Le streaming du jour #1270 : Bronnt Industries Kapital - ’Turksib’

Avec Turksib, quatrième sortie en catimini de son projet BIK orphelin du regretté Nick Talbot (Gravenhurst), Guy Bartell réitère l’expérience dHäxan mais dans une veine nettement plus mélancolique qu’horrifique, illustrant cette fois un docu russe de propagande des années 20 consacré à la construction de la voie ferrée du même nom reliant la Sibérie au défunt Turkestan (ancienne région d’Asie centrale qui s’étendait de la Turquie à la Chine et dont le Kazakhstan occupe aujourd’hui la plus grande portion) et toujours ouverte aujourd’hui entre l’Ouzbékistan et la Russie.

Plus ou moins en solo depuis Häxan, dont la bande-son s’écoute sur la réédition DVD de ce docu-fiction scandinave précurseur du film d’épouvante, le Bristolien revient ici aux sources électro-acoustiques éminemment atmosphériques de sa musique, délaissant la dominante motorik et les synthés gothiques 80s de l’efficace Hard For Justice tout en conservant de ce précédent opus daté de six ans déjà une certaine dynamique en flux tendu. Cette dimension rythmique reprendra d’ailleurs le dessus sur des morceaux tels que The Attack Is Launched (pas loin de la tension mécanique des derniers scores d’un Hans Zimmer), The Train ou l’épique Forward The Machines terminant l’album sur une chorale de purgatoire à coller le frisson, la batterie kraut reparaissant sur ces derniers pour projeter dans les esprits l’irrésistible progression du chantier puis de son objet, ce monstre de fer colonisateur, depuis les steppes d’Asie centrale jusqu’aux étendues gelées du nord de la Russie en passant par les semi-déserts kazakhs.

Au gré d’une vingtaine de vignettes instrumentales de durée très variable où se répondent cordes pincées des steppes retirées et idiophones du cru, harpe médiévale telle que psaltérion et vibraphone à la Steve Reich, clarinette spleenétique (Nomads) et claviers bucoliques de l’ère analogique - on pensera à maintes reprises aux sonorités désarmantes des synthés archaïques dont use le trio russe 2muchachos - que le Britannique infuse d’un désespoir du temps perdu ne ressemblant qu’ à lui (du jazzy By Rocky Pastures Goes The Produce Of The Land à l’onirique 1445), Bartell se rêve en nomade de l’Histoire, drones lancinants et arpèges sidérants de clarté visitant des espaces désormais disparus ou engloutis par la civilisation.

Sur fond des grandioses échos de gong, réverbérations d’un soleil de plomb et autres rafales mordantes des vents de Sibérie, l’auteur du fabuleux Virtute E Industria renoue ainsi avec l’hypnotisme baroque de ce chef-d’œuvre méconnu, ouvrant l’esprit de l’auditeur non plus à son imaginaire lovecraftien tourmenté mais à son interprétation de la beauté revêche et désolée des paysages encore sauvages d’Asie Centrale, brodant sur une poignée de trames mélodiques les méandres quasi fantasmés d’un étrange no man’s land qui n’a finalement pas grand chose à envier aux cauchemars victoriens de l’album sus-nommé, d’autant moins dans les crescendos mystiques hallucinés de The Simoon ou les échos fantomatiques de Cotton For All Russia ! et From North To South - From South To North. Superbe !


Streaming du jour - 22.02.2015 par RabbitInYourHeadlights
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mercredi 12 décembre 2018


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