Low - Qian Shui Wan Cultural Center (Shanghai, Chine)

le 4/07/2015

Le trio de Duluth à son sommet, entre ferveur vocale, tension dépouillée et déluges d’électricité

D’interviews passées à la trappe en concerts loupés faute de timing heureux ou de motivation, entre Low et moi c’était devenu depuis trop longtemps une histoire d’occasions manquées. Date phare d’une toute première et très probablement dernière tournée chinoise pour le trio de Duluth, Minnesota, leur passage par le Qian Shui Wan Cultural Center de Shanghai quelques mois après mon arrivée dans la métropole la plus peuplée du monde sonnait ainsi comme une heureuse coïncidence, d’autant plus à l’approche de la sortie de leur 11ème opus Ones And Sixes en septembre prochain.

C’est donc bière en main que j’assiste enfin à l’entrée en scène sans chichi du couple à la ville Alan Sparhawk/Mimi Parker, lui quelque peu vieilli, tignasse rousse ébouriffée et visage émacié, elle toujours hiératique derrière son drumkit sans grosse caisse qu’elle ne quittera pas du concert. Complétant le line-up devant une salle à taille humaine particulièrement cosy et raisonnablement remplie, Steve Garrington - qu’on avait découvert bassiste du side-project heavy/psyché d’Alan, Retribution Gospel Choir, en remplacement de Matt Livingston dont il pallierait également la défection au sein de Low dès 2008 - prend place à la quatre-cordes et derrière les claviers pour entamer le set avec l’un des quatre nouveaux morceaux que jouera le groupe aujourd’hui.

Typique du minimalisme à combustion lente que la formation cultive régulièrement depuis ses débuts chez feu Vernon Yard Recordings il y a déjà plus de 20 ans, le prometteur No Comprende entre tension bluesy et ferveur presque austère est aussi le premier single de l’album à venir, enregistré dans les studios de Justin Vernon dans le Wisconsin. Au regard de l’étonnament pop et lumineux quoique toujours très beau The Invisible Way (dont les pensionnaires de Sub Pop enchaîneront pour nous les mélodiques Plastic Cup et On My Own, serti pour ce dernier d’un saissant break saturé) et de ce patronage d’un Bon Iver qui flirte désormais très ouvertement avec le mainstream et l’électronique bon marché, on pouvait légitimement trembler... mais si l’on frissonne finalement bel et bien à la découverte de DJ ou Spanish Translation, c’est en raison de cette alternance de longues plages dépouillées et de progressions presque post-rock qui culmineront avant le rappel sur les crescendos de drones et déluges de décibels d’un Landslide entérinant une direction qu’on espérait voir le groupe explorer davantage depuis l’intense et crépusculaire Drums And Guns. Comme quoi il n’est jamais trop tard, rien d’étonnant de la part d’un groupe capable il n’y a pas si longtemps de plomber un concert avec 27 minutes de drone et rien de plus.

Ones And Sixes s’annonce ainsi spartiate, ample et puissant, déroulant ses chansons à fleur de peau avec une lenteur consommée et une pesanteur rythmique toute atmosphérique, pression barométrique heureusement relâchée en concert par quelques hits indie aussi abrasifs qu’immédiats (Monkey, meilleur titre du décrié mais pas mauvais Great Destroyer, Sunflower, sommet du cultissime Things We Lost In The Fire et bien sûr Canada, classique du génial Trust qui tout comme Pissing une poignée de morceaux plus tôt mettra le public en transe dans un crescendo de riffs saturés) ou d’autres planants et mélancoliques à l’image d’Especially Me, de la berceuse Point Of Disgust arpèges de piano en avant ou du tube de college radio Over The Ocean, demandé en rappel par un ricain auquel le groupe prêtera davantage d’attention qu’à mes requêtes sans doute trop timorées pour les magiques Immune ou Try To Sleep.

"That’s not what it says" me répondra d’ailleurs Alan à la mention de ce dernier, au moment même ou le guitariste et chanteur brandit un éventail calligraphié annonçant - ne me demandez pas comment ni pourquoi - un When I Go Deaf qui vient clore le concert sur ses deux mouvements d’abord apaisé (la surdité comme remède à une pulsion créatrice destructive, pas banal comme texte de chanson !) puis soudainement orageux et tonitruant, parfait résumé de cette prestation habitée d’une heure et quarante-cinq minutes durant lesquelles les fameuses harmonies vocales d’Alan et Mimi auront su se perdre à nouveau sous des flots d’électricité bien sentis. Quant aux fans de la première heure, ils auront applaudi comme il se doit aux premiers accords de guitare et de basse du (très long) classique Lullaby extrait du tout premier album I Could Live In Hope circa 1994, un choix idéal pour boucler la boucle d’une carrière jusqu’ici sans fausse note.

Tracklist :
No Comprende
Plastic Cup
On My Own
Monkey
Sunflower
Especially Me
Spanish Translation
Pissing
Point Of Disgust
DJ
Last Snowstorm Of The Year
Lullaby
Canada
Landslide

Rappels :
Over The Ocean
When I Go Deaf

Photos : Luthien & Rabbit


( RabbitInYourHeadlights )


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