Le streaming du jour #1396 : Kedr Livanskiy - ’January Sun’
Bercée par les Cure et les romans d’Irving Washington avant d’intégrer une école de cinéma à l’aube de ses vingt ans, Kedr Livanskiy, si elle était un chat, pourrait déjà avoir épuisé une partie de ses neuf vies.
En effet, née en 1990 dans l’Union Soviétique, l’artiste ne cache pas que l’environnement local - du froid polaire jusqu’à "ce gros problème qu’est l’ivresse perpétuelle des gens" - a généré un repli sur elle-même mêlé à un sentiment d’incompréhension. Résultat, celle qui a désormais vingt-cinq ans s’est réfugiée il y a quelques paires d’années dans la musique électronique qu’elle a découvert, comme beaucoup, via les pionniers du label Warp.
L’ombre de Richard D. James plane ainsi sur certains passages du disque, à l’instar des sections rythmiques de Otvechai Za Slova (Keep your Word) tandis que Razrushitelniy Krug (Destructive Cycle) utilise un sample de l’excellent Xtal paru sur les Selected Ambient Works 85-92. Cependant, la compositrice ne commet pas l’erreur d’essayer de rivaliser avec l’auteur de drukqs en renonçant d’emblée à se hisser à un tel niveau de complexité et d’abstraction tout en empruntant certaines appétences pour les changements de rythme.
Kedr Livanskiy ne cache d’ailleurs nullement cet héritage et précise que "ma musique est fortement inspirée par Autechre, Aphex Twin et Boards of Canada, mais avec les paroles et l’humeur de Mazzy Star. J’admire également Inga Copeland et Laurel Halo, cependant mes chansons sont plus pop, du fait de l’influence qu’a eue sur moi MTV pendant l’adolescence".
Plus pop ? Probablement. C’est ainsi à Moby que l’on pense lorsque apparaissent les synthés de Razrushitelniy Krug (Destructive Cycle) ou plus ponctuellement sur Sgoraet (Burning Down). Cet EP dont la thématique centrale est l’hiver russe s’achève finalement sur une note plus printanière avec un April aux saveurs plus colorées. La renaissance est au bout du chemin mais au pays de Kedr Livanskiy, elle se mérite. Dans Les Forêts de Sibérie, l’œuvre de Sylvain Tesson le fait apparaître brillamment : le soleil de janvier apporte son lot d’encombres en même temps que quelques réjouissances épurées. L’onirisme malsain mais jamais totalement opaque de la Russe est en ce sens un formidable révélateur de cette sensation.

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