. Ils intensifient leurs propos par des vidéos engagées manifestant une « urgence » mondiale. Leur obstination est perceptible et communiquée avec intensité. La salle vibre, est transcendée par l’ardeur des trois protagonistes. Il nous faudra un moment pour redescendre de ce moment unique que JoyCut nous aura fait vivre.



Fenster prend ensuite le relais sur un tout autre ton. Une jeune femme aux allures de sirène entre en scène entourée de ses quatre acolytes. Une aura se dégage immédiatement de leur présence, aussi vite que le perfectionnisme de ce jeune groupe international que l’on voit éclore sous nos yeux. Leur pop-indie minimaliste flirte souvent avec un univers psyché enchanteur. Tous les membres du groupe sont multi-instrumentistes et échangent leurs places quasiment à chaque morceau avec dextérité. Nous traversons leur contrée imaginaire et hantée avec délice. Fenster n’en est qu’aux balbutiements de sa créativité et le plus beau reste à venir.



Le concert de Frànçois & The Atlas Mountains sera l’une des meilleures surprises de ce festival. Nous nous préparions tous à un concert calme, posé et onirique et nous avons vécu un set festif où le plaisir scénique et organique des artistes transcende la salle. Leurs rythme est trépidant, passionné et envoûtant. Nous avons face à nous une véritable tribu d’hommes aux regards bienveillants, passionnés, en pleine communion avec un public gagné par une félicité enivrante.




Le dimanche enfin, les trois belles rencontres de la soirée seront avec Bantam Lyons, Rodrigo Amarante et The Brian Jonestown Massacre.

Le premier concert de la soirée sera celui du jeune groupe nouvellement Nantais, Bantam Lyons. Un EP trois titres en poche, ils déploient une indie-pop-rock mélancolique en jonglant habilement avec les émotions du public. La voix profonde et habitée par le doute, le désespoir ou la mélancolie est captivante. Le voyage est nuageux, teinté d’envolées rock et d’une pointe d’électro. Leur set est convaincant et annonciateur d’une actualité en approche.



La suite est assurée par le classieux Rodrigo Amarante. L’homme est simple, grand et généreux. L’ancien membre des groupes Los Hermanos et Little Joy n’a plus rien à prouver de son talent de musicien mais a choisi de développer celui de songwriter à travers son album solo,  Cavalo.  Rodrigo  décline la « Saudade Brésilienne » en associant une rythmique et une écriture moderne à l’originale. Son univers est délicat, mélancolique et doux. Il vacille entre la lente bossa nova, l’indie pop festive, la samba, la ballade folk intime et les berceuses piano-voix émouvantes. Le concert de Rodrigo  est lumineux, intime et l’on est parcouru de petits papillons au creux du ventre et de frissons chatouilleurs sans discontinuer. Un grand moment d’émotion et de partage avec un public conquis.



Nous nous entremêlons ensuite dans la file d’attente qui se forme pour rejoindre les mythiques Brian Jonestown Massacre. Certaines personnes croisées dans le public nous confient qu’ils n’ont d’ailleurs fait le déplacement que pour eux. L’impatience gronde dans les rangs et l’entrée dans la salle est tumultueuse tellement la hâte est vive. Les huit BJM entrent en scène avec flegme et désinvolture. Newcombe  se place dans l’obscurité à gauche de la scène, jouant de sa guitare électrisante quasi immédiatement. Le concert sera uniquement basé sur les meilleurs titres de la discographie du groupe pour notre plus grand plaisir ! L’émotion est grande dans la salle. The Brian Jonestown Massacre ne recevront probablement jamais la reconnaissance qu’ils méritent pour leur talent ou la musique qu’ils ont produite... malheureusement ou heureusement qui sait ? En tout cas nous ferons partie de ceux qui auront profité d’instants précieux et légendaires de la scène rock !




Après une soirée de clôture placée sous le thème de l’émotion avec une Juana Molina aux allures de déesse et une Cat Power fragile et bouleversante, nous attendons la troisième édition du Festival Indigènes avec impatience l’année prochaine.



indie rock mag - IRM des musiques actuelles


lundi 11 novembre 2019


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