Jim Noir - Tower Of Love

Après les talentueux Thrills, Field Music et Midlake, et en attendant les Aliens emmenés par deux des membres de feu-The Beta Band, la Californie a décidément la côte au quatre coins du monde. Mais si ça s’entend ça ne se voit pas forcément : avec son look vestimentaire digne des droogies d’Orange mécanique, on imagine difficilement Jim Noir, par exemple, poser torse nu une guitare à la main sous le soleil couchant californien. Pourtant, ce jeune mancunien de 24 ans n’en est pas moins, d’ores et déjà et de loin, le meilleur héritier connu de Brian Wilson.

1. My Path
2. I Me You I’m Yours
3. Computer Song
4. How To Be So Real
5. Eanie Meany
6. Tower Of Love (Instrumental)
7. Key Of C
8. Turbulent Weather
9. Turn Your Frown Into A Smile
10. A Quiet Man
11. Eanie Meany 2 (Instrumental)
12. The Only Way

date de sortie : 08-08-2006 Label : Barsuk

J’aurais aussi bien pu dire le nouveau Brian Wilson, mais on m’aurait sans doute ri au nez, sous prétexte que trop de chroniqueurs croient tomber au moins une fois par semaine sur le nouveau untel ou untel, ne manquant dès lors jamais de s’extasier sans retenue, gargarisés jusqu’à plus soif par leur "découverte". Mais déjà, nulle question ici de découverte, puisque Tower Of Love , à l’image de l’immense premier album des Earlies tardivement distribué chez nous en début d’année et avec lequel il a plus d’un point commun, est en réalité la compilation en forme d’album pourtant parfaitement homogène d’une série d’EP’s sortis en 2005 outre-manche. Ainsi, tout comme These Were The Earlies , l’album de Jim Noir est un paradoxe à plus d’un titre. A la fois rétro-futuriste et atemporel, il fait entrer la pop 60’s dans le XXIème siècle, et ce sans la moindre ironie ni posture post-moderniste. Car s’il y avait une certaine morbidité chez les Earlies, chez Jim Noir la candeur l’emporte largement, ainsi qu’une remarquable et lumineuse limpidité par delà la complexité musicale de l’ensemble, principale raison de comparer l’anglais à l’auteur / compositeur / bidouilleur de Pets Sounds et Smile .

Quant à savoir si cette comparaison tient la route, je ne vous demande pas de me croire sur parole, grands dieux non. Mais plutôt d’aller faire un tour sur la page myspace du bonhomme et de juger par vous-mêmes, ça me rendra bien plus heureux. Tout ne vous y sera pas inconnu, en tout cas pas si vous avez un tant soit peu suivi la coupe du monde en Allemagne cet été, durant laquelle on nous a matraqués sans relâche à grands coups d’une pub au demeurant tout à fait sympathique pour une certaine marque de chaussures de sport, dans laquelle José et Pedro, deux gamins visiblement mexicains jouaient au foot dans leur quartier avec une demi-douzaine d’internationaux, sur fond d’une des meilleures chansons des Byrds que bizarrement je ne connaissais pas. Sauf qu’en fait, ça n’était pas les Byrds, mais Jim Noir, ceci expliquant cela. D’ailleurs, ses quelques 12 000 amis sur myspace vous le confirmeront.



En prêtant davantage d’attention aux paroles j’aurais tout de suite compris mon erreur : "If you don’t give my football back, I’m gonna get my dad on you... I only kicked it over your fence and broke a silly gnome or two". Les Byrds chantant leur enfance de footballeurs des jardins ? Bien sûr que non, pour le coup c’est encore à Brian Wilson que l’on pense, avec le ballon rond en guise de planche de surf. Mais voilà, Jim Noir ça n’est pas "seulement" le nouveau Brian Wilson (ça y est c’est dit... mais il faut dire aussi que j’en crevais d’envie). De la douce nostalgie de l’enfance déjà évoquée au psychédélisme rêveur d’In The Key Of C en passant par l’angoisse poignante d’un Computer Song ou la mélancolie doucement déchirante de l’automnal The Only Way (assurément, dans des registres finalement très différents, trois des plus belles chansons qu’il m’ait été donné d’entendre cette année), la musique de Jim Noir, faussement insouciante, emprunte aux Beach Boys de Pet Sounds comme de Sunflower ou Surf’s Up , aux Byrds comme aux Kinks, à Burt Bacharach (le magnifique instrumental Tower Of Love) comme à Boards Of Canada (la transition How To Be So Real / Eanie Meany, les bidouillages électro d’In The Key Of C ou encore l’ouverture d’Eanie Meany 2, instrumental qui par ailleurs ne peut manquer de rappeler Air période Moon Safari ), sans pour autant véritablement ressembler à quoi que ce soit d’autre qu’à lui-même.

Étonnamment, malgré cette surexposition publicitaire des plus inattendues, la sortie française de Tower Of Love est passée quelque peu inaperçue au milieu de l’avalanche estivale d’évènements attendus, eux (Thom Yorke, Charlotte Gainsbourg, TV On The Radio, Muse) et finalement ça n’est pas plus mal. Car il n’aurait surtout pas fallu réduire cet album à Eanie Meany, très belle chanson certes mais constamment dépassée par les nombreux sommets d’un album à la magie maîtrisée de bout en bout et à tous les niveaux par son unique auteur surdoué. Quant au léger manque de fraîcheur que l’on pouvait reprocher au Smile de Brian Wilson, recréé 37 ans après comme chacun sait, nul n’en sentira l’équivalent ici : Jim Noir se nourrit du passé mais vit sa musique dans la présent, un pied dans le futur, et ça s’entend.


Découvrez Jim Noir sur myspace, avec My Patch et Eanie Meany mais aussi les magnifiques démos d’un Bingo entre Kinks et Beach Boys et de Climb A Tree, présent sur la version US de Tower Of Love et plus que conseillé, là encore, aux amateurs des Byrds.

Chroniques - 06.11.2006 par RabbitInYourHeadlights
 


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mardi 11 août 2020


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