Tir groupé : ils sont passés sur nos platines (10/6 - 16/6/2019)

Chaque dimanche, une sélection d’albums récents écoutés dans la semaine par un ou plusieurs membres de l’équipe, avec du son et quelques impressions à chaud. Car si l’on a jamais assez de temps ou de motivation pour chroniquer à proprement parler toutes les sorties qu’on ingurgite quotidiennement, nombre d’entre elles n’en méritent pas moins un avis succinct ou une petite mise en avant.





- r.roo - mirroor (3/06/2019 - Someone Records)

Rabbit : Drôle de sortie pour l’Ukrainien, qui après un beau virage darkjazz s’aventure du côté d’une techno housy hantée par des voix et onomatopées d’un goût douteux que l’on jurerait justement échappées de la Loge Noire ! Parfois pas loin d’une body music décadente (Airship, yeah !), mirroor passe du coq à l’âne (surround wednesday mêle drum’bass, chant féminin très pop et crins stridents tandis que l’on retrouve un peu d’IDM pianistique sur mukiu et une électronica downtempo chantée en Russe sur ottenki) avec plus ou moins de réussite mais contient tout de même une belle enclave atmosphérique, les presque 11 minutes d’un mountains scream aux beats tribaux et aux arrangements foisonnants. Très inégal en somme, on conseillera plutôt le chouette EP skrik du mois dernier inspiré par Munch.


- Uboa & Bolt Gun - s/t (4/06/2019 - autoproduction)

Rabbit : Split album très prenant de la part de deux des plus singuliers pourvoyeurs de bruit de la scène expérimentale australienne d’aujourd’hui, entre catharsis, exorcisme et requiem pour un avenir condamné. Ça démarre fort avec le quatuor Bolt Gun dont la noise aux drums en roue libre et aux beuglements tourmentés se mue en rêverie saxo/ambient sur une dernière partie presque irréelle. Quant à Uboa, que l’on suit désormais de près, ses déferlements abrasifs d’échardes numériques, de fields recordings et de bruits d’objets laissent également place entre deux hurlements désespérés à une méditation spoken word sur fond de chœurs éthérés, avant d’en terminer sur une coda techno-indus aux textures harsh à souhait.


- Tapage & Gareth Davis - STATES (7/06/2019 - Moving Furniture Records)

Rabbit : Récemment de retour avec l’électronica hypnotique et texturée de l’excellent One, Two, Three & Four dont Elnorton nous touchait un mot par ici, Tijs Ham s’est associé avec le clarinettiste Gareth Davis croisé notamment au côté d’Oiseaux-Tempête, Merzbow, Aidan Baker ou encore Frances-Marie Uitti. Plus que jamais amateur d’atmosphères ténébreuses et minimalistes, ce dernier improvise dans les interstices des radiations, modulations et autres interférences chaotiques et noisy du Néerlandais, dont le setup électronique auto-génère ses propres récursions dronesques et pulsées. Intrigant et épuré, le résultat est ardu mais de toute beauté.


- Big Business - The Beast You Are (12/04/2019 - Joyful Noise)

Rabbit : Entre ses synthés irradiés qui occupent tout l’espace, les idiophones magiques de l’irrésistible et réconfortante sérénade Under Everest, des interludes ambient et des drums aux incursions tribales encore plus marquées, ce nouvel opus du duo hard rock/sludge californien avait tout pour me plaire. Toujours sur le fil, Big Business est bien l’un des seuls groupes du genre à ne jamais basculer dans le kitsch, malgré un chant old school aux mélodies vocales doublées encore plus glorieuses et grandiloquentes qu’à l’accoutumée.


- Porya Hatami | Aaron Martin | Roberto Attanasio - Sallaw (1/03/2019 - Dronarivm)

Rabbit : Ode au temps qui passe de saison en saison, inexorable et insondable de mélancolie et de regrets, cette collaboration mêle le piano impressionniste de Roberto Attanasio, parfois proche des travaux ambient de Sakamoto, le violoncelle lancinant tout en affliction retenue d’Aaron Martin et les nappes de textures et de field recordings aux reflux plus ou moins proéminents de Porya Hatami. Un petit bijou, qui émeut même lorsque les instrus sont à nu sur fond de discrètes marées statiques (Gelarêzan) mais impressionne surtout lorsque l’équilibre est atteint, comme sur le final Rêbendan ou l’entame du morceau d’intro Xakelêwe.

Elnorton : Ce disque touche en effet au sublime. Avec quatre titres approchant les dix minutes, les musiciens ont su privilégier la qualité à la quantité. En resserrant leurs progressions sur une durée relativement courte, l’auditeur n’est pas encombré par le superflu. Les accords de piano de Gelarêzan sont d’une simplicité absolue mais se suffiraient à eux-mêmes. Pourtant, l’apparition de désarmantes cordes frottées ajoute une touche de mysticisme et de désillusion à la mélancolie ambiante. L’ensemble de ce disque intitulé Sallaw, terme qui définit en kurde le temps qui passe, est à l’avenant. A conseiller aux adeptes des univers déclinés par Library Tapes ou Hildur Guðnadóttir.


- Froth - Duress (07/06/2019 - Wichita)

Elnorton : Quelques années avant de sortir Bleak, certains membres de Froth n’avaient jamais maîtrisé un instrument de musique. C’était en 2015. Depuis, Outside (Briefly) leur a permis de s’imposer comme une figure importante de la scène rock des années 2010, avec un son oscillant entre slowcore, shoegaze et indie. De retour avec Duress, les Californiens ne trahissent pas leurs fans et proposent toujours quelques ballades dans un registre rock vaporeux du plus bel effet. Des titres tels que Catalog ou Department Head s’ancrent dans le prolongement du dernier disque, préservant aussi bien son esprit foutraque et libertaire qu’une capacité à se centrer sur l’essentiel. Pas de fioriture, donc, mais l’on pourra regretter le fait que quelques-unes des imperfections du groupe aient été gommées. L’ensemble est toujours aussi aérien et inspiré, mais l’identité de Froth semble parfois polie par l’intervention de professionnels du son. Duress reste donc un album très agréable, mais il est amputé de l’effet de surprise de ses prédécesseurs.

Rabbit : Découverte pour ma part (et un peu honteusement d’ailleurs car Elnorton en avait déjà très bien parlé) que ce slacker psyché aux guitares fuzzy joliment mâtiné d’électronique et de dream-pop. Chant détaché et cotonneux, rythme indolent, de bonnes chansons et juste ce qu’il faut d’effets déglingués. L’album est charmant et ce que le trio de Los Angeles qualifie avec humour de "barbecue rock" accompagnera en effet fort agréablement les petites sauteries entre amis de l’été qui pointe le bout de son nez.



indie rock mag - IRM des musiques actuelles


jeudi 18 juillet 2019


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