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The Divine Comedy - Foreverland - Chroniques | Indie Rock Mag

The Divine Comedy - Foreverland

Petit retour en forme de l’un des plus grands songwriters, mélodistes et arrangeurs du dernier quart de siècle, Foreverland nous rappelle que certaines histoires d’amour durent toujours... même avec un groupe dont les plus belles heures appartiennent vraisemblablement à hier.

1. Napoleon Complex
2. Foreverland
3. Catherine The Great Voir la vidéo The Divine Comedy - Catherine The Great
4. Funny Peculiar (feat. Cathy Davey)
5. The Pact
6. To The Rescue
7. How Can You Leave Me On My Own Voir la vidéo The Divine Comedy - How Can You Leave Me On My Own
8. I Joined The Foreign Legion (To Forget)
9. My Happy Place
10. A Desperate Man
11. Other People
12. The One Who Loves You

date de sortie : 02-09-2016 Label : Divine Comedy Records

Peu d’artistes ont suscité chez moi la même passion que Neil Hannon, pilier irlandais de mon panthéon pop personnel, au point de voir en chacun de ses disques ou presque un chef-d’œuvre, du séminal Liberation au parfait Victory For The Comic Muse inclus. The Divine Comedy, c’est l’un de ces rares groupes capables d’accommoder théâtralité/maniérisme/ironie d’un côté et de l’autre la sincérité la plus absolue, révélant toujours au détour d’un texte, d’une intonation, d’une mélodie ou d’un arrangement toute la désarmante sensibilité qui se cache derrière l’autodérision, la satire sociale, l’humour phallocrate, le romantisme de bazar et autres façades qu’aime à cultiver le dandy désormais quadra bien tassé entre deux sorties plus ouvertement mélancoliques ou nostalgiques (à commencer par Regeneration où il se mettait à poil en mode britpop atmosphérique philosophe voire limite dépressive, et l’indépassable Absent Friends pétri de regrets, de solitude et de blessures intimes).

C’est dire si la barre est haut placée à chaque fois que voit le jour un nouveau projet du monsieur, d’autant plus qu’aujourd’hui cette proximité du groupe de chevet qu’on chérit en secret m’a quitté et avec elle la partialité qui fait réécouter les disques jusqu’à s’autopersuader de leur perfection toute subjective. Heureusement, entre le passable et peu mémorable Bang Goes the Knighthood et un second album de The Duckworth Lewis Method (le duo du Neil avec Thomas Walsh des précieux chamber-poppeux irlandais de Pugwash) tout aussi dispensable à l’exception du merveilleux The Umpire, la côte de Divine Comedy avait suffisamment pris l’eau me concernant pour ressentir un relatif emballement à l’écoute de ce Foverland mineur dans l’absolu mais joliment troussé tout bien considéré, hymne à la femme (autant pour le machisme dont Hannon se jouait brillamment du temps de Casanova) et à la quête de l’amour vrai qui brille surtout pour quatre bijoux tels que l’Irlandais n’en avait plus ciselés depuis dix ans.

D’emblée, il y avait eu Catherine the Great, single pop de l’année, ce genre de hit baroque et romantique aux contours spleenétiques dont le lyrisme échevelé transcende à coups de clavecin et de batterie enlevée le storytelling malicieux d’historien dilettante, un morceau à placer aux côtés des Bernice Bobs Her Hair, Lucy (cf. les cuivres), Becoming More Like Alfie ou plus récemment Come Home Billy Bird et The Light of Day pour l’irrésistible élan chamber pop rivalisant sans mal ici avec feu The Left Banke. Mais à l’image de Victory For The Comic Muse, le grand œuvre Scott-Walkerien du groupe, ce onzième opus cultive les humeurs en montagnes russes et I Joined The Foreign Legion (To Forget), ode à l’oubli des peines de cœur, est une merveille autrement tourmentée et néanmoins prompte à soigner les grands meurtris de l’amour avec sa chorale morriconienne et son harmonica à la John Barry circa Midnight Cowboy. Plus urgent et grandiloquent mais non moins vital, A Desperate Man convoque la menace orchestrale de Through A Long & Sleepless Night ou Here Comes The Flood avec ses arrangements capiteux et ses cuivres dramaturgiques, tandis que To The Rescue ne révèle véritablement qu’après une poignée d’écoutes sa chape de tristesse muée en baume cicatrisant derrière des atours plus radiophoniques.



Alors après, bien sûr, il y a le reste, d’où surnagent les cocons de réconfort cordes/banjo de My Happy Place et The One Who Loves You (transcendé pour le premier par un break tragique aux deux-tiers) ou encore les réminiscences du bandonéon désespéré d’un Commuter Love sur le morceau-titre. Du Napoleon Complex introductif, qui se veut l’écho d’un Something For The Weekend, Generation Sex ou To Die A Virgin avec ses chœurs féminins kitsch et ses violons exaltés en malheureusement moins dévergondé, au trip Elton-Johnesque rigolo mais facile de How Can You Leave Me On My Own (même chose en vidéo avec pour point d’orgue l’autocensure du "dickhead" au second couplet) en passant par la romance ultra-rétro de Funny Peculiar en duo avec une certaine Cathy Davey qui évoque un peu la magie inoffensive et policée des derniers Woody Allen (idem pour The Pact et son accordéon façon vieux Paris), ça ne décolle pas vraiment et l’on se prend à regretter les contrastes audacieux d’un Fin de Siècle (l’album le plus sous-estimé des 90s ?), dont les fantasmes décadents déjouaient la grandiloquence affichée d’emprunts au cabaret allemand ou à l’opéra wagnerien pour donner naissance à quelques-uns des titres les plus douloureux et touchants de la discographie du groupe.

Il manque en effet sur Foreverland cette capacité piloérectile à faire surgir de l’ironie la vérité des âmes (Bernice Bobs Her Hair sur Liberation, The Booklovers sur Promenade ou The Frog Princess sur Casanova), à l’annihiler d’une pirouette (l’hilarant et un peu flippant If… sur A Short Album About Love  ; Don’t Look Down), à révéler sans dérision aucune dans un ultime élan lyrique tout le romantisme candide dissimulé par le bonhomme sous ses observations amusées, pieds de nez misogynes et autres tirades emphatiques d’ironie lettrée (Sunrise sur Fin de Siècle ou le fameux Tonight We Fly en sont deux exemples parfaits). Mais après 15 d’une carrière aussi prolifique qu’idéale, Bang Goes the Knighthood nous avait appris à ne plus espérer de Divine Comedy un Absent Friends tous les deux ans. En cela, Foreverland tient au moins les promesses d’un retour en grâce que l’on n’attendait plus vraiment et c’est déjà beaucoup.


Chroniques - 26.10.2016 par RabbitInYourHeadlights
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