Total Victory - National Service

Le fondamental National Service de Total Victory réapparaît ces jours-ci à la faveur d’une sortie vinyle. Nous étions passés à côté, honte sur nous et tentons de réparer car l’on tient là l’un des très grands disques de 2012 et donc, par extension, de 2014.

1. Churchbuilder
2. National Service
3. What The Body Wants The Body Gets
4. Reverse Formation
5. Venn Diagram
6. Secession Day
7. Holy Cross
8. Advice For Men
9. King Of Discipline

date de sortie : 22-06-2014 Label : Tandori Records

C’est vrai, on est très en retard... Mais bon, voilà, on ne l’avait pas vu venir celui-là et on le découvre à la faveur d’une sortie vinyle chez le toujours affûté Tandori Records (en association avec les hyperactifs Bruisson, Katatak et Kerviniou Recordz). Initialement paru en novembre 2012, on se demande aujourd’hui comment on a pu passer tant de temps à en ignorer l’existence. D’autant plus que le groupe a beaucoup tourné par ici, partageant l’affiche entre autres avec les ténébreux et formidables Berline 0.33 avec qui Total Victory partage un goût prononcé pour le post-punk dans son versant acéré, toutes griffes en avant. Bref, un brin honteux, on se dit que le regain actuel pour le vinyle permettra au moins de réparer quelques fâcheux oublis et ce qui nous intéresse ici en fait indubitablement partie. Total Victory donc et National Service, deuxième opus d’une lignée que l’on espère longue étant donnée l’excellence de l’ensemble : des mélodies spectrales, une exécution habitée et parfois chirurgicale, un chanteur dont la diction narquoise n’est pas sans rappeler un Mark E. Smith aux angles légèrement (vraiment légèrement) arrondis et pour finir, un bel objet. Ce qui démarque le groupe du tout venant indie-popisant, c’est cette surabondance de muscle sur une ossature plutôt chiche qui laisse transparaître le nerf rendant la musique de Total Victory tout à la fois légère et enveloppée. Point d’embonpoint pourtant mais une belle densité qui fait que lorsque l’on ausculte le disque en écorchant sa peau pour dévoiler les strates souterraines, on tombe toujours sur une enveloppe qui elle-même en recouvre plein d’autres - un peu comme un oignon - et on a bien du mal à en atteindre le germe, le Plus Petit Commun Multiple qui permettra de le rattacher à d’autres et de lui coller une étiquette. Et si on trouve des réminiscences de quelques autres insulaires, The Fall en tête, Wire, The Sound, The Cure aussi un peu, Joseph K, Prolapse et tout un tas d’autres trucs élégamment coincés, l’étiquette s’avère au final difficile à apposer. Sauf à considérer que « made in outre-Manche » en soit une. Et encore, ça serait faire peu de cas des gros bouts de noise-rock qui viennent épaissir le fog par ailleurs extatique des Mancuniens, en provenance, eux, du nord de l’Amérique (Sub Pop, Pissed Jeans et consorts).



Un beau mélange, fin et racé, qui ne se dépare jamais d’une certaine forme de retenue, y compris lorsque Total Victory chausse ses bottes de hooligan entonnant en chœur « Withdraw yourself and form a country » sur le très efficace Secession Day qui ouvre la deuxième face. Une retenue encore qui permet au groupe de clore la précédente sur un mélancolique et mystérieux Venn Diagram, instrumental guitare sèche/piano/percussions chiches poignant montrant bien que l’on écoute une belle réunion d’équilibristes qui maîtrisent parfaitement leur dosage : ni trop policé ni trop abrasif, certainement pas bien rangé sans être complètement disloqué, écorché mais pouvant se targuer d’un sens de la mélodie que beaucoup peuvent lui envier, National Service est une machine imparable qui multiplie les tubes comme d’autres multiplièrent les pains. De Churchbuilder à Reverse Formation, neuf titres qui ressuscitent le cadavre encore chaud du post-punk à grands coups de noise en intraveineuse comme le montrent les trois derniers morceaux, sans doute les plus mal peignés et désarticulés du lot. Total Victory semble bégayer - Holy Cross et Advice For Men étant étrangement gémellaires - et revêt le masque intransigeant d’un prédicateur psychopathe ou tout du moins aliéné, atteignant une intensité paroxystique sur l’ultime King Of Discipline. Les guitares de Matthew Evans et Martin Mansell déchirent de leurs zébrures hachées un voile sombre amalgamant les ondes maousses de Matthew Leonard et la frappe bûcheronne de James Ellams quand, par-dessus, Dan Brookes hurle « I am the king » à s’en péter les cordes vocales et franchement, on ne saurait lui donner tort tant on sent bien que l’on tient-là un groupe de seigneurs. D’autant plus qu’auparavant, chacun aura eu l’occasion de montrer toute sa subtilité lors de moments un brin plus apaisés. En témoigne ce What The Body Wants The Body Gets, grand morceau à la scansion tranchante butant sur un refrain hurlé qui déploie pourtant une mélodie à tomber : notes tintinnabulantes, ralentissement final débouchant sur un « slow down » patraque, basse qui se contorsionne autant qu’elle assène, batterie sèche comme un coup de trique et guitares tout à tour contondantes et taiseuses, tout cela contribue à en faire un sommet bien que National Service ne contienne, au final, que cela. Ce qui montre le niveau.

En 2011, Total Victory avait déjà sorti The Pyramid Of Privilege que l’on peut aussi écouter sur sa page Bandcamp et même si tout était déjà en place - évidence mélodique, tendresse et bourre-pifs, mélancolie et rage de petite frappe exaspérée - le dosage était néanmoins encore en devenir. Un poil plus évident, moins tarabiscoté, un peu trop pied au plancher et donc moins intéressant, il permet de mesurer tout ce qu’a atteint le groupe et comment il est devenu ce qu’il est avec ce qu’il avait. Rien à voir avec une mue radicale, non, mais un épaississement qui d’une sympathique chrysalide a construit un magnifique papillon. National Service n’étant que leur deuxième, on se demande désormais ce que sera le troisième. On se demande et on attend. Tout en écoutant inlassablement. Puisqu’il va sans dire que tout cela se montre très accaparant.

Jamais un groupe n’aura si bien porté son nom.

Brillant.

Chroniques - 29.07.2014 par leoluce
 


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